Discret sur sa localisation et beaucoup plus rare dans ses prises de parole, Guillaume Soro n’a pourtant pas abandonné la politique ivoirienne. Depuis son exil, l’ancien président de l’Assemblée nationale remet de l’ordre dans son mouvement Générations et peuples solidaires (GPS), prépare le renouvellement de sa direction et continue d’assumer son opposition à Alassane Ouattara. Une réorganisation qui relance forcément les interrogations sur ses ambitions et un éventuel retour au premier plan.
Un fauteuil crème, des rideaux opaques et aucun élément permettant d’identifier le lieu. Pour sa nouvelle apparition publique, Guillaume Soro a pris soin de ne laisser filtrer aucun indice précis sur sa localisation.
Dans une courte vidéo publiée le 22 août, l’ancien Premier ministre ivoirien, vêtu d’un costume sombre et d’une cravate bleue, s’est adressé à ses militants à l’issue de la troisième « conférence nationale d’expression citoyenne » de Générations et peuples solidaires (GPS), son mouvement dissous par la justice ivoirienne.
Cette fois, Guillaume Soro a présenté un nouveau concept politique : la « mériquité ».
« La doctrine de Générations et peuples solidaires est celle de la dette et du mérite, et le nom de l’école politique est désormais la “mériquité”. Je souhaite aux uns et aux autres de la divulguer », a-t-il déclaré.
Derrière ce nouveau concept se dessine surtout une entreprise de réorganisation politique.
GPS remet ses structures à plat
La conférence du 22 août s’est déroulée à huis clos par visioconférence. Environ 700 membres du bureau ainsi que des participants statutaires auraient été conviés.
Les responsables du mouvement ont profité de cette rencontre pour revoir en profondeur les statuts, le règlement intérieur, les conditions d’adhésion ainsi que les différentes structures de GPS.
Une autre échéance est déjà programmée pour le 26 septembre. Une conférence extraordinaire doit notamment procéder au renouvellement de la présidence de GPS.
Et Guillaume Soro compte bien conserver les commandes : il sera candidat à sa propre succession.
Un comité électoral chargé de contrôler l’organisation et les procédures du scrutin ainsi qu’un comité technique ont été mis en place.
Malgré sa dissolution judiciaire et l’exil de son fondateur, GPS cherche ainsi à maintenir son organisation et à préparer l’avenir.
L'opposition à Ouattara toujours assumée
Cette restructuration intervient alors que plusieurs grandes formations politiques ivoiriennes ont également entrepris de réorganiser leurs appareils après la présidentielle de 2025.
Guillaume Soro, lui, reste dans une situation particulière. L'ancien chef des Forces nouvelles n'a pas participé à la présidentielle de 2025. Son mouvement avait été dissous et cette décision confirmée en appel en 2023. Lui-même a fait l'objet de lourdes condamnations judiciaires en Côte d'Ivoire et a été privé de ses droits civiques.
Cela ne l'empêche pas de continuer à afficher son opposition à son ancien allié, le président Alassane Ouattara.
En juin 2025, il avait notamment rejoint la plateforme « Trop c'est trop », initiée par Laurent Gbagbo, sans pour autant intégrer l'alliance politique constituée autour du PPA-CI et du PDCI.
Guillaume Soro semble ainsi vouloir préserver son autonomie politique.
Ouattara et Soro ne se parlent plus directement
Les relations entre les deux anciens alliés restent distantes. Après deux conversations téléphoniques en mars 2024, Guillaume Soro et Alassane Ouattara n'auraient plus eu d'échange direct.
Moussa Touré, directeur de la communication de GPS et proche de longue date de Guillaume Soro, confirme toutefois l'existence de contacts indirects.
« Il y a bien eu quelques intermédiaires, mais nous n'avons, au GPS, plus pris langue », explique-t-il.
Pour l'heure, aucune véritable réconciliation politique ne semble donc se dessiner.
Guillaume Soro préfère mettre en avant sa nouvelle doctrine de la « mériquité », présentée par ses partisans comme une conception politique reposant sur le mérite, la dignité et la reconnaissance de ce que chaque citoyen doit à la société.
Mais derrière cette construction idéologique, une question demeure : Guillaume Soro prépare-t-il son retour dans le jeu politique ivoirien ?
Une résidence principale dans l'AES
L'autre grande interrogation concerne sa localisation.
Depuis plusieurs années, l'ancien président de l'Assemblée nationale entretient le mystère sur ses déplacements. Ses dernières apparitions ont toutefois renforcé l'hypothèse d'une installation dans l'espace de l'Alliance des États du Sahel (AES), dont il soutient régulièrement les dirigeants et les orientations.
