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Joseph-Antoine Bell : «On fait à Aliou Cissé un procès de riche»

Samedi 3 Avril 2021

Observateur averti du football, Joseph-Antoine Bell scrute sa passion avec l’œil de l’expert et la lucidité qui va avec. Pour L’Observateur, il s’est penché sur le jeu des Lions rythmé par des critiques acerbes, un questionnement sans réponse.

Les deux derniers matches des Lions, contre le Congo (0-0) et le Eswatini (1-1), ont fait resurgir les critiques contre Aliou Cissé…

On fait à Aliou Cissé un procès de riche, parce qu’il n’a pas gagné ces deux derniers matches. Pourtant, il ne les a pas perdus non plus. Le Sénégal était déjà qualifié et une équipe de football, ce n’est pas onze joueurs. Il faut intéresser un grand nombre de joueurs, pouvoir les faire jouer et essayer des choses, sans parler d’échec. Il faut avoir du respect vis-à-vis d’eux. Sinon, le jour où vous en aurez besoin, ils ne seront pas prêts psychologiquement. Donc, il faut les faire jouer, les voir en situation de matches officiels. Dans le même temps, jouant dans une configuration nouvelle, ce n’est pas toujours facile à gérer comme on le pense. Il ne faut pas non plus laisser croire qu’il y aurait une équipe qui va aligner 20 matches de haut niveau, sans jamais baisser de rythme. Il faut accepter de faire une photographie et la photo est l’image de l’instant, du moment. Cette équipe avait 12 points, soit quatre matches gagnés, personne n’a noté la densité ou le système de jeu. Etant déjà qualifiée, lors des deux derniers matches, c’était le moment pour Aliou de faire jouer d’autres éléments. Il le fait en changeant de positionnement, en s’adaptant au Covid, avec un ou deux absents. Le Sénégal doit être déjà très fier d’avoir pu faire venir Sadio Mané, alors qu’il n’y avait rien à jouer. Ça c’est de l’identité : pouvoir présenter sa star, même si le match ne présente pas d’intérêt absolument élevé. Il faut accorder aux différents sélectionneurs, la possibilité de faire des essais, la possibilité aux joueurs d’être moins performants sur un ou deux matches. Ce qu’on demande à Sadio Mané, par exemple, c’est d’être présent, le jour où il faut sauver le Sénégal. Je serai très dur avec Sadio Mané et Gana Guèye, si le jour d’un match décisif, ils ne se montraient pas. Je voudrais qu’on admette que la photographie, c’est un instant. La critique du match contre le Congo ou l’Eswatini ne doit pas être celle des six matches. Ce match raté (contre Eswatini) qui était à demi sans importance, ne doit pas être analysé comme si c’était le plus important de la série.


Les difficultés n’ont pas attendu le dernier match pour apparaître ; depuis qu’Aliou est là, le Sénégal souffre face aux blocs bas ?
Oui, vous avez soulevez un problème qui est réel ! Un problème qui va survenir assez régulièrement et là, vous devez interroger Aliou ou attirer son attention sur un fait. Je pensais l’avoir dit. Mais quand je critique le Sénégal, certains pensent que c’est un problème personnel. Ils disent aux joueurs : «Joseph-Antoine Bell ne dit jamais rien de bon sur vous.» Ça ne change pas mon analyse parce qu’elle est honnête. Vous avez soulevé un problème que je connais depuis longtemps. Il faudrait que le Sénégal, en tant qu’équipe et en tant que pays, sache que désormais, il sera confronté à ce que le Barça et toutes les équipes reconnues fortes, rencontrent tous les jours : c’est-à-dire les adversaires reconnaissent leur faiblesse. C’est ce qui avait perdu le Sénégal en 2017, contre le Cameroun. Le Cameroun avait un entraîneur (Hugo Broos) réaliste qui n’a pas fait ce que font beaucoup d’Africains : c’est-à-dire se conforter dans des slogans du genre : «on n’est pas moins fort, on va les battre.» Non ! Ils sont plus forts, mais on va les battre, en adoptant une tactique qui pourrait les gêner. Et la tactique d’une équipe faible contre une équipe forte, c’est de jouer plus bas. Désormais, ce sera le lot du Sénégal, 8 matches sur 10, notamment en Afrique. Tout comme le Barça, le Sénégal ne peut plus se plaindre face à un bloc bas. Ça demande une préparation technique, tactique et psychologique. La presse et les observateurs sont là aussi pour ça. Aliou ne doit pas être braqué contre tous les journalistes. Ils peuvent même dire des conneries, mais au milieu de toutes ces conneries, il peut y avoir un mot qui déclenche quelque chose qui lui soit utile. 


Est-ce que ça passe par un système plus adéquat ? 
Forcément. On ne peut pas ne pas tenir compte de ce que fait l’adversaire. Il ne faut pas croire que c’est toujours aux autres de s’adapter. On doit adapter sa réflexion.


Dernièrement, il a essayé le 3-5-2, mais cela n’a pas marché et pour certains observateurs, ce système, exigeant, n’est pas fait pour une sélection qui n’a pas le temps de répéter ses gammes ? 
Quand vous essayez quelque chose, vous sortez de votre confort habituel. Dans ce cas, vous êtes prêt à accepter le résultat de votre expérimentation. Les chercheurs trouvent des vaccins en faisant des choses qui ne marchent pas. Aliou pense qu’un jour, il pourrait être amené à jouer dans un système 3-5-2 et a voulu l’essayer sur un match moins important. Et sur ses deux matches où il était déjà qualifié, il a vu comment son équipe s’est comportée. 


Comparé à l’Algérie, qu’est-ce qui manque au Sénégal pour aller chercher un trophée ? 
C’est un autre débat. Le trophée signifie la seule marche qui compte. Etre juste le meilleur parce que c’est une seule place. C’est plus compliqué. Il ne faut pas en faire une fixation ou une obsession, pour ne pas créer une tension qui fera trembler les gens. Dans le passé, vous aviez de bons joueurs, sans avoir une bonne équipe sur la durée. Ce qui était vrai en 2002 ne l’était plus en 2003. Aujourd’hui, vous commencez à bâtir quelque chose sur la durée. Le Sénégal a l’avantage d’avoir de bons joueurs qui sont jeunes, ça permet d’avoir du matériel pendant longtemps. Vous allez finir par gagner, mais laissez les jouer pour aller gagner, pas avec le devoir de gagner. On joue pour gagner, mais attention à ne pas surcharger les joueurs et les dirigeants. La compétition est déjà assez difficile. Vous risquez de vous handicaper tout seuls.


Avec le Sénégal, Sadio Mané est-il mis dans les meilleures conditions de jeu ?
Le Sénégal n’est pas Liverpool. Il faudrait réfléchir autrement. Le joueur ne sera pas le même. Donc, le rôle de l’entraîneur, c’est de mettre ce joueur dans les meilleures conditions. On peut ne pas être Liverpool, mais avoir un jeu qui permet aux joueurs d’évoluer dans de meilleures conditions.
La Redaction



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