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Crédits en ligne frauduleux : comment « HICASH » escroquait des milliers de Sénégalais

Mercredi 8 Avril 2026

Au mois d’octobre dernier, des alertes avaient été lancées à l’endroit des promoteurs d’applications de prêts en ligne opérant au Sénégal. Il leur avait été signifié que leurs jours étaient désormais comptés, les nouvelles autorités ayant été informées des nombreuses dérives liées à ces plateformes et ayant décidé d’ouvrir des enquêtes. Quelques mois plus tard, les premiers résultats tombent.

La Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC) vient en effet de porter un coup d’arrêt majeur à un vaste système d’escroquerie numérique reposant sur des prêts usuraires. Au cœur de ce dispositif figure la plateforme HICASH, exploitée par la société Level Technologie, accusée d’avoir mis en place un mécanisme de crédits abusifs ayant généré plus de 3 milliards de FCFA de transactions.

L’enquête a été déclenchée à la suite d’une vague de plaintes déposées entre décembre 2025 et avril 2026 par des victimes dénonçant des pratiques financières particulièrement agressives. Les investigations ont rapidement permis de mettre au jour un système bien organisé de prédation financière visant principalement des citoyens en difficulté économique.

Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, les conditions de prêts imposées aux utilisateurs étaient particulièrement désavantageuses. Pour un prêt de 10 000 FCFA, l’emprunteur ne recevait en réalité que 6 500 FCFA, les frais étant immédiatement déduits. Malgré cela, il devait rembourser la totalité du montant en seulement sept jours. Dans ces conditions, le taux hebdomadaire réel atteignait 53,8 %, soit près de 2 800 % par an, très loin des 35 % annoncés dans les publicités de la plateforme.

Le dispositif ne s’arrêtait pas là. En cas de retard de paiement, les responsables de la plateforme utilisaient les données personnelles des emprunteurs, notamment leurs contacts téléphoniques et leurs photos, pour exercer des pressions. Les victimes faisaient alors face à des campagnes de harcèlement et de menaces, visant parfois leurs proches.

Les investigations techniques ont finalement conduit les agents de la DSC à un immeuble situé à Liberté 6 à Dakar, où fonctionnait un véritable centre opérationnel de recouvrement. Sur place, les enquêteurs ont découvert un centre d’appels comprenant environ 70 employés, dont 60 agents exclusivement dédiés au recouvrement agressif des dettes.

Le dispositif reposait également sur des moyens technologiques sophistiqués. Les responsables utilisaient notamment des SIMBOX afin de contourner les circuits légaux de communication, ainsi que des agrégateurs de paiement destinés à masquer les flux financiers transitant par les plateformes de paiement mobile Wave et Orange Money. Les perquisitions ont permis de saisir plusieurs dizaines de millions de FCFA en espèces, du matériel informatique important et de nombreux téléphones portables.

L’exploitation des données numériques de la plateforme a permis de mesurer l’ampleur du système. Les enquêteurs ont recensé plus de 100 000 demandes de crédits traitées, pour un volume global de transactions estimé à 3 milliards de FCFA, avec un préjudice provisoire évalué à près d’un milliard de FCFA.

Les investigations ont également établi que la structure opérait sans aucune autorisation de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), en violation des réglementations financières en vigueur dans l’Union monétaire.

À l’issue de l’opération, la directrice générale de la société ainsi que quatre autres responsables ont été interpellés puis déférés devant le procureur du Pool judiciaire financier, où ils devront répondre des faits qui leur sont reprochés.

Cette affaire met en lumière l’ampleur du phénomène des prêts en ligne qui s’est développé au Sénégal ces dernières années. Profitant du contexte économique difficile, plusieurs applications se sont multipliées sur les smartphones, promettant des crédits rapides pouvant atteindre 300 000, 400 000 voire 500 000 FCFA, remboursables sur 90 ou 120 jours.


Mais derrière ces promesses se cache souvent une réalité bien différente. Les montants réellement versés sont largement inférieurs aux sommes annoncées et les délais de remboursement sont extrêmement courts, entraînant de nombreux emprunteurs dans une spirale d’endettement.

Sur les ondes de la radio RFM, une femme, visiblement bouleversée, a récemment témoigné avoir été ruinée par ces plateformes, dénonçant des taux d’intérêt « inimaginables » et des méthodes de pression particulièrement humiliantes.

Le démantèlement du réseau HICASH pourrait ainsi marquer un tournant dans la lutte contre les dérives des applications de prêts en ligne au Sénégal, un phénomène devenu ces dernières années une nouvelle forme de cybercriminalité financière.
exclusif net

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