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Crise armée en Casamance : Ce que le nouveau régime doit éviter...

Vendredi 28 Juin 2024

Depuis plusieurs décennies, la Casamance, région sénégalaise au sud du pays, est ensanglantée par un conflit persistant qui entrave le développement et le bien-être de ses habitants. Ce conflit, opposant l'État sénégalais au Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC), a engendré un cycle répétitif d'accords de paix annoncés avec enthousiasme, suivis de désillusions amères. Chaque régime, lorsqu'il s'installe, crée son propre MFDC fictif et une aile civile politique avec laquelle il négocie. Sans oublier les "Monsieurs Casamance" avec leurs mallettes d'argent pour corrompre et diviser le mouvement armé.​



L'histoire des efforts pour résoudre ce conflit remonte à 1991, avec les premiers accords de Toubacouta sous la présidence d'Abdou Diouf. Depuis lors, plusieurs autres accords ont été signés à Cacheu en Guinée en 1992, à Ziguinchor en 1993, en 2004, ainsi qu'en 2021 et 2022. Ces accords, souvent médiatisés et accueillis avec espoir par la population, n'ont toutefois jamais réussi à unifier l'ensemble du MFDC. Signés avec seulement certaines factions, ils ont rapidement été contestés et ont parfois même contribué à radicaliser davantage les groupes en conflit.

La principale barrière au retour durable de la paix semble être la fragmentation interne du MFDC en plusieurs factions rivales. Si cette division est souvent citée comme cause première de l'échec des négociations, de nombreux observateurs contestent cette explication simpliste. Ils pointent du doigt les médiateurs et les gouvernements successifs, accusés de se réfugier derrière cette division pour masquer leur propre inefficacité et leurs échecs stratégiques.

Les efforts de médiation, menés par une pléthore d'acteurs locaux, nationaux et internationaux, sont entravés par l'incapacité à engager un dialogue direct et constructif avec chaque faction du MFDC. Les médiateurs, souvent contraints de passer par des intermédiaires, peinent à établir un consensus durable. Cette situation complique sérieusement la recherche d'une solution pacifique durable, essentielle pour le développement socio-économique de la région.

Les défis ne se limitent pas seulement aux aspects politiques et militaires. La complexité socio-culturelle de la Casamance exige une compréhension fine des dynamiques locales et des aspirations des communautés affectées. Malgré les ressources financières considérables déployées et les efforts déployés par les médiateurs internationaux réputés, la paix reste insaisissable.

 


Les limites des acteurs de paix en Casamance : entre méfiance et cacophonie
Dans le long et douloureux conflit qui ravage la Casamance depuis 42 ans, les efforts pour parvenir à une paix durable semblent se heurter à des obstacles insurmontables. Les acteurs de paix, souvent perçus comme des médiateurs clés dans la résolution de ce conflit complexe, ont récemment été critiqués pour leurs méthodes fragmentées et leurs résultats mitigés.

Selon plusieurs spécialistes consultés par exclusif.net les initiatives de paix ont exacerbé les divisions au sein du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) en favorisant des négociations "parcellaires". Chaque médiateur tend à dialoguer avec une faction spécifique du MFDC, adoptant des approches et des messages différents, sans aucune coordination entre eux. Cette approche fragmentée a créé une véritable cacophonie médiatique, où des déclarations contradictoires comme "la paix est acquise" ou "le conflit est sur le point de se terminer" sont monnaie courante. Cette multiplicité de voix a semé la confusion parmi la population, qui peine à distinguer les véritables avancées des simples promesses.

Pire encore, les médiateurs ont parfois été accusés de générer de la méfiance et de la suspicion entre les factions du MFDC. En ignorant les négociations menées avec d'autres factions, chaque médiateur risque de paraître partial voire suspecté de trahison par les autres groupes. Cette situation fragilise considérablement les efforts de paix et rend difficile la consolidation d'un front uni pour la négociation.

Pour les critiques les plus sévères, cette approche morcelée doit cesser pour permettre un processus de négociation sérieux et efficace. Ils soulignent l'exemple récent du Khalif général de Niassene, qui a réussi à réconcilier des tribus en conflit en dialoguant d'abord individuellement avec chacune d'elles, avant de les réunir autour d'une table de négociation commune. Ce succès démontre qu'une approche méthodique et respectueuse de chaque partie en conflit peut mener à des résultats concrets.

Cependant, les observateurs de la crise sont unanimes sur un point crucial : les acteurs de paix actuels manquent souvent d'une compréhension approfondie des dynamiques locales et des racines profondes du conflit casamançais. Leur crédibilité auprès du MFDC est souvent remise en question, certains médiateurs étant même catégoriquement rejetés par certaines factions.

Quelle attitude adopter pour une solution définitive au conflit en Casamance ?

