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DIARY SOW, L'HÉROÏNE QUI N'A PAS DIT SON DERNIER MOT

Mardi 2 Février 2021

C’est l’histoire d’un fait divers, devenu une affaire d’Etat. Une Sénégalaise brillante, belle et célèbre, décide de tout plaquer et disparaît mystérieusement durant les fêtes de fin d’année. Contre toute attente, l'étudiante est retrouvée saine et sauve et explique avoir orchestré son départ de Paris. Cette jeune fille se nomme Diary Sow et son geste a provoqué une onde de choc. 

Mobilisé depuis le début pour