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Choguel Maïga: «les français ne disent pas ce qui s’est passé à Kidal pour que leurs journalistes soient enlevés...»

Lundi 21 Février 2022

Le divorce est acté entre la France et le Mali et ce, depuis plusieurs mois déjà. Dans une interview de 30 minutes accordée à l’ORTM, le Premier ministre de la transition malienne, Choguel Maïga a fustigé la communication de l’Etat français sur les morts des différents soldats dans la lutte contre le terrorisme au Mali.


« Vous savez, je dois rendre hommage à la mémoire des soldats français et étrangers, je ne sais pas pourquoi on ne parle que des Français ; il y a beaucoup d’Africains qui sont morts au Mali. Un hommage aussi aux soldats maliens et aux milliers de civils qui ont été tués pendant que nous avions toutes ces forces au Mali. Mais je crois que dans la communication politique des dirigeants français, ils commettent une grosse erreur », a-t-il lancé.

 Avant de poursuivre : « Quand des soldats meurent ici (Au Mali), vous écoutez qu’ils sont morts pour la France et ils n’ont jamais dit qu’ils sont morts pour le Mali. C’est dans les discours qu’ils le disent quand ils veulent s’attaquer au Mali. Nous, nous pensons qu’ils sont morts pour la France, pour le Mali et pour la paix. »

 

Pour Choguel Maïga, la France serait à l’origine de l’expansion du terrorisme sur le territoire malien. « Quand on applaudissait le gouvernement français en 2013, personne n’avait imaginé que l’engagement qu’ils ont pris -d’aider l’Etat malien à recouvrer l’intégrité de son territoire- qu’ils allaient en être l’obstacle. Cet engagement a été respecté à Konna, à Gao, à Tombouctou et arrivé au Nord du Mali, c’est la France qui s’est opposé et a empêché l’Etat malien de recouvrer l’intégrité de son territoire. C’est connu, c’est documenté, tout le monde le sait », a déclaré le Premier ministre malien.

 Il poursuit ses révélations : « Nous respectons les soldats français qui sont morts mais ils ne disent jamais à leur population que c’est en s’opposant au recouvrement de l’intégrité du territoire malien que les autorités françaises ont crée une enclave dans le nord du Mali où les terroristes s’y sont organisés pour revenir à la charge à partir de fin 2014-début 2015. Ils ne disent pas aussi ce qui s’est passé à Kidal pour que leurs journalistes soient enlevés. Pourquoi ils ne lèvent pas le secret défense pour éclaircir tous les Français sur les circonstances de la mort de leurs journalistes?Donc, c’est un sujet qui, je pense, ne doit pas jouer sur les sentiments. »

 

Réagissant aux nombreuses réactions qui ont surgi à la suite de la  volonté de l’Etat malien de rompre son partenariat avec la France, Choguel Maïga a précisé que les Malines ne sont pas un « peuple ingrat » et qu’ils seraient « un peuple de mémoire ».

« Nous leur disons de faire attention à force de toujours vouloir faire des leçons de morale aux autres, on est pris dans son propre piège. Quand la France a été occupée, c’est l’Afrique qui a servi de repli pour reconquérir la souveraineté de la France. Les Américains, ils ont libéré la France. Et quand à un moment donné, les Français ont estimé qu’ils n’avaient plus besoin d’eux ; ils leur ont demandé de partir. Je pense que les dirigeants français doivent changer de logiciel, de façon de voir l’Afrique. Les Maliens estiment qu’il faut les laisser décider de leur sort et de leur destin. Aujourd’hui, c’est le peuple malien qui peut apprécier la légitimité d’un gouvernement ou non », conclut-il.

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