Selon les observateurs interrogés par exclusif.net, voici l'attitude que les nouvelles autorités devraient adopter :

1. Privilégier la voie pacifique
L'utilisation des armes ne ferait qu'aggraver la fatigue physique, morale et matérielle des populations. Cela entraînerait davantage de pertes humaines, d'arrestations, de réfugiés et de déplacés, ainsi que la destruction d'infrastructures et des traumatismes. Réveiller les hostilités serait comme rouvrir une plaie encore en cours de cicatrisation chez les Casamançais, qui aspirent à mettre fin aux bruits des armes.

2. Avoir une volonté politique ferme :
Il est impératif d'œuvrer résolument pour la paix en privilégiant les négociations autour d'une table. 

3. S'appuyer sur des acteurs de paix au profil adéquat :
   - Connaître parfaitement les leaders du MFDC.
   - Maîtriser pleinement le dossier casamançais.
   - Pouvoir dialoguer avec toutes les factions du MFDC sans distinction, qu'elles soient politiquement engagées à l'intérieur du pays ou que leurs leaders soient basés à l'étranger (Europe, Afrique, Amérique, etc.).

   - Être respecté et jouir d'une crédibilité auprès de l'opinion publique et du MFDC.
   - Pouvoir rencontrer les leaders des factions sans formalités excessives.
   - Être apolitique, véridique et doté d'un fort caractère, tout en comprenant les réalités socio-culturelles de la Casamance.
   - Savoir où et quand intervenir avec discrétion, tout en étant résolument engagé pour le retour de la paix.
   - Ne pas chercher à tirer profit de leur position de médiateur pour des gains personnels.
   - Avoir une bonne connaissance du terrain, y compris des processus de retour des populations, de construction d'infrastructures de base, et de relance des activités économiques et sociales, car ces éléments sont étroitement liés au processus de négociation.

Nature des relations avec les autorités:
   - Devoir rendre compte directement aux plus hautes autorités et avoir un accès facile à elles pour informer en temps réel de l'évolution des négociations. Il ne devrait y avoir aucun intermédiaire entre ces médiateurs, les autorités supérieures et le MFDC.
En somme, il est crucial que les médiateurs désignés répondent à ces critères afin d'être efficaces dans leur mission de promouvoir une paix durable et véritablement inclusive en Casamance.

Suggestion des observateurs 
Lors de rencontres avec 18 observateurs et acteurs de paix, une voix unanime s'est élevée : René Capin Bassene (RCB) incarne le profil idéal pour mener à bien le processus de paix en Casamance. Journaliste d'investigation renommé, spécialiste émérite du conflit casamançais avec trois livres à son actif et plusieurs articles, RCB est loué pour sa profonde compréhension des enjeux géopolitiques et des dynamiques locales qui alimentent le conflit.

Selon les observateurs, maintenir RCB en détention après la signature des accords de paix entre l'État et la faction de César Atoute Badiette le 5 août 2024 semble contre-productif. Son emprisonnement est perçu comme un obstacle injustifié à la résolution pacifique du conflit. « Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, RCB possède une connaissance approfondie des acteurs impliqués dans la crise casamançaise », souligne l'un des observateurs, ajoutant que « sa capacité unique à dialoguer avec toutes les factions du MFDC, sans protocole, est inégalée ».

À 45 ans, René Capin Bassene est décrit comme dynamique, discret et respecté, doté d'une crédibilité incontestée auprès du MFDC. Malgré son emprisonnement, il reste un interlocuteur privilégié pour toutes les parties, capable de jouer un rôle crucial dans la recherche d'une paix durable.

Appel à une nouvelle approche du processus de paix

Les observateurs insistent sur la nécessité pour l'État de nommer un médiateur officiel, directement rattaché aux plus hautes instances gouvernementales, chargé exclusivement du dossier casamançais. Ce médiateur, qu'il soit ministre conseiller ou détenteur d'un titre similaire, serait basé en Casamance et jouerait un rôle central dans la coordination des efforts de paix. Sa mission serait de mettre de l'ordre dans la gestion du processus de paix, assurant une communication claire et cohérente sur l'avancement des négociations.

« L'État doit mettre fin à la cacophonie actuelle et désigner un médiateur compétent pour coordonner efficacement les initiatives de paix », déclare un observateur. « Il est temps d'adopter une approche stratégique et inclusive pour résoudre ce conflit long et complexe ».

Vers une résolution sénégalaise du conflit

Les observateurs appellent à éviter de politiser ou de militariser davantage le processus de paix, privilégiant une approche sénégalaise par des acteurs nationaux compétents et engagés. « Nous disposons des ressources humaines nécessaires pour conduire ce processus », affirme un observateur, soulignant la capacité du Sénégal à trouver une solution endogène à ce conflit.

En conclusion, les observateurs mettent en garde contre la persistance de la guerre en Casamance, soulignant son impact sur la sécurité régionale et nationale, notamment en matière de trafics illicites. « La paix en Casamance est une priorité qui ne peut plus être différée », concluent-ils, exhortant les autorités à prendre des décisions politiques fermes pour relancer efficacement le processus de paix et mettre fin à des décennies de conflit.
 
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