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Moussa Gningue : « Les marabouts d’antan étaient des hommes pieux, discrets, très puissants »

Dimanche 13 Juillet 2025

Figure discrète mais influente de l’arène sénégalaise, Moussa Gningue, surnommé le « Sorcier de Fass », a accompagné des icônes de la lutte tels que Mbaye Guèye, Tapha Guèye et Gris Bordeaux. Préparateur mystique redouté, il revient dans un long entretien accordé au Quotidien "Le Soleil " sur le rôle fondamental du mystique dans la lutte traditionnelle, un pan du sport souvent tabou, mais profondément enraciné dans la culture sénégalaise.


Pour Moussa Gningue, le mystique n’est pas une option, mais un levier essentiel dans la préparation du lutteur. « C’est dans la lutte qu’on sent le plus son efficacité », affirme-t-il. Selon lui, l’athlète doit allier préparation physique, maîtrise technique, et force mystique. Il rappelle que même un lutteur aussi complet que Yékini avait publiquement reconnu l’importance du mystique dans sa carrière.

Mbaye Guèye, le premier Tigre, et ses secrets de protection
Ancien compagnon de route du légendaire Mbaye Guèye, Moussa Gningue évoque un homme rigoureux, courageux, mais aussi très attaché à la protection mystique. « Il se rendait à Banjul, au Mali, en Casamance… il ne négligeait rien », confie-t-il. À l’époque, les cachets n’étaient pas élevés  entre 150 000 et 300 000 FCFA pour un grand combat mais des figures comme Lamine Diack ou l’ancien ministre Assane Seck participaient au financement des rituels.


Moussa Gningue livre des anecdotes saisissantes. Lors du combat contre Sa Ndiambour, un photographe s’est évanoui simplement à cause du souffle des coups de poing de Mbaye Guèye. « Le vent qu’il produisait l’a projeté au sol », raconte-t-il. Dans un autre cas, contre Boy Bambara, un marabout avait prédit l’annulation du combat si une potion était bouillie avant 16h. Ils l’ont fait à 12h, et le combat fut annulé dans l’après-midi.

Il décrit également l’usage de poissons produisant des décharges électriques, des gris-gris fabriqués à partir de cornes, ou encore des poudres versées aux entrées des stades pour neutraliser les protections adverses.

« Le mystique d’hier était craint, discret et puissant »
Interrogé sur l’évolution du mysticisme, Moussa Gningue se montre critique envers les pratiques modernes. « Les marabouts d’antan étaient des hommes pieux, discrets, très puissants », souligne-t-il, dénonçant le recours actuel à des versets coraniques sans maîtrise de leur sens.

Il ajoute que certaines protections deviennent inopérantes si leur porteur entre dans un cimetière, ou s’il traverse des zones « piégées » par des poudres. C’est pourquoi, affirme-t-il, certains lutteurs évitent les portes principales et escaladent les murs du stade.

Tapha Guèye, discipline et confiance
Après la retraite de Mbaye Guèye, Moussa Gningue a assuré la préparation mystique de son frère Tapha Guèye, un lutteur qu’il décrit comme discipliné et concentré sur ses entraînements. Le soutien financier venait à la fois de proches, de membres de l’écurie Fass, mais aussi de personnalités de l’État. « Il me faisait confiance pour le reste », dit-il.


Le « Sorcier de Fass » décrit un univers mystique organisé : djinns protecteurs, offrandes animales, rituels de divination. Il évoque notamment l’intervention d’un djinn dans la victoire de Mor Nguer contre Manga 2, ou l’utilisation de têtes de chameau et d’âne à des fins de puissance ou de protection.

Et aujourd’hui ?
Moussa Gningue estime que les pratiques mystiques sont toujours présentes, mais que leur efficacité et leur portée ont changé. Si une partie des rituels se déroule encore au stade, « le plus important se passe à la maison », précise-t-il. Le respect du secret, de la foi, et de la maîtrise spirituelle fait, selon lui, la différence entre les protections d’hier et celles d’aujourd’hui.



Avec ses décennies d’expérience, Moussa Gningue demeure l’un des gardiens les plus lucides et les plus respectés d’un pan invisible mais structurant de la lutte sénégalaise. Dans une arène où la force brute ne suffit pas, ses mots résonnent comme un rappel : le combat commence bien avant l’entrée au stade

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