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Rox face à la justice Sénégalaise: nationalité allemande, lourdes accusations et intervention de Berlin, ce qu’il faut savoir

Mercredi 16 Septembre 2026

Le cas de Rokhaya Fall, alias Rox la Chancelière, concentre une bonne partie de l’attention autour du procès des TikTokeuses devant le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye. Alors que le parquet a requis contre elle deux ans de prison, dont un an ferme, une autre question alimente les discussions : Rox possède-t-elle réellement la nationalité allemande comme elle l’avait affirmé avant son incarcération et, si oui, l’Allemagne peut-elle intervenir dans son dossier ?

Avant son placement en détention, Rox avait en effet soutenu être allemande et s’était présentée comme « intouchable », sans toutefois, à la connaissance d’Exclusif.net, rendre public un document établissant cette nationalité. Si ses enfants sont présentés comme allemands, la nationalité de Rox elle-même reste à établir sur la base d’un document officiel.

Cette affirmation a néanmoins créé une forte attente autour d’une éventuelle intervention des autorités allemandes. Pour tenter d’apporter des éléments de compréhension, Exclusif.net a posé la question à Éric Bassène, journaliste sénégalais basé en Allemagne.

Rox reconnaît une partie des faits

À la barre, Rox la Chancelière, née en 1986, a reconnu une partie des faits qui lui sont reprochés. Elle est notamment poursuivie pour association de malfaiteurs, injures publiques, diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, menaces de mort, injures envers un agent de police et atteinte à la vie privée. Elle a reconnu les menaces et les injures publiques.

Rox a expliqué être partie en Europe en 2011 et animer des directs sur TikTok. Elle a également admis utiliser un autre compte pour consulter les contenus de personnes qui l’ont bloquée. Selon ses déclarations à l’audience, Narou, Jessica et Ramz utiliseraient elles aussi de faux comptes à cette fin.

« Je me suis révoltée »

 

Au cours de son interrogatoire, Rox est revenue sur les origines de plusieurs de ses conflits sur les réseaux sociaux. Concernant Moustapha Dieng, surnommé « juge du désert », elle affirme l’avoir aidé dans ses démarches alors qu’il se trouvait en Allemagne. Selon elle, celui-ci aurait ensuite commencé à lui faire la cour. Après avoir coupé les ponts, elle affirme qu’il aurait commencé à organiser des lives pour l’accuser de payer des personnes afin de dénigrer d’autres internautes.

Elle a également évoqué son conflit avec Jessica. Rox raconte qu’en 2023, dans un groupe WhatsApp, elle avait partagé des photos de sa mère, qui était diabétique et avait subi l’amputation d’un pied. Après le décès de ses deux parents le même jour, ceux-ci auraient, selon elle, fait l’objet d’insultes lors de directs.

Très émue devant le tribunal, Rox a fondu en larmes en revenant sur cet épisode. Elle s’est également expliquée sur des images concernant Ramz Yago. Rox affirme que Kaliphone Sall lui avait proposé des images de cette dernière, mais qu’elle avait compris qu’il pouvait s’agir d’un piège. Elle reconnaît néanmoins avoir envoyé une image à Ramz en mode « flam », c’est-à-dire à vue unique, après que cette dernière se serait rendue au cimetière de Yoff, sur la tombe de sa mère, pour l’insulter. « Je n’ai pas divulgué la vidéo sur la place publique », a-t-elle assuré à la barre.

Adji Mass réclame 20 millions de FCFA

Une autre partie du dossier oppose Rox à Adji Mass Guèye. Me Youssoupha Camara, avocat de cette dernière, affirme que sa cliente aurait été insultée et dénigrée à plusieurs reprises entre 2023 et 2026.

Estimant qu’Adji Mass a été traumatisée par ces attaques, l’avocat a réclamé 20 millions de FCFA de dommages et intérêts.

Plusieurs enregistrements ont également été diffusés au cours de l’audience. Parmi eux figure un audio dans lequel Rox évoquerait « Von Djolof », présenté dans le dossier comme une personne qu’elle aurait recrutée pour insulter des internautes. Cet élément a notamment été discuté au titre de l’accusation d’association de malfaiteurs.

