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Hommage au capitaine Mamadou Seye pilote d’hélicoptères !

Lundi 2 Novembre 2020

C’est avec une douleur immense, une grande consternation et une profonde tristesse que j’ai appris le décès d’une icône de l’Armée de l’Air du Sénégal : Le Capitaine Mamadou Seye qu’on appelait affectueusement « Seya » ancien Commandant de bord de l’Hélicoptère de commandement « Ecureuil » du  Président de la République, l’équivalent du « Marine One » du Président des USA a tiré sa révérence discrètement.

« L’oiseau rare s’est ...envolé ! » comme l’a dit notre ami Pape Ndiaye dans le vibrant hommage qu’il lui a rendu dans le journal « Le Témoin » du 27 Octobre 2020.

« Seya » est parti comme il a vécu dans la discrétion. 
Un Baobab de l’Armée de l’Air s’est affaissé !
Ce frère d’armes, pilote d’hélicoptères professionnel chevronné dont l’expertise force l’admiration et le respect, j’ai eu l’insigne honneur de l’avoir côtoyé, de l’avoir vu aux manettes maintes fois lors de nos multiples missions d’évacuation sanitaire héliportée.

Parmi celles-ci une m’a particulièrement marqué à jamais.
En ma qualité de Médecin Commandant l’EMMIR (Élément Médical Militaire d’Intervention Rapide) des Forces Armées du Sénégal nous avons été ensemble à Touba à l’occasion d’une couverture médicale du Grand Magal.

J’avais examiné une petite fillette qui présentait une urgence chirurgicale vitale qu’on devait évacuer sans délais en chirurgie pédiatrique à Dakar.

J’expliquais au Capitaine Seye le degré d’urgence et il mit en route les moteurs de l’hélicoptère MI 2 de l’EMMIR selon un protocole de décollage d’extrême urgence.

Il me demanda quelles conséquences pouvaient avoir la vitesse et l’altitude sur l’état du patient et je lui expliquais les éventuels retentissements néfastes sur le plan hémodynamique de dépressions brutales etc...

J’étais partagé entre la surveillance de ma jeune patiente comme du lait sur le feu et l’admiration de voir « Seya » aux commandes et « voler » comme une feuille à l’image d’une navigation sur une mer demoiselle comme disent nos frères marins. 
Seya demanda aux autorités militaires l’autorisation de se poser directement à l’Etat-Major Général des Forces Armées au camp Camp Dial Diop.

Lorsque je lui demandai la raison il me dit :
« Toubib si on se pose à la base aérienne, l’ambulance risque de mettre du temps pour rallier l’hôpital Le Dantec avec les embouteillages prévisibles sur l’axe Ouakam-Dakar Plateau en ce lendemain de Magal de Touba.
Par souci de proximité j’ai demandé et obtenu l’autorisation de nous poser au Camp Dial Diop à deux pas de l’hôpital ».

J’étais stupéfait et admiratif de ce pilote qui se souciait tant de la santé de cette patiente.

En un temps record nous avons le trajet.
Par la suite mon téléphone explosait littéralement devant les appels incessants de « Seya » pour s’enquérir du devenir de « sa » patiente.

Son cri de joie lorsque je lui appris qu’elle avait été opérée et sauvée de justesse grâce à la rapidité de la prise en charge, retentit encore dans mes oreilles.

Je lui dit alors qu’il devrait être décoré de la Légion d’honneur pour l’exploit qu’il venait de réaliser.
Dans son humilité légendaire il me dit sur un ton patriarcal « Toubib le salaire d’Allah SWT pour nous tous qui avons participé à ce sauvetage vaut plus que toutes les décorations réunies ».

Quelle belle leçon d’humilité et de foi.

Adieu l’artiste, le pilote chevronné pour qui l’ancien Président de la République Maitre Wade ne tarissait pas d’éloges et d’admiration au point de lui demander un jour :
« Mon capitaine, y-a-il une mesure exceptionnelle dans l’Armée pour que je vous nomme officier-supérieur c’est-à-dire commandant ou Lieutenant-colonel ? ».

Ce fut avec un sourire gêné que le capitaine Sèye avait accueilli cette généreuse proposition et avait déclinée poliment l’offre en bon soldat digne et professionnel dans l’âme :
« Président, il y a des étapes académiques à passer obligatoirement pour avoir l’aptitude d’accéder à ces grades. Inchallah, je compte passer le concours du « Dagos » (Diplôme d’aptitude au grade d’officier supérieur) si les années qui me restent sous les drapeaux me le permettent avait-il répondu au Président ! 

Qu’Allah SWT déverse sur toi des torrents de miséricorde et te gratifie du Paradis des vertueux par la baraka de cette nuit du Mawlid que nous nous apprêtons de célébrer et à laquelle tu as régulièrement participé dans le cadre de sa couverture médicale dans la ville sainte de Tivaouane.

Sincères condoléances à ta famille, tes proches, aux frères d’armes de l’Armée de l’Air, aux Forces armées et à toute la Nation sénégalaise.

Chapeau 🎩 et respect 🙏

Médecin-Commandant (ER) Mamadou Mansour Diouf





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