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Coronavirus : Qui sont les " super-propagateurs", qui contaminent un grand nombre de personnes ?

Jeudi 26 Mars 2020

INTERVIEW Frédéric Tangy, de l’institut Pasteur, explique pourquoi aux Contamines-Montjoie, un Anglais en vacances a pu transmettre le Covid-19 à près d’une vingtaine de personnes.


En Autriche, dans une station de ski du Tyrol, mais aussi en Haute-Savoie, aux Contamines-Montjoie, des « super-spreaders » du Covid-19  ont été identifiés. Qui sont ces personnes qui sont capables de contaminer plusieurs dizaines d’individus et peut-on les « détecter » ? Eclairage avec Frédéric Tangy, directeur du laboratoire d’innovation vaccinale à l’institut Pasteur, qui planche actuellement sur un vaccin.

Qu’est ce qu’un « super-spreader » ?

Les individus porteurs d’un virus vont contaminer une ou deux personnes en moyenne, comme c’est le cas pour le Covid-19. Les « super-spreaders », ou « super-propagateurs », peuvent, eux, transmettre un virus jusqu’à 10 ou 20 personnes, en moyenne également. Leurs charges virales peuvent monter, comme pour Ebola, à des dizaines de milliards de particules infectieuses par millilitres.

 

A ce stade, nous ne pouvons pas encore expliquer pourquoi certaines personnes ont de telles charges virales et sécrètent plus de virus que d’autres. Nous savons cependant que chez certains individus les virus, tel que le Covid-19, poussent mieux. Ils sont trop faibles pour pouvoir détruire le virus qui se multiplie sans obstacle ou ne présentent même pas de symptômes continuent de propager le virus sans le savoir. Il n’y a pas de règles, sauf celle qui démontre qu’un « super-spreader » qui se trouve tout seul chez lui n’infectera personne.

Le phénomène de « super-propagateurs » est-il nouveau ?

Les experts en vaccinologie et tous les autres experts en modélisation des maladies à transmission vectorielle savent qu’il existe des individus « index » à l’origine de [« clusters » [foyers d’infection]]url:https://www.20minutes.fr/societe/2731591-20200303-coronavirus-haute-savoie-comment-balme-sillingy-o-cas-multiplient-tente-echapper-nouvelles-contaminations . Les « super-spreaders » dont nous entendons parler actuellement ne sont pas des cas d’école, une exception du Covid-19. On a déjà vu cela durant d’autres séquences de propagation d’infections virales, avec le Sras, Ebola, le Sida ou la rougeole. Dans les années 1970 aux Etats-Unis, un homme qui avait la rougeole avait carrément infecté un amphithéâtre entier.

Des « super-spreaders » sont-ils apparus depuis le début de l’épidémie de Covid-19 ?

Nous avons eu un cas en Corée, un autre en Autriche. A Mulhouse, également. Et surtout, nous avons eu cet Anglais en vacances aux Contamines-Montjoie. A lui seul, il a été à l’origine de l’un des premiers « clusters »  en France. Il était « super-spreader » et a propagé le Covid-19 dans la station de ski. Vingt personnes auraient été infectées par ce même individu. Reste à savoir comment : si elles ont toutes été contaminées au même moment, si elles se trouvaient toutes au même endroit, etc.

Pourquoi ne peut-on pas les repérer et les isoler ?

Les épidémiologiques y travaillent mais c’est une véritable enquête policière. Pour pouvoir identifier ces « super-spreaders », il faut remonter l’historique de la propagation, rechercher les « cas contacts » [combien d’individus ont été infectés] et si c’est bien le même virus qui a circulé. Pour le sida, par exemple, cela a été très difficile car les séquences du virus changeaient d’un individu à l’autre, ce qui n’est pas le cas à ce stade pour le Covid-19.

 

 

Tant qu’un « super-spreader » n’a pas été isolé, étudié en détail au moment où il a transmis le virus, c’est impossible de le reconnaître. Ou alors il faudrait dépister tout le monde pour repérer les personnes avec des charges virales 100 fois plus fortes, mais ce n’est pas possible. Si l’idée est d’isoler ces « super-spreaders » avant qu’ils ne contactent d’autres individus c’est infaisable. On ne s’aperçoit qu’a posteriori qu’une personne infectieuse était un super agent propagateur, seulement une fois que l’on a découvert un foyer d’infection.
 20minutes.fr

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