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Casamance : les fonds secrets, les mallettes détournées et l’assassinat d’Oumar Lamine Badji

Dimanche 23 Août 2026

Casamance : les fonds secrets, les mallettes détournées et l’assassinat d’Oumar Lamine Badji

Seydou Badji, coordonnateur de l’anniversaire de l’assassinat d’Oumar Lamine Badji, revient sur les opérations de ratissage menées par l’Armée sénégalaise dans le Nord Sindian. Établissant un parallèle entre les offensives d’août-septembre 2006 et les opérations militaires de 2026, il revient également sur l’assassinat d’Oumar Lamine Badji et formule de graves accusations concernant l’utilisation de fonds destinés au dossier casamançais. Des affirmations qui relèvent de son analyse et dont certaines n’ont pas été établies judiciairement.

Les récentes opérations de l’Armée sénégalaise contre des bases et positions attribuées aux factions résiduelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) dans le Nord Sindian font ressurgir, pour Seydou Badji, le souvenir des opérations militaires menées vingt ans plus tôt dans cette partie du département de Bignona.

Le coordonnateur de l’anniversaire de l’assassinat d’Oumar Lamine Badji choisit de mettre en parallèle deux périodes : 2006 et 2026. Il rappelle qu’une offensive avait été lancée le 16 août 2006 dans le Nord Sindian, avant une reprise des combats à partir du 24 août jusqu’à la mi-septembre.

Concernant 2026, Seydou Badji cite les opérations engagées entre février et mars, puis le déploiement de l’opération « Kalethiaye » entre mars et avril dans le Nord Sindian. Il évoque également l’opération « Elol », ou « Elone », menée du 1er au 7 mai et ciblant notamment la commune de Djibidione.

« J’ai choisi les ratissages de 2006 et 2026 »

Seydou Badji explique volontairement concentrer son analyse sur ces deux périodes, malgré l’existence d’autres opérations militaires entre ces deux dates. « Votre blogueur voisin des sans-voix a choisi les ratissages de 2006 et 2026, en omettant ceux des autres années, pour marquer une date historique sur la zone dénommée Zone rouge », explique-t-il. Son objectif est surtout de revenir sur les opérations d’août et septembre 2006 et sur le contexte politique et sécuritaire ayant précédé l’assassinat d’Oumar Lamine Badji.
Ancien président du Conseil régional de Ziguinchor et responsable politique du Parti démocratique sénégalais (PDS), Oumar Lamine Badji avait été assassiné dans la nuit du 30 au 31 décembre 2006 à Sindian.

Le souvenir des opérations militaires de 2006

Selon Seydou Badji, les opérations militaires menées quelques mois avant l’assassinat d’Oumar Lamine Badji constituent un élément important pour comprendre le climat de l’époque. « C’est précisément ce ratissage qui a scellé le dossier d’assassinat d’Oumar Lamine Badji, en raison de sa prise de position, pour ou contre selon les versions avancées, sur ces opérations décidées par le général Abdoulaye Fall », affirme-t-il.

Cette lecture constitue toutefois l’interprétation de Seydou Badji et ne permet pas, à elle seule, d’établir un lien de causalité entre les opérations militaires et l’assassinat de l’ancien responsable politique. Il revient ensuite sur une déclaration qu’il attribue à Oumar Lamine Badji concernant les fonds mobilisés dans le cadre de la gestion du conflit casamançais.

« Ces fonds dits "fonds secrets" ne sont plus efficaces »

Selon Seydou Badji, Oumar Lamine Badji avait publiquement exprimé des réserves sur les financements destinés à certains acteurs du MFDC. « C’est le moment où Oumar Lamine Badji a choisi de rejeter le financement du MFDC qui bénéficiait de mallettes contenant d’importantes sommes d’argent. Il dira que ces fonds dits "fonds secrets" ne sont plus efficaces », rapporte-t-il.

Seydou Badji s’interroge alors : « C’est la déclaration de trop ? » Il replace cette sortie dans le contexte des fortes rivalités qui traversaient à l’époque le PDS dans le département de Bignona. Selon lui, Oumar Lamine Badji faisait face à une opposition interne autour de son poste de secrétaire général de la fédération départementale. « Elle s’est déroulée dans un contexte politiquement sombre dans le PDS de Bignona où la tendance opposée à Oumar Lamine Badji avait juré de lui ôter la vie s’il ne cédait pas le poste de secrétaire général de la Fédération », affirme Seydou Badji. Il s’agit là encore d’une accusation attribuée à son auteur et qui ne saurait être présentée comme une responsabilité judiciairement établie.

Seydou Badji évoque plusieurs pistes autour de l’assassinat.

Le coordonnateur de l’anniversaire de l’assassinat d’Oumar Lamine Badji estime que plusieurs intérêts auraient pu converger autour de la disparition de l’ancien responsable politique. Il évoque notamment ses adversaires politiques et revient sur les critiques formulées par Oumar Lamine Badji concernant les fonds consacrés à la Casamance. « Les lendemains de l’assassinat d’Oumar Lamine Badji ont montré beaucoup de convergences entre ses ennemis politiques », soutient-il.

Seydou Badji fait également référence aux investigations judiciaires menées après l’assassinat et aux auditions de plusieurs suspects. « Les conclusions des déclarations que le juge d’instruction a obtenues lors de l’interrogatoire des présumés assassins, en présence de leurs avocats, montrent à suffisance que chaque partie a joué un rôle », affirme-t-il. Il soutient que certains protagonistes auraient eu recours à des tueurs à gages, citant notamment le nom d’Abba Diédhiou. « À la tête de ces tueurs, il y a le corbeau Abba Diédhiou, dont la mort a été très controversée », déclare Seydou Badji. Ces accusations demeurent à distinguer des faits définitivement établis par une décision judiciaire.

Le livre d’Abdoulaye Aziz Ndaw cité

Pour étayer son argumentaire, Seydou Badji fait également référence au livre Pour l’honneur de la gendarmerie d’Abdoulaye Aziz Ndaw. Selon lui, l’ouvrage contient des informations sur les circonstances ayant entouré l’assassinat d’Oumar Lamine Badji et sur des réunions qui se seraient tenues à Ouniock les 26 et 28 décembre 2006. « Le livre Pour l’honneur de la gendarmerie d’Abdoulaye Aziz Ndaw a donné suffisamment d’informations », estime-t-il. Seydou Badji affirme que ces rencontres auraient servi à préparer l’assassinat et que la veille de la Tabaski aurait été retenue pour passer à l’acte.

« Ces fonds ne sont pas allés régler le conflit »

Au-delà de l’assassinat d’Oumar Lamine Badji, Seydou Badji pose surtout la question de l’utilisation des moyens financiers consacrés depuis plusieurs décennies à la recherche de la paix en Casamance. Son jugement est particulièrement sévère. « Pour votre gouverne, sachez que les ratissages et les mallettes détournées depuis 2006 à 2026 ne sont pas allés régler le conflit entre l’État du Sénégal et le Mouvement irrédentiste de Casamance », affirme-t-il. Il assimile ces sommes à des fonds politiques et met en cause ceux qu’il qualifie de « Messieurs Casamance ». « Ces fonds sont des fonds politiques qu’utilisent le parti et les autres pour brouiller la densité de l’utilisation de ces sommes qui enrichissent les "Messieurs Casamance" », accuse Seydou Badji.

 

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