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Pénurie de riz au Sénégal: l’autosuffisance en riz en 2017 menacée

Mardi 15 Novembre 2016

Le Sénégal vit des moments de « pénurie » de riz, la base principale de son alimentation. Traditionnellement importé des pays asiatiques, le riz est de plus en plus cultivé sur place, notamment dans la région de la Vallée du fleuve Sénégal. Le Président Macky Sall avait projeté d’atteindre l’autosuffisance en riz en 2017. Malheureusement, ce ne sera pas le cas. La production locale est estimée à environ 15%, si l’on en croit Ibrahima Thioub, le Président du Collège national des producteurs de riz, qui s’exprimait dans les colonnes de l’APS.

Nous sommes à moins de deux mois de 2017 et, en lieu et place de l’autosuffisance en riz, les Sénégalais vivent une pénurie qui, si elle n’a pas encore atteint un niveau dramatique, n’en est pas moins douloureuse en raison de l’augmentation des prix qu’elle induit.  D’ailleurs, Thioub est convaincu qu’il n’y a pas de pénurie de riz. A l’en croire, il ne s’agit que de simple « spéculation » des importateurs de riz qui « véhiculent ces informations dans l’objectif d’aller à l’extérieur acheter du riz à bas prix comparé à celui vendu sur le marché local ».

Toujours est-il que la production locale est loin de pouvoir satisfaire l’énorme demande au niveau local.  C’est dire que le président Sall avait fait la promesse sans en évaluer la faisabilité. Il est en effet intéressant de travailler à atteindre l’autosuffisance en riz, mais cela nécessite que les mesures d’accompagnement aient été prises. 

Et la première de ces mesures est de s’assurer que les conditions d’une forte production sont réunies. Et pour cela, il faudrait qu’il y ait suffisamment de terres arables, de producteurs qui s’y intéressent, de machines décortiqueuses, de magasins de stockage, mais surtout que les Sénégalais s’y intéressent.

A notre avis, aucune de ces conditions ne sont remplies. Les seules terres de la Vallée ne suffisent pas à nourrir tout le Sénégal. Les investissements doivent alors être poursuivis dans d’autres zones favorables de Casamance, du Sine Saloum, des Niayes, etc. Il suffit que les producteurs soient sûrs que les stocks seront écoulés pour qu’ils s’y

intéressent. Car, ceux qui investissent déjà au secteur sont confrontés à un problème d’écoulement. Aujourd’hui, comme le souligne Thioub, les magasins sont pleins de riz que les producteurs ne peuvent pas écouler sur le marché.  Mieux, il faudra faire en sorte que les machines décortiqueuses puissent briser le riz en plusieurs variétés. C’est important pour la commercialisation afin de répondre aux nombreuses demandes des consommateurs. 

Enfin, dernière difficulté et non des moindres, il faudra pousser les Sénégalais à consommer le riz local. Pour le moment, leur préférence va au riz importé, surtout celui qui est parfumé. 

Le riz de la Vallée, comme on l’appelle communément, n’a pas l’avantage d’être compétitif du point de vue du prix et ne présente pas d’avantages au niveau des techniques culinaires.  Au contraire, nombre de ménagères préfèrent le riz importé qui leur pose moins de problème de ce point de vue.  

En somme, la promotion du riz local passe par un long processus de changement de mentalité des Sénégalais par la sensibilisation, le plaidoyer, etc., l’autosuffisance alimentaire ne se décrétant pas. 

Certes, nous sommes loin des temps où tout passait par la Caisse de péréquation et de stabilisation des prix mais, il n’empêche que la gestion d’une denrée aussi vitale que le riz doit passer par un minimum de planification basée sur des calculs fiables et des estimations solides faits par des spécialistes chevronnés, avec l’appui de tous les acteurs que sont les producteurs, les commerçants et les associations de consommateurs. 

C’est pourquoi, nous nous sommes demandé sur la base de quel critère le président Sall avait estimé que le Sénégal pouvait atteindre l’autosuffisance en riz en 2017.  Certes les slogans sont beaux et galvanisants, mais ils doivent se baser sur des critères objectifs, garants de leur faisabilité.  Les importations de riz doivent donc se poursuivre sans entrave en attendant que toutes les mesures d’accompagnement soient prises afin de mettre en place une production qui dépasse le maigre chiffre de 15% annoncé.   

Assane Samb Rewmi Quotidien

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