Moussa Touré confirme : « La résidence principale de Guillaume Soro est bien en AES. » L'ancien Premier ministre ne resterait cependant pas constamment au même endroit. Il a notamment effectué plusieurs déplacements dans la sous-région. En avril 2025, il avait été reçu au Ghana par le président John Dramani Mahama. Il se serait également rendu à Lomé, où il aurait rencontré Faure Gnassingbé.
Plus récemment, en juillet, Guillaume Soro aurait effectué des déplacements à Bruxelles et au Luxembourg. Ces voyages entretiennent les spéculations sur ses activités diplomatiques et politiques.
GPS maintient ses réseaux malgré la clandestinité
Pendant que son chef multiplie les déplacements et les prises de parole à distance, les militants de GPS tentent de maintenir le mouvement sur le terrain ivoirien. Des délégations régionales organiseraient des tournois, des actions sociales, des donations ou encore des visites au nom de Guillaume Soro. Mais ces activités comportent des risques judiciaires puisque GPS reste officiellement dissous.
Plusieurs responsables ou militants ont déjà été interpellés. « La plupart des pièces maîtresses de GPS restent dans l'ombre. On a renforcé l'anonymisation de nos cadres après l'arrestation de Soumahoro Kando », reconnaît Moussa Touré.
Arrêté en août 2024 après une réunion et poursuivi notamment pour avoir continué les activités d'une organisation dissoute, Soumahoro Kando a depuis purgé sa peine et quitté la prison. El Hadj Mamadou Traoré a également retrouvé la liberté.
Guillaume Soro prépare-t-il l'après-Ouattara ?
Créé en 2019 à Valence, en Espagne, GPS n'a jamais véritablement pu devenir le grand parti politique que Guillaume Soro ambitionnait de construire. Sa dissolution en juin 2021 et les procédures judiciaires visant son dirigeant ont considérablement réduit sa marge de manœuvre en Côte d'Ivoire.
Mais cinq ans plus tard, l'ancien Premier ministre refuse visiblement de tourner la page. La conférence du 22 août, la restructuration de GPS, l'élection annoncée du 26 septembre, ses déplacements dans plusieurs capitales africaines et européennes ainsi que le maintien de réseaux militants en Côte d'Ivoire montrent qu'il cherche à préserver son appareil politique.
Absent du territoire mais toujours présent dans le débat, Guillaume Soro semble désormais travailler sur le temps long. Reste à savoir si cette réorganisation annonce simplement la survie de GPS ou prépare une nouvelle offensive politique de l'un des anciens hommes forts du système Ouattara.
Un fauteuil crème, des rideaux opaques et aucun élément permettant d’identifier le lieu. Pour sa nouvelle apparition publique, Guillaume Soro a pris soin de ne laisser filtrer aucun indice précis sur sa localisation.
Dans une courte vidéo publiée le 22 août, l’ancien Premier ministre ivoirien, vêtu d’un costume sombre et d’une cravate bleue, s’est adressé à ses militants à l’issue de la troisième « conférence nationale d’expression citoyenne » de Générations et peuples solidaires (GPS), son mouvement dissous par la justice ivoirienne.
Cette fois, Guillaume Soro a présenté un nouveau concept politique : la « mériquité ».
« La doctrine de Générations et peuples solidaires est celle de la dette et du mérite, et le nom de l’école politique est désormais la “mériquité”. Je souhaite aux uns et aux autres de la divulguer », a-t-il déclaré.
Derrière ce nouveau concept se dessine surtout une entreprise de réorganisation politique.
GPS remet ses structures à plat
La conférence du 22 août s’est déroulée à huis clos par visioconférence. Environ 700 membres du bureau ainsi que des participants statutaires auraient été conviés.
Les responsables du mouvement ont profité de cette rencontre pour revoir en profondeur les statuts, le règlement intérieur, les conditions d’adhésion ainsi que les différentes structures de GPS.
Une autre échéance est déjà programmée pour le 26 septembre. Une conférence extraordinaire doit notamment procéder au renouvellement de la présidence de GPS.
Et Guillaume Soro compte bien conserver les commandes : il sera candidat à sa propre succession.
Un comité électoral chargé de contrôler l’organisation et les procédures du scrutin ainsi qu’un comité technique ont été mis en place.
Malgré sa dissolution judiciaire et l’exil de son fondateur, GPS cherche ainsi à maintenir son organisation et à préparer l’avenir.
L'opposition à Ouattara toujours assumée
Cette restructuration intervient alors que plusieurs grandes formations politiques ivoiriennes ont également entrepris de réorganiser leurs appareils après la présidentielle de 2025.
Guillaume Soro, lui, reste dans une situation particulière. L'ancien chef des Forces nouvelles n'a pas participé à la présidentielle de 2025. Son mouvement avait été dissous et cette décision confirmée en appel en 2023. Lui-même a fait l'objet de lourdes condamnations judiciaires en Côte d'Ivoire et a été privé de ses droits civiques.
Cela ne l'empêche pas de continuer à afficher son opposition à son ancien allié, le président Alassane Ouattara.
En juin 2025, il avait notamment rejoint la plateforme « Trop c'est trop », initiée par Laurent Gbagbo, sans pour autant intégrer l'alliance politique constituée autour du PPA-CI et du PDCI.
Guillaume Soro semble ainsi vouloir préserver son autonomie politique.
Ouattara et Soro ne se parlent plus directement
Les relations entre les deux anciens alliés restent distantes. Après deux conversations téléphoniques en mars 2024, Guillaume Soro et Alassane Ouattara n'auraient plus eu d'échange direct.
Moussa Touré, directeur de la communication de GPS et proche de longue date de Guillaume Soro, confirme toutefois l'existence de contacts indirects.
« Il y a bien eu quelques intermédiaires, mais nous n'avons, au GPS, plus pris langue », explique-t-il.
Pour l'heure, aucune véritable réconciliation politique ne semble donc se dessiner.
Guillaume Soro préfère mettre en avant sa nouvelle doctrine de la « mériquité », présentée par ses partisans comme une conception politique reposant sur le mérite, la dignité et la reconnaissance de ce que chaque citoyen doit à la société.
Mais derrière cette construction idéologique, une question demeure : Guillaume Soro prépare-t-il son retour dans le jeu politique ivoirien ?
Une résidence principale dans l'AES
L'autre grande interrogation concerne sa localisation.
Depuis plusieurs années, l'ancien président de l'Assemblée nationale entretient le mystère sur ses déplacements. Ses dernières apparitions ont toutefois renforcé l'hypothèse d'une installation dans l'espace de l'Alliance des États du Sahel (AES), dont il soutient régulièrement les dirigeants et les orientations.
Moussa Touré confirme : « La résidence principale de Guillaume Soro est bien en AES. » L'ancien Premier ministre ne resterait cependant pas constamment au même endroit. Il a notamment effectué plusieurs déplacements dans la sous-région. En avril 2025, il avait été reçu au Ghana par le président John Dramani Mahama. Il se serait également rendu à Lomé, où il aurait rencontré Faure Gnassingbé.
Plus récemment, en juillet, Guillaume Soro aurait effectué des déplacements à Bruxelles et au Luxembourg. Ces voyages entretiennent les spéculations sur ses activités diplomatiques et politiques.
GPS maintient ses réseaux malgré la clandestinité
Pendant que son chef multiplie les déplacements et les prises de parole à distance, les militants de GPS tentent de maintenir le mouvement sur le terrain ivoirien. Des délégations régionales organiseraient des tournois, des actions sociales, des donations ou encore des visites au nom de Guillaume Soro. Mais ces activités comportent des risques judiciaires puisque GPS reste officiellement dissous.
Plusieurs responsables ou militants ont déjà été interpellés. « La plupart des pièces maîtresses de GPS restent dans l'ombre. On a renforcé l'anonymisation de nos cadres après l'arrestation de Soumahoro Kando », reconnaît Moussa Touré.
Arrêté en août 2024 après une réunion et poursuivi notamment pour avoir continué les activités d'une organisation dissoute, Soumahoro Kando a depuis purgé sa peine et quitté la prison. El Hadj Mamadou Traoré a également retrouvé la liberté.
Guillaume Soro prépare-t-il l'après-Ouattara ?
Créé en 2019 à Valence, en Espagne, GPS n'a jamais véritablement pu devenir le grand parti politique que Guillaume Soro ambitionnait de construire. Sa dissolution en juin 2021 et les procédures judiciaires visant son dirigeant ont considérablement réduit sa marge de manœuvre en Côte d'Ivoire.
Mais cinq ans plus tard, l'ancien Premier ministre refuse visiblement de tourner la page. La conférence du 22 août, la restructuration de GPS, l'élection annoncée du 26 septembre, ses déplacements dans plusieurs capitales africaines et européennes ainsi que le maintien de réseaux militants en Côte d'Ivoire montrent qu'il cherche à préserver son appareil politique.
Absent du territoire mais toujours présent dans le débat, Guillaume Soro semble désormais travailler sur le temps long. Reste à savoir si cette réorganisation annonce simplement la survie de GPS ou prépare une nouvelle offensive politique de l'un des anciens hommes forts du système Ouattara.
