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Tunisie : l’arrestation de deux hommes pour homosexualité provoque une nouvelle vague d’indignation

Mercredi 29 Mars 2017

Tunisie : l’arrestation de deux hommes pour homosexualité provoque une nouvelle vague d’indignation

Deux Tunisiens, un étudiant et un réalisateur, risquent jusqu’à trois ans de prison ferme pour « délit d’homosexualité ». Une affaire qui n'est pas isolée et qui suscite une nouvelle fois l’indignation de la société civile, en Tunisie comme à l'étranger.

L’information a été relayée le 27 mars par la Société des réalisateurs de films (SFR) à Paris, qui condamne « avec fermeté de telles pratiques et appelle à la libération immédiate des deux hommes. »

Un « acte de torture »

Le cinéaste tunisien Karim Belhaj – dont le premier court-métrage « Case départ » (2012) évoque les difficultés des diplômés de l’enseignement supérieur en Tunisie – a été arrêté le 13 mars à son domicile en compagnie d’un homme qui a reconnu avoir eu une relation homosexuelle avec lui. Le juge d’instruction du tribunal de Tunis a alors ordonné un test anal et émis un mandat de dépôt à leur encontre, indiquent les communiqués de Shams, fondation de défense de la communauté LGBTQ tunisienne, et de la SFR. Un test anal, souvent pratiqué de force, considéré comme « un acte de torture ».

Les deux hommes sont toujours incarcérés à la prison de Mornaguia, en l’attente d’un procès.

Plusieurs artistes, militants des droits de l’Homme et associations ont réagi à cette énième arrestation pour homosexualité, parmi lesquels l’association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), le réalisateur Alaeddine Slim (qui a tourné « The last of us »), l’association tunisienne Mawjoudin (« Nous existons »), ou encore la réalisatrice franco-tunisienne Nadia El-Fani.

Un documentaire, un magazine et une cellule d’écoute

Dans le même temps, l’association Shams annonce trois nouveaux projets pour soutenir la communauté LGBTQ en Tunisie, et surtout sensibiliser, informer et interpeller le reste de la société.

D’abord via une cellule d’écoute, créée le 21 mars et joignable par téléphone 7/7 jours au +216 36 316 362. Et aussi au moyen du documentaire « Au pays de la démocratie naissante », partagé le 28 mars sur la chaîne YouTube de l’association.

Dans ce documentaire, de jeunes Tunisiens et Tunisiennes racontent l’humiliation du test anal, le calvaire de la prison, les violentes agressions subies au quotidien, l’inaction, voire le mépris du gouvernement et de la justice, et leur volonté, malgré tout, de rester dans ce pays qui est le leur.

L’article 230, promulgué par le colonisateur français en 1913, est la honte de la loi tunisienne

D’après la version française du code pénal, l’article 230 punit « la sodomie » de l’emprisonnement pendant trois ans. En arabe, les termes utilisés sont ceux « d’homosexualité féminine et masculine ». De nombreuses voix dénoncent cet article comme étant contraire à la Constitution tunisienne, aux droits de l’Homme et aux accords internationaux signés par la Tunisie.

« Ce qui révulse le plus, c’est lorsque tu entends un médecin, avec tout son prestige de médecin, s’adresser à un inculpé de sodomie en lui disant ‘baisse ton pantalon, tu n’es pas un homme ; tu es un enculé, rien d’autre’. Ça, c’est un médecin qui a étudié la déontologie et les valeurs du métier ? » s’insurge Bouhdid Belhedi, chargé de communication de Shams. « L’article 230, promulgué par le colonisateur français en 1913, est la honte de la loi tunisienne », ajoute-t-il.

L’avocat tunisien Ghazi Mrabet, rappelle, lui, qu’il y a « deux-trois ans, une [jeune fille] a comparu devant le juge et a été condamnée à six mois de prison ferme parce que le port d’un piercing au nombril avait été considéré comme une preuve de son lesbianisme ! »

L’association Shams a également annoncé le lancement, dans les jours qui viennent, du magazine gratuit « Shams Mag », le premier traitant des problématiques LGBTQ en Tunisie.

Si des avancées ont été « réalisées en matière de droits et de libertés collectives », les personnes LGBTQ restent « victimes d’un arsenal législatif répressif (..) et continuent à subir au quotidien toutes formes de stigmatisations, de discriminations et de violences », souligne un rapport remis en septembre  par un collectif d’associations tunisiennes à l’ONU. Le texte sera examiné en mai par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies.


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