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« Après le Mali, à qui le tour ? » : l’Afrique de l’Ouest sur le qui-vive (Le Monde)

Mercredi 19 Août 2020

Dans les pays voisins, le coup d’Etat à Bamako sonne comme une menace, voire un avertissement pour les chefs d’Etat qui souhaiteraient s’accrocher au pouvoir.


Quelques heures à peine après l’arrestation du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) par des militaires, mardi 18 août, les pays voisins du Mali ont fermé toutes leurs frontières communes. Et au petit matin, la prise de pouvoir par les militaires dans ce vaste pays était le sujet de discussion dans toute la région.

En Côte d’Ivoire, qui a connu une petite flambée de violence depuis l’annonce de la candidature de l’actuel chef de l’Etat à la présidentielle du 31 octobre, les événements maliens sont perçus comme une alerte. « J’espère qu’Alassane Ouattara voit bien ce qui se passe, comme un avant-goût », résume la militante suisso-camerounaise Nathalie Yamb, farouche opposante du président, expulsée du territoire national en décembre 2019. Le coup d’Etat à Bamako a en effet réveillé des souvenirs dans un pays qui a connu son lot de violences. En 2002, une tentative de putsch avait scindé la Côte d’Ivoire et entraîné une longue crise politico-militaire. Plus récemment, en 2017, une quatrième mutinerie en trois ans avait fait plier le gouvernement ivoirien, contraint de céder aux revendications des mutins. Depuis, Alassane Ouattara soigne ses relations avec l’armée, conscient de la menace qu’elle peut représenter, et maintient en exil celui qu’il accuse de vouloir fomenter un coup d’Etat, Guillaume Soro, ancien chef de la rébellion et candidat à la présidentielle.


Au Sénégal aussi, la crise malienne inquiète et fait la une de tous les quotidiens mercredi. « Attention à la contamination ! », prévient La Tribune, qui présente comme des « sapeurs-pompiers » le président sénégalais, Macky Sall, et ses trois homologues de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) engagés dans la médiation entre les contestataires maliens et le pouvoir à Bamako. Au-delà de la crainte d’effets collatéraux, c’est aussi « un avertissement pour les troisièmes mandatistes », assure de son côté le quotidien L’Evidence, en référence à la volonté des présidents ivoirien et guinéen de briguer un troisième mandat. Un message qui vise aussi Macky Sall, soupçonné de vouloir se présenter une troisième fois lors de l’élection présidentielle de 2024.

« Je vais me préparer à revenir »
A Niamey, où vit une importante communauté malienne, la nouvelle du coup d’Etat a été accueillie beaucoup plus chaudement. « Merci les militaires, merci à la jeunesse malienne de nous débarrasser ce jeune dictateur qui ne s’est jamais soucié de notre avenir ! », s’enthousiasme Mahamadou Traoré, un trentenaire originaire de Bamako. Devant son petit restaurant du quartier de Lacouroussou, Atou Kanté, installée au Niger depuis 2012, abonde : « Je suis contente que ceux qui ont vendu l’honneur du Mali soient chassés par les fils du Mali. Les djihadistes ont tué mes deux enfants et le régime d’IBK n’a rien fait. Maintenant, si tout va bien, je vais me préparer à revenir. » Un espoir que ne partage pas Almoumoune Ag Mohama, originaire de Kidal, dans le nord-est du Mali, pour qui « ces soldats, qui n’ont jamais été capables de protéger notre territoire, vont encore compliquer les choses ». « Je crains, ajoute-t-il en sirotant son thé, que le Mali ne retombe dans la même situation qu’en 2012, après le putsch qui avait renversé le président Amadou Toumani Touré. »


Une visioconférence des dirigeants de la Cédéao sur « la situation au Mali » doit se tenir jeudi sous l’égide du président nigérien, Mahamadou Issoufou, qui assure en ce moment la présidence tournante de l’organisation. Cette dernière a fermement condamné, mardi soir, le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta. Mais pour le militant des droits humains Alioune Tine, cette crise met surtout en lumière « l’impuissance des mécanismes régionaux et internationaux de résolution de crise » : « Les raisons profondes de la crise malienne se retrouvent ailleurs en Afrique de l’Ouest. Nous sommes sur un volcan. Après le Mali, à qui le tour ? »

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