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Guinée : l’ethnocentrisme, ce « poison » que Doumbouya dit avoir fait reculer

Dimanche 6 Septembre 2026

Cinq ans après sa prise du pouvoir, Mamadi Doumbouya revendique comme l’un des acquis de son action le recul de l’ethnocentrisme en Guinée. Dans son message marquant l’anniversaire du 5 septembre 2021, le président guinéen a choisi des mots particulièrement forts pour évoquer ce phénomène qui traverse depuis longtemps les rapports politiques et sociaux du pays et dont les accusations d’instrumentalisation touchent également les forces de défense et de sécurité.

« Nous avons fait reculer l’ethnocentrisme. Ce poison qui, pendant des décennies, a dressé le Guinéen contre le Guinéen, n’a plus droit de cité dans notre République », a déclaré Mamadi Doumbouya.

Une affirmation lourde de sens dans un pays où l’appartenance communautaire reste régulièrement convoquée dans les confrontations politiques. Les accusations de favoritisme ethnique dans l’accès aux responsabilités publiques, les nominations administratives ou les rapports au sein de l’appareil sécuritaire ont accompagné plusieurs périodes de crise de l’histoire contemporaine guinéenne.

L’ethnie, ligne de fracture de la politique guinéenne

En Guinée, le débat politique s’est régulièrement retrouvé contaminé par les considérations communautaires. Les principaux acteurs sont parfois moins combattus sur leurs programmes que renvoyés, par leurs adversaires ou leurs partisans, à leur région ou à leur appartenance ethnique.

Cette grille de lecture a particulièrement pesé lors des périodes électorales et des affrontements entre pouvoir et opposition. La compétition politique a ainsi parfois alimenté une perception selon laquelle l’arrivée au pouvoir d’un dirigeant profiterait prioritairement à sa communauté.

Une logique dangereuse parce qu’elle transforme une confrontation politique en opposition entre communautés et installe la suspicion jusque dans les institutions de la République.

C’est précisément cette mécanique que Mamadi Doumbouya affirme avoir combattue depuis septembre 2021.

« De ce sacrifice, un peuple entier a hérité d’une responsabilité. Et cette responsabilité, nous l’avons honorée là où l’on ne nous attendait pas : nous avons fait reculer l’ethnocentrisme », soutient-il.

L’armée n’échappe pas aux soupçons communautaires

La question est encore plus sensible lorsqu’elle touche l’Armée. Au fil des changements de régime et des crises politiques, les équilibres au sein des forces de défense et de sécurité ont régulièrement donné lieu à des soupçons, accusations ou rumeurs de promotions et de mises à l’écart fondées sur des considérations régionales ou communautaires.

Ces perceptions peuvent être particulièrement destructrices pour une institution dont la cohésion repose précisément sur le dépassement des appartenances ethniques, régionales et politiques.

L’histoire politique guinéenne est par ailleurs intimement liée à l’armée : plusieurs ruptures institutionnelles ont été provoquées ou arbitrées par les militaires. Dans un tel contexte, chaque nomination à un poste stratégique, chaque promotion et chaque mise à l’écart peuvent rapidement faire l’objet d’une lecture communautaire.

Cela ne signifie pas que toutes ces accusations soient établies. Mais leur persistance témoigne de la profondeur du problème : l’ethnicisation du débat suffit parfois, à elle seule, à créer de la méfiance au sein de la société et des institutions.

Doumbouya parle d’un « poison »

En choisissant le terme de « poison », Mamadi Doumbouya reconnaît lui-même la gravité du phénomène.

Son diagnostic est sans détour : « Ce poison qui, pendant des décennies, a dressé le Guinéen contre le Guinéen, n’a plus droit de cité dans notre République. »

Le chef de l’État va même plus loin en considérant que le processus de réconciliation entre Guinéens aurait franchi un point de non-retour.

« Le vivre-ensemble n’est plus un discours de circonstance ; il est devenu une réalité, et cette réalité est désormais irréversible », affirme-t-il.

Cette appréciation appartient cependant au président de la République. La disparition durable de l’ethnocentrisme ne peut se mesurer uniquement à travers le discours politique. Elle se vérifie également dans les pratiques : composition des institutions, égalité d’accès aux responsabilités, fonctionnement de l’administration, impartialité de la justice, gestion des forces de défense et de sécurité et capacité des partis à dépasser leurs bastions traditionnels.

Un défi qui dépasse le pouvoir actuel

Le phénomène ne date évidemment pas du 5 septembre 2021. Les tensions communautaires et leur exploitation politique ont traversé plusieurs régimes guinéens.

À mesure que la compétition pour le pouvoir s’est durcie, l’appartenance ethnique a parfois servi d’instrument de mobilisation électorale ou de disqualification de l’adversaire. Les réseaux sociaux ont également donné une nouvelle caisse de résonance à cette fracture, avec des discours où critique politique, stigmatisation communautaire et accusations de favoritisme peuvent rapidement se confondre.

Le défi consiste donc autant à empêcher les responsables politiques d'exploiter les appartenances qu'à garantir que les institutions publiques ne donnent aucune prise au soupçon de préférence communautaire.

Le véritable test sera celui des institutions

Cinq ans après le renversement d’Alpha Condé, Mamadi Doumbouya veut présenter la lutte contre l’ethnocentrisme comme un marqueur de son passage à la tête de la Guinée.

Mais la question demeure : l’ethnocentrisme a-t-il réellement reculé ou ses manifestations ont-elles simplement changé de forme ?

La réponse ne dépendra pas uniquement des déclarations du pouvoir. Elle se mesurera à la capacité de la Guinée à construire une armée véritablement nationale, une administration dans laquelle chaque citoyen se reconnaît et une compétition politique où un responsable est jugé sur ses actes et ses idées plutôt que sur son patronyme, son origine ou sa communauté.

Sur ce terrain, la déclaration de Mamadi Doumbouya sonne autant comme une revendication de bilan que comme un engagement à tenir : « Le vivre-ensemble n’est plus un discours de circonstance ; il est devenu une réalité. »

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