La prise de Kidal, le 25 avril 2026, par une alliance entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), ne constitue pas seulement une défaite militaire pour l’armée malienne. Elle marque aussi un tournant dans un affrontement ancien entre deux figures majeures du Nord malien : El Hadj Ag Gamou et Alghabass Ag Intalla.
D'un côté, El Hadj Ag Gamou, général de l'armée malienne issu de la communauté Imghad, est resté fidèle à l'État malien après avoir participé aux rébellions touarègues des années 1990. De l'autre, Alghabass Ag Intalla, héritier de la puissante aristocratie Ifoghas de Kidal, s'est imposé comme l'un des principaux dirigeants des mouvements indépendantistes touaregs avant de devenir une figure centrale du FLA.
D'après "Jeune Afrique", leur rivalité dépasse le cadre politique. Elle plonge ses racines dans l'opposition historique entre les Ifoghas, traditionnellement dominants dans la région de Kidal, et les Imghad, longtemps considérés comme une communauté subalterne dans la société touarègue. Depuis plus de trente ans, cette fracture nourrit les conflits et les luttes d'influence dans le nord du Mali.
En novembre 2023, la reprise de Kidal par les Forces armées maliennes avait permis à Gamou d'être nommé gouverneur de la région, symbolisant le retour de l'autorité de Bamako. Mais Alghabass Ag Intalla n'a jamais accepté cette perte. Après avoir réorganisé le FLA et noué une alliance stratégique avec les jihadistes du Jnim dirigés par Iyad Ag Ghaly, il a lancé l'offensive qui a abouti à la reconquête de la ville.
La chute de Kidal représente ainsi une victoire personnelle et politique pour Alghabass Ag Intalla, qui reprend le contrôle de son bastion historique. Pour El Hadj Ag Gamou, en revanche, il s'agit d'un revers majeur, d'autant que les assaillants ont cherché à l'humilier en s'emparant rapidement du gouvernorat qu'il dirigeait.
Malgré cette défaite, le duel semble loin d'être terminé. Réfugié à Bamako après son repli, Gamou conserve officiellement son titre de gouverneur, tandis que l'armée malienne poursuit ses opérations contre les rebelles autour de Kidal. La bataille pour le contrôle politique et symbolique du nord du Mali reste donc ouverte.
Pendant plus de deux ans, le natif de Tidermène, dans la région de Ménaka, exerce le pouvoir sur Kidal et sa région. Pour la première fois depuis longtemps, les réseaux ifoghas semblent marginalisés dans leur propre bastion. Les victoires militaires s’enchaînent. Les Fama, les Russes et les hommes du Gatia repoussent les groupes armés séparatistes jusqu’à Tinzawaten, à la frontière algérienne. L’armée malienne y multiplie les frappes aériennes, et annonce, en décembre 2024, avoir éliminé huit dirigeants séparatistes, tués dans le bombardement d’un rassemblement des mouvements rebelles.