Deux ans de prison, dont un an ferme, requis contre Rox

Dans son réquisitoire, le procureur Sow a demandé la relaxe de Rox concernant l’infraction de divulgation d’images. Le ministère public considère en revanche que l’association de malfaiteurs est constituée pour les prévenues et a demandé que Rox soit déclarée coupable concernant les menaces de mort.

Au final, le parquet a requis contre Rox deux ans de prison, dont un an ferme.

Une défense qui attaque la procédure

Face aux réquisitions du parquet, les avocats de Rox ont développé plusieurs lignes de défense.

Me Takha Cissé a sollicité la clémence du tribunal, estimant notamment que sa cliente avait déjà subi une « sanction sociale ». Me Malick Mbengue a invoqué la prescription concernant les faits liés à Adji Mass et contesté les poursuites relatives aux menaces de mort.

Me Alioune Sawaré a demandé la relaxe concernant l’association de malfaiteurs et l’outrage à agent. Il a également attiré l’attention du tribunal sur la situation familiale de Rox, soutenant qu’une condamnation à un an ferme pourrait lui faire perdre la garde de ses enfants.

Me Arona Bass a lui aussi invoqué la prescription de l’action publique. Me Ciré Clédor Ly est allé plus loin en demandant la nullité de la procédure, contestant notamment la possibilité de maintenir certaines poursuites après les désistements intervenus entre les parties. Il a également soulevé la question des délais de prescription.

Rox est-elle réellement allemande ?

Parallèlement au débat judiciaire, la question de la nationalité de Rox refait surface. Avant son arrestation, la TikTokeuse avait affirmé être de nationalité allemande. Cette déclaration avait été accompagnée de propos laissant entendre que ce statut pourrait lui conférer une forme de protection. Mais aucun document établissant sa nationalité allemande n’a, à ce stade, été présenté à Exclusif.net.

Pour Éric Bassène, journaliste sénégalais basé en Allemagne interrogé par Exclusif.net, il faudrait d’abord déterminer précisément le statut de Rox : possède-t-elle uniquement la nationalité sénégalaise, la nationalité allemande ou les deux ? « Tout dépend des cas », insiste-t-il. Éric Bassène estime qu’une éventuelle intervention allemande dépendrait de plusieurs paramètres, dont la nationalité effective de l’intéressée, la nature de la procédure et son issue.

Il avance notamment qu’après une éventuelle condamnation, les possibilités de purger une peine en Allemagne pourraient être examinées. « L’Allemagne va attendre jusqu’au bout du procès », estime-t-il, avant d’ajouter que la situation dépendrait ensuite du dossier de l’intéressée.

Être Allemande ne signifie pas être « intouchable »

Sur ce point, une distinction est nécessaire. La possession de la nationalité allemande, si elle est confirmée, ne soustrait pas automatiquement une personne à la justice sénégalaise lorsqu’elle se trouve au Sénégal. L’Allemagne peut apporter une assistance consulaire à ses ressortissants détenus à l’étranger. Mais une éventuelle intervention diplomatique ou consulaire ne signifie pas automatiquement libération, annulation des poursuites ou transfert vers une prison allemande.

Éric Bassène estime lui-même que la nature des faits reprochés jouerait un rôle important. Pour lui, les autorités allemandes pourraient porter une attention différente à une affaire relevant uniquement de la liberté d’expression et à une procédure concernant des infractions de droit commun établies par une juridiction.

« Si elle a insulté, elle a tort. l’Allemagne peut négocier pour sa libération mais elle ne va pas forcer la main non plus », explique-t-il. Il souligne par ailleurs que l’affaire Rox ne présente, à ses yeux, aucun caractère politique : « Ce n’est pas un problème politique, ce n’est pas un problème social, c’est carrément privé », estime le journaliste. 

Pour Éric Bassène, si la nationalité allemande revendiquée par Rox est confirmée, une autre question pourrait se poser après le jugement : le lieu où elle devrait purger une éventuelle peine de prison. Selon le journaliste sénégalais basé en Allemagne, certaines situations permettraient à un ressortissant allemand condamné à l’étranger de purger sa peine en Allemagne. Il affirme toutefois que cela dépendrait du dossier de l’intéressé et des démarches effectuées lors de l’acquisition de la nationalité.

« Si elle a opté pour l’Allemagne, donc quel que soit le problème, ce qu’elle a fait, il y aura l’intervention de l’Allemagne qui va, en fait, l’arracher des geôles sénégalaises pour l’amener en Allemagne pour purger sa peine », explique Éric Bassène.

À l’inverse, poursuit-il, si Rox avait choisi de purger une éventuelle peine dans le pays où elle serait condamnée, elle pourrait rester au Sénégal. « Si elle a choisi de purger ses peines dans le pays où elle a été condamnée, donc elle va purger sa peine au Sénégal. Maintenant, si elle a opté pour purger ses peines en Allemagne, il faut voir son casier, son dossier », ajoute-t-il.

Éric Bassène pense surtout qu’une éventuelle intervention de Berlin se poserait davantage après l’issue du procès qu’avant celui-ci. « L’Allemagne va attendre jusqu’au bout du procès. Après, si elle a été condamnée, elle va purger une peine de prison au Sénégal. C’est en ce moment qu’il faut voir son casier, son dossier », explique-t-il.

Éric Bassène évoque même des échanges de prisonniers
Au cours de l'entretien, Éric Bassène va plus loin en évoquant les moyens diplomatiques dont dispose, selon lui, l’Allemagne pour venir en aide à l’un de ses ressortissants détenu à l’étranger. Il cite notamment le cas d’un détenu souffrant d’un problème de santé qui nécessiterait une prise en charge en Allemagne. « Si l’Allemagne se rend compte qu’elle est malade, qu’il faut nécessairement qu’elle aille se faire traiter en Allemagne, donc en ce moment l’Allemagne va intervenir parce que l’Allemagne ne lâche jamais », affirme-t-il.

Le journaliste évoque également une possibilité beaucoup plus exceptionnelle : un échange de prisonniers entre États. « L’Allemagne peut, par exemple, échanger un citoyen allemand, un prisonnier allemand, contre un prisonnier d’un autre pays », soutient Éric Bassène. Là encore, il s’agit d’une possibilité générale évoquée par l’interviewé et non d'une indication qu'un échange de prisonniers serait actuellement envisagé dans l'affaire Rox.


Aucun élément fourni à Exclusif.net ne fait état, à ce stade, d'une telle négociation entre Dakar et Berlin. « Elle ne va pas rester longtemps en prison », estime le journaliste.  Éric Bassène se montre néanmoins convaincu qu’une nationalité allemande confirmée pourrait peser sur la suite de la situation de Rox.

« Même si on condamne cette femme, elle ne va pas rester longtemps en prison. Elle va rester quelque temps et puis elle va sortir. Donc les choses vont se régler vite pour elle », affirme-t-il. Il y voit notamment « l’avantage des binationaux », tout en rappelant que, selon lui, la nature des faits reprochés et la situation personnelle de l’intéressée devront être prises en compte.

Cette dernière appréciation reste une opinion d’Éric Bassène. Elle ne préjuge ni de la décision du Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye, ni d’une éventuelle intervention des autorités allemandes. Le sort judiciaire de la TikTokeuse reste donc entre les mains du Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye. Après environ six heures de débats, le président Ndoye a mis l’affaire en délibéré au vendredi 18 septembre 2026. La défense avait sollicité la mise en liberté provisoire des prévenues, demande rejetée après l’opposition du parquet.

D’ici au verdict, deux interrogations restent ainsi au centre du dossier : Rox pourra-t-elle échapper à la peine d’un an ferme réclamée par le parquet et, surtout, sa nationalité allemande revendiquée pourra-t-elle être formellement établie ?


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