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Achille Mbembe : « Pourquoi j’ai accepté de travailler avec Emmanuel Macron »

Dimanche 2 Mai 2021

L’historien camerounais, sollicité par Emmanuel Macron pour préparer l’échange qu’il entend avoir avec la société civile lors du prochain sommet Afrique-France, en juillet, explique dans un entretien accordé à jeune Afrique, les raisons qui l’ont poussé à accepter cette mission. Il n’a jamais fait mystère de son opinion plus que réservée sur les relations entre l’Afrique et la France, n’hésitant pas à critiquer sévèrement Emmanuel Macron. Pourtant, c’est bien l’historien camerounais que le président français a sollicité pour préparer l’échange « libre et sans tabou » qu’il entend avoir avec la société civile, lors du prochain sommet Afrique-France, à Montpellier.


Quelle est exactement la mission que vous a confiée le président Emmanuel Macron ?

Achille Mbembe : Depuis 2017, le président Emmanuel Macron a constamment affiché sa volonté de redéfinir ce qu’il appelle « les fondamentaux de la relation entre l’Afrique et la France ». Il a posé un certain nombre d’actes dont chacun est libre d’apprécier la teneur. Par exemple, il a demandé à Felwine Sarr et Bénédicte Savoy un rapport sur la restitution des objets d’art africains qui a fait date. À N’Goné Fall, il a confié la conception et la réalisation de la Saison Africa2020. Il a entrouvert la digue du franc CFA, même si beaucoup estiment que c’est au prix d’un sabotage de l’eco. Sur l’éventuelle implication de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda, il a également fait un pas, et l’on attend la publication du rapport qu’il a commandé.

Certains diront que ce ne sont que des gestes. Ils ont peut-être raison. Sur chacune de ces questions, il reste en effet un long chemin à parcourir. Mais c’est aussi à nous de faire en sorte que ces gestes ne soient ni anodins ni sans conséquences. Pour cela, il ne faut pas se croiser les bras et attendre que la manne tombe du ciel. Maintenant, il veut mettre à profit le Nouveau Sommet Afrique-France, qui se tiendra à Montpellier les 9 et 10 juillet prochain, pour ouvrir un dossier encore plus capital. Au cours de ce sommet, il veut avoir un dialogue direct et ouvert avec les jeunes générations. Le but de ce dialogue est de questionner les fondamentaux de cette relation aux fins de la redéfinir ensemble.

Il a donc souhaité que je l’accompagne dans cette démarche et m’a demandé si j’accepterais de préparer ce dialogue en amont en pilotant un cycle de discussions qui se déroulera dans douze pays africains et dans la diaspora autour de thèmes d’intérêt commun. Je vais donc suivre ces différents débats et en préparer une restitution. Les débats seront l’occasion d’une parole qu’il veut « libre et sans tabous ». L’idée est que puissent en ressortir des propositions fortes pour bâtir l’avenir en commun.

Pourquoi avez-vous accepté cette mission ?

Questionner les fondamentaux de la relation entre l’Afrique et la France aux fins de la redéfinir ensemble est une revendication que beaucoup portent depuis au moins soixante ans. Il s’agit d’un projet extrêmement complexe qu’il ne suffira pas d’effleurer lors d’un sommet. J’ai accepté d’accompagner ce geste, d’être là au moment où l’on se met en route, d’abord par curiosité intellectuelle, mais aussi pour veiller à ce que ce ne soit pas un simple exercice de communication.

Sur un plan plus politique, plusieurs d’entre nous, en Afrique et en France, sommes d’accord avec lui. Il est plus que temps de revisiter ce qu’il appelle « les fondamentaux » de cette relation. Ce qu’il entend par « les fondamentaux » est, pour le moment, suffisamment ouvert pour qu’on puisse contribuer à sa définition. C’est, dans tous les cas, un projet nécessaire et raisonnable, dont la réalisation s’effectuera sur un temps relativement long. La mission est une mission ponctuelle et de bon sens. L’Afrique doit pouvoir y trouver son intérêt à condition que nous sachions ce que nous voulons et que des zones de rencontres mutuelles se multiplient.



Enfin, j’ai accepté d’accompagner ce projet parce que, de part et d’autre, les options s’amenuisent. Une rapide analyse historique montre que les transformations du système international, le recul du multilatéralisme, la dérive autoritaire des démocraties libérales, les grands basculements démographiques, la crise environnementale et sanitaire ainsi que l’escalade technologique commencent à peser de tout leur poids sur cette relation. Nous sommes brutalement projetés dans un autre cycle de notre histoire commune. L’on s’en rendra bientôt compte: à cause de ce changement de cycle historique, certaines grilles d’analyse forgées au lendemain de la décolonisation ne marchent plus. Un aggiornamento intellectuel est donc nécessaire, y compris du côté de ceux et celles qui s’inscrivent dans une perspective plutôt anti-impérialiste. Bientôt, les vieilles postures et les vieux réflexes ne serviront plus à grand-chose et seront sans effet concret sur la nouvelle réalité.

Vous dites que les anciennes grilles d’analyse ne marchent plus …

Je dois faire le même constat pour les modes de résistance. Tout autour de nous, de nouveaux acteurs que nul ne contrôle entièrement surgissent. C’est le cas dans le Sahel, en Centrafrique, en Libye, au Congo et ailleurs. De nouveaux débats s’esquissent, par exemple sur les réseaux sociaux, autour d’enjeux entièrement neufs. Les terrains de l’affrontement ne cessent de se déplacer. Ils ne sont plus exactement les mêmes que ceux d’hier. Pour participer activement, de manière méthodique, à la définition des termes de ce réalignement qui touche aussi le vaste champ de la culture, il faut donc, du côté africain également, changer de discours et de paramètres. Bien sûr, on peut choisir de le faire depuis les barricades. Mais nous ne sommes pas obligés d’utiliser les mêmes méthodes. Je pense pour ma part que le meilleur moyen d’aller de l’avant, c’est de rallier le plus grand nombre autour de propositions fortes, qui étonnent et qui sont susceptibles de provoquer une série de déclics.
 
La Redaction



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