À la suite des incidents survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 au stade Moulay Abdellah de Rabat, l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) est sortie de sa réserve pour dénoncer la montée préoccupante de discours discriminatoires et racistes visant les migrants originaires d’Afrique subsaharienne résidant au Maroc.
Dans un communiqué rendu public, l’Organisation s’alarme de la « large diffusion sur les réseaux sociaux d’appels discriminatoires et racistes », lesquels ont, selon elle, pris « une tournure préoccupante », se traduisant par « une agressivité menaçant directement la sécurité et la dignité des victimes de ce discours haineux ».
L’OMDH rappelle que le Maroc s’est engagé depuis plus d’une décennie dans une politique migratoire fondée sur les droits humains. « Depuis 2013, le Maroc a adopté la Stratégie nationale d’immigration et d’asile, qui a marqué un tournant juridique et politique dans la gestion des questions migratoires, en adoptant une approche fondée sur les droits humains, la protection et l’intégration », souligne l’Organisation.
S’appuyant sur le cadre juridique national, elle insiste sur les garanties prévues par la Constitution marocaine de 2011, qui consacre notamment « la criminalisation de toute incitation au racisme, à la haine et à la violence », « la jouissance par les étrangers des libertés fondamentales reconnues aux citoyens, dans les conditions fixées par la loi », ainsi que « l’interdiction de toutes les formes de discrimination ».
L’Organisation rappelle également les engagements internationaux du Royaume, en particulier la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CIEDR), à laquelle le Maroc est partie.
Face à la gravité de la situation, l’OMDH met en garde contre les conséquences d’une banalisation de ces discours. « Tolérer la propagation de discours racistes et xénophobes compromettrait des décennies d’acquis juridiques et institutionnels obtenus par le Maroc et la société civile en matière de protection des migrants, de promotion de leurs droits et de leur intégration », avertit-elle.
Dans ce contexte, le Bureau exécutif de l’Organisation exprime « son rejet catégorique et sa ferme condamnation de tous les appels et contenus numériques diffusés et continuant d’être diffusés, visant les migrants originaires de pays subsahariens résidant au Maroc par un discours raciste, discriminatoire et incitatif, en violation de la législation nationale et des engagements internationaux du Maroc ».
L’OMDH appelle par ailleurs les autorités à agir sans délai. Elle demande « l’activation de la loi et l’application stricte des dispositions pénales à l’encontre de toutes les pages et personnes ayant encouragé ou diffusé des discours de racisme, de haine et de violence », soulignant « la gravité de ces appels et la menace qu’ils font peser sur la dignité humaine ».
Sur le plan législatif, l’Organisation plaide pour « l’accélération d’une réforme profonde et globale de la loi n° 02-03 relative à l’entrée et au séjour des étrangers, à l’immigration et à la migration irrégulière », afin de la rendre pleinement conforme à la Constitution et aux engagements internationaux du Maroc.
Enfin, l’OMDH interpelle les médias publics et privés, les exhortant à « s’engager résolument dans la sensibilisation aux dangers de la diffusion de discours discriminatoires et haineux, contraires aux valeurs de vivre-ensemble et de respect mutuel ».
Par cette prise de position ferme, l’Organisation marocaine des droits humains entend rappeler que les incidents sportifs, aussi regrettables soient-ils, ne sauraient justifier des atteintes aux principes fondamentaux de dignité, d’égalité et de fraternité.

