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FLEUVE SOUNGROUGROU : la baignade qui purifie les circoncis

Dimanche 23 Août 2026

À Marsassoum, le Soungrougrou, affluent du fleuve Casamance, reste profondément lié à la vie des communautés. Lieu de purification des circoncis et des femmes en fin de veuvage, il conserve une forte dimension culturelle et mystique. Mais sur ses rives, l’effervescence économique d’autrefois a presque disparu. La raréfaction du poisson et surtout la fin du transport par ferry après l’ouverture du pont en 2024 ont bouleversé les activités de nombreux habitants.


Trois ans après la fermeture du sanctuaire des circoncis du quartier de Toronkocounda, les rives du Soungrougrou n’ont toujours pas retrouvé l’ambiance qui accompagnait autrefois le « Diambadong », la traditionnelle danse des feuilles.

Cette année, le quartier Bélal Ly devait prendre le relais, mais l’incertitude demeure autour de la tenue de l’événement, notamment de la baignade rituelle des circoncis dans les eaux du Soungrougrou.

À Marsassoum, ce bras du fleuve Casamance représente bien davantage qu’un simple cours d’eau. Pendant plusieurs générations, il a été à la fois un espace économique, un axe de transport, un lieu de pêche et un site profondément associé aux pratiques traditionnelles.

Un lieu de purification pour les circoncis

Assis sur un morceau de pirogue en bois à moitié enfoui dans le sable, Yaya Dramé observe les eaux du Soungrougrou. Très impliqué dans les cérémonies traditionnelles de circoncision organisées dans le Boudié, il raconte l’importance particulière de cette rive.

« Sur ce point précis, nos grands-parents y ont formulé des prières. Dans les années 1980, ils y amenaient les circoncis, à leur sortie des "Joujou", les sanctuaires des circoncis, pour les baignades », explique-t-il.

Selon lui, cette pratique repose sur la fonction purificatrice traditionnellement attribuée à l’eau.

« On dit que l’eau de la mer purifie. Donc, si on lave les circoncis avec cette eau, on enlève les mauvaises choses », poursuit Yaya Dramé.

Connaisseur de la tradition mandingue et acteur du milieu du Kankourang, il considère la présence du Soungrougrou comme une richesse pour les communautés de la zone.

Dans d’autres localités, explique-t-il, les circoncis sont conduits vers le plus ancien puits du village pour leur bain de sortie. À Marsassoum, les anciens ont choisi les eaux du Soungrougrou. « Un choix qui renferme des secrets que je ne saurais tout étaler ici », confie-t-il.

Des veuves aux anciens détenus

La pratique dépasse les seuls rites de circoncision. Plusieurs quartiers de Marsassoum, notamment Sourouacounda, Sorancounda et Kancaba, ainsi que des villages et hameaux plus éloignés, conduisent leurs circoncis sur cette rive. Yaya Dramé indique également que des personnes sortant de prison viennent parfois s’y laver avant de regagner leur domicile.

« C’est une sorte de purification. Même les élargis de prison viennent ici. On les voit se laver avant de rentrer chez eux. C’est une manière d’enlever les impuretés et les mauvaises langues », raconte-t-il.

Le Soungrougrou occupe aussi une place particulière dans certaines traditions féminines. Lors de cérémonies destinées à conjurer le mauvais sort, des femmes parcourent les quartiers en frappant sur des calebasses et en récitant des prières avant de terminer leur parcours sur la rive.

C’est également à cet endroit que sont pratiqués, selon Yaya Dramé, des bains traditionnels de purification pour certaines femmes arrivées au terme de leur période de veuvage.

Le Soungrougrou était aussi un poumon économique

Au-delà de cette dimension culturelle, le Soungrougrou a longtemps fait vivre une partie importante de Marsassoum. La capitale du Diassing occupait autrefois une place importante dans l’économie arachidière. Des unités de décorticage y avaient été installées, attirant commerçants, travailleurs et voyageurs.

Cette activité avait favorisé le développement du transport fluvial. Le ferry assurait alors régulièrement la traversée du Soungrougrou. Yaya Dramé, qui travaillait comme piroguier, se souvient de cette période.

« Nous avons trouvé le ferry. C’était une véritable ère économique. Il faisait la navette chaque heure. Nous profitions des longues minutes d’attente pour faire traverser les voyageurs pressés. Nous y avons gagné de l’argent, ici », raconte-t-il.

Les activités se poursuivaient jusque tard dans la soirée. « C’était une période dorée. Le trafic était florissant. Le ferry cessait ses activités dès 21 heures. Les passagers en retard étaient obligés de solliciter nos services », se souvient-il. Une seule traversée nocturne pouvait alors lui rapporter jusqu’à 15 000 FCFA.

Le pont a changé la vie économique de la rive

Cette époque appartient désormais au passé. Avec la construction du pont de Marsassoum, ouvert à la circulation en 2024, la traversée du Soungrougrou a été profondément modernisée.

Le ferry a cessé son activité et reste aujourd’hui amarré près de la rive. Attaqué par la rouille, il constitue l’un des derniers témoins de l’époque où voyageurs, commerçants et piroguiers faisaient vivre quotidiennement les berges.

Si le pont a facilité les déplacements et désenclavé la zone, la disparition du trafic fluvial a également privé certains habitants de leurs anciennes sources de revenus.

« C’était ça le moteur économique. Mais depuis qu’il a cessé de battre pavillon, l’économie locale bat de l’aile. On ne s’attendait pas à ça », regrette Yaya Dramé.

Ramata Ndiaye résiste grâce à la transformation du poisson

Sur la rive, quelques activités subsistent malgré tout. Ramata Ndiaye, mère de cinq enfants, travaille dans la transformation artisanale du poisson depuis près de quatre ans.

Installée le long de la piste qui conduit au Soungrougrou, elle utilise une petite machine pour transformer le poisson capturé dans le bolong.

« Je ne suis pas seule. Il y a d’autres femmes qui travaillent ici sur la berge. Elles ne sont pas là aujourd’hui », explique-t-elle.

Mais la raréfaction du poisson complique leur quotidien.

« Aujourd’hui, il n’y a pas de poisson. C’est un problème pour les ménages. Par contre, j’en tire un avantage parce que toutes les femmes se rabattent chez moi », indique-t-elle.

Lorsque l’activité fonctionne correctement, Ramata Ndiaye affirme pouvoir gagner environ 4 000 FCFA par jour, parfois moins. Pour augmenter leurs revenus et faire face aux difficultés, elle et d’autres femmes ont également mis en place une tontine hebdomadaire, avec une cotisation de 1 000 FCFA par personne.

Entre modernisation et disparition d’anciennes activités

Pour les habitants rencontrés, le Soungrougrou d’aujourd’hui n’est plus celui d’autrefois. La pêche a fortement reculé, une situation attribuée notamment à la surexploitation des ressources halieutiques. Le transport assuré par les pirogues et le ferry a, lui aussi, pratiquement disparu depuis l'ouverture du pont.

« C’est certes un pas énorme pour la modernisation de notre ville, mais il a laissé derrière de nombreux autochtones », résume Ramata Ndiaye.

Privé d’une partie de son ancienne effervescence économique, le Soungrougrou conserve cependant une place centrale dans la mémoire et les traditions de Marsassoum.

Les pirogues sont moins nombreuses, le ferry ne navigue plus et le poisson se raréfie. Mais sur cette rive chargée d’histoire, les cérémonies de purification et les rites liés à la circoncision continuent de maintenir le lien ancestral entre les populations de Marsassoum et les eaux du Soungrougrou.

Avec le SOLEIL

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