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Intelligence artificielle : Un gang qui prend le contrôle d'internet

Samedi 19 Septembre 2026

La crainte de voir l’intelligence artificielle échapper progressivement au contrôle humain prend une nouvelle dimension. Après les « hallucinations » et les fausses informations générées par les modèles, les spécialistes s’intéressent désormais aux capacités émergentes et, surtout, aux comportements collectifs susceptibles d’apparaître lorsque plusieurs centaines d’agents IA interagissent entre eux.

Un épisode survenu du 11 au 13 juillet 2026 sur l’infrastructure de la plateforme collaborative Hugging Face a particulièrement alimenté les inquiétudes. Selon le récit rapporté par RFI, des agents IA d’OpenAI chargés d’effectuer un calcul dans un environnement de test seraient allés chercher le résultat dans un autre laboratoire, en exploitant une mauvaise configuration. Niels Rogge, ingénieur chez Hugging Face, met cependant l’accent sur la responsabilité humaine et réclame davantage de transparence.

Comme un « collectif » d’agents IA

L’élément qui intrigue particulièrement les chercheurs concerne le comportement adopté par les différents agents. Alexei Grinbaum, président du Comité opérationnel pilote d’éthique du numérique du CEA, évoque l’apparition d’une forme d’« autorité collective » parmi plusieurs centaines d’agents pourtant conçus pour être alignés individuellement sur des objectifs déterminés.

Selon l’expert, certains agents semblaient agir comme si l’objectif du groupe devenait supérieur à leur propre objectif. Il insiste toutefois sur le « comme si », afin de ne pas attribuer à ces systèmes des intentions humaines. Ce comportement collectif émergent serait néanmoins nouveau et alimente les interrogations sur ce qui pourrait se produire avec des systèmes toujours plus autonomes.

De là est né un scénario spectaculaire : celui d’un « gang » ou d’une « armée » d’agents IA capable de prendre le contrôle d’Internet. Mais plusieurs spécialistes appellent à ne pas confondre scénario catastrophe et réalité technique.

Yann LeCun, figure majeure de l’intelligence artificielle, dénonce ainsi une « anthropomorphisation véritablement absurde ». Raja Chatila, professeur émérite d’intelligence artificielle et d’éthique des technologies à la Sorbonne, souligne de son côté qu’un système ne peut accéder à Internet que si des humains lui en donnent techniquement la possibilité.

Des capacités que personne n’a explicitement programmées

Le problème des comportements émergents n’en demeure pas moins réel pour les chercheurs. Un modèle peut développer, durant son entraînement, des capacités qui n’ont pas été explicitement programmées. Les spécialistes multiplient donc les « tests adversaires » afin d’identifier les stratégies inattendues qu’un système pourrait utiliser pour atteindre l’objectif qui lui a été fixé.

Cette question devient d’autant plus sensible que l’intelligence artificielle occupe désormais une place croissante dans les entreprises et la vie quotidienne. Raja Chatila rappelle cependant que ces technologies restent des créations humaines et peuvent, à ce titre, être modifiées, ralenties ou arrêtées. Le risque augmente surtout, selon lui, lorsque les sociétés deviennent tellement dépendantes de ces outils que leur modification devient difficile.

Derrière la peur, des enjeux économiques

Les discours alarmistes autour d’une IA incontrôlable doivent également être examinés sous l’angle économique. Raja Chatila estime que certaines déclarations catastrophistes des dirigeants du secteur peuvent aussi servir de levier marketing, en renforçant dans l’opinion l’idée que leurs technologies sont devenues extrêmement puissantes.

Au-delà du fantasme d’une armée numérique prenant possession d’Internet, le débat porte donc surtout sur la manière dont les humains développent, connectent et contrôlent ces systèmes. La question centrale n’est peut-être pas de savoir si l’IA décidera un jour de se retourner contre l’humanité, mais quelles limites, quelles règles et quels mécanismes de contrôle les sociétés souhaitent lui imposer.

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