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Samba Diouldé Thiam : « La Constitution ne doit plus être révisée sans référendum »

Mardi 14 Juillet 2026

L'ancien député Samba Diouldé Thiam a adressé une longue lettre ouverte au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, dans laquelle il revient sur la récente crise institutionnelle entre l'exécutif et le législatif. Se présentant comme un citoyen préoccupé par l'avenir des institutions sénégalaises, il appelle le chef de l'État à prendre des mesures fortes afin de préserver le caractère présidentiel du régime et d'empêcher que de telles tensions ne se reproduisent.


Dès les premières lignes de sa correspondance, l'ancien parlementaire estime que le Sénégal vient de traverser une période particulièrement délicate sur le plan institutionnel. « Notre pays vient de traverser un des conflits les plus critiques de son histoire, entre les pouvoirs exécutif et législatif », écrit-il.
Selon lui, la confrontation entre le président de la République et le président du parti majoritaire à l'Assemblée nationale, ancien Premier ministre, constitue « l'attaque la plus redoutable et la plus perfide contre le régime présidentiel sous lequel vit le pays depuis le dénouement de la crise de 1962 ».

À ses yeux, les réformes intervenues récemment auraient profondément modifié l'équilibre des institutions.
« Au motif que vous êtes en désaccord avec le président de ce parti qui fut votre Premier ministre, voilà que notre régime politique et nos institutions ont été retaillés à la hauteur d'une ambition. Et tout dans ce texte vous réduit à n'être qu'un acteur lilliputien », déplore-t-il. Samba Diouldé Thiam estime que le contrôle d'un parti politique peut rapidement conduire à une concentration excessive du pouvoir. « Qui dirige un parti politique d'une main de fer dirigera un pays de la même manière », avertit-il, invitant le chef de l'État à « savoir lire les signes ».

Préserver définitivement les pouvoirs du président

L'ancien député considère que les désaccords entre le chef de l'État et une majorité parlementaire sont normaux dans une démocratie. Toutefois, il estime qu'ils ne doivent jamais mettre en péril les fondements de la Constitution. « Que l'Assemblée et la Présidence soient en désaccord est normal en démocratie, si la majorité parlementaire change de camp. Des négociations intelligentes permettent de s'en tirer. Que de tels désaccords menacent la Constitution, voilà ce qu'il faut prévenir », souligne-t-il.

S'appuyant sur la décision rendue par le Conseil constitutionnel, il invite Bassirou Diomaye Faye à prendre des initiatives fortes pour protéger durablement les institutions. Il propose ainsi que le droit de dissolution de l'Assemblée nationale demeure une prérogative exclusive du président de la République. « Le droit de dissolution de l'Assemblée nationale doit demeurer une prérogative du Président de la République, après seulement un an de fonctionnement », recommande-t-il.

Il plaide également pour que les futures révisions de la Constitution ne puissent plus être adoptées par la seule voie parlementaire. « La révision constitutionnelle devrait exclusivement relever du référendum, et cette clause devrait être imprescriptible », soutient-il, estimant qu'une telle disposition devrait être inscrite dans une « clause d'éternité » afin d'empêcher toute remise en cause future.

Une critique du bicéphalisme au sommet de l'État

Dans sa lettre, Samba Diouldé Thiam revient longuement sur l'expérience récente du partage du pouvoir entre le président de la République et un Premier ministre politiquement puissant. Selon lui, cette configuration a montré toutes ses limites. « L'expérience d'un Président de la République qui n'est pas le chef de la majorité parlementaire s'est révélée être trop coûteuse pour celui qui définit la politique nationale et qui devient impuissant devant une Assemblée hostile », écrit-il.

Pour l'ancien député, cette situation est à l'origine de nombreuses difficultés rencontrées par le pays. « La malfaisance de cette situation s'observe à l'œil nu », affirme-t-il. Il rappelle que le Sénégal demeure aujourd'hui un régime présidentiel et estime qu'en attendant une éventuelle évolution institutionnelle, l'autorité exécutive doit rester clairement incarnée par le président de la République.

« Aujourd'hui le régime politique sénégalais est présidentiel, demain il pourrait être parlementaire. En attendant ce changement, l'autorité exécutive demeure le Président de la République et le gouvernement qu'il nomme », insiste-t-il. Selon lui, la séparation des pouvoirs ne signifie pas un partage égal des responsabilités. « L'équilibre des pouvoirs ne signifie jamais 50 % - 50 %. Une telle idée est corrosive et paralysante », soutient-il. Il ajoute que « la dilution du pouvoir exécutif, quelle que soit sa source, est une idée anarchiste », précisant que « les contre-pouvoirs sont des temporisateurs et non des pouvoirs égaux au pouvoir exécutif ».

« Deux ans de bicéphalisme ont détérioré le pays »

L'ancien parlementaire porte également un regard très critique sur les conséquences de cette cohabitation au sommet de l'État. « Deux ans de bicéphalisme ont plongé le pays dans la détérioration des paramètres économiques et sociaux ; tout le pays gémit par la faute d'une parole et d'une pratique incompétentes », affirme-t-il. Dans la même veine, il met en garde contre toute personnalisation excessive du pouvoir. « Un "Projet" n'est pas une personne et une personne n'est pas un "Projet" », écrit-il.

 

.Samba Diouldé Thiam invite le président Bassirou Diomaye Faye  à mesurer la portée historique de son mandat. « Qu'on vous aime ou non, vous avez rendez-vous avec l'histoire, parce que, jusqu'en 2029, vous tenez en vos mains le sort du Sénégal », affirme-t-il. Il estime que le temps presse et appelle le chef de l'État à agir avec davantage de célérité. « Le temps est court et il n'est pas possible de le faire avancer plus lentement. Dès lors, vous devez aller plus vite tout en étant le plus avisé possible », conseille-t-il.

Prenant soin de préciser sa position, l'ancien député assure ne défendre aucun camp politique. « Je ne suis ni avec vous ni contre vous, je suis avec le Sénégal, pays auquel j'ai consacré ma vie, mon engagement, mon intelligence et mon intégrité », écrit-il. Il affirme continuer à exprimer librement ses accords comme ses désaccords sur les politiques publiques. « Je ne suis pas dans le sentiment ou le ressentiment, voire la revanche. Comme par le passé, j'exprime sans violence, sans injure et sans fixation mes accords et mes désaccords sur les politiques qui façonnent notre pays », ajoute-t-il.

Enfin, Samba Diouldé Thiam salue les propos récents du chef de l'État reconnaissant l'œuvre de ses prédécesseurs. « Merci d'avoir reconnu et dit que ce pays a été tenu par d'autres avant vous et que vous transmettrez le flambeau. C'est bien de l'avoir exprimé et de vous découvrir à vos concitoyens que vous n'êtes pas un messie. Seul le ciel consacre les messies et il faut attendre d'y être ! », a t-il fait savoir, avant d'adresser au président de la République ses « respects républicains et citoyens ».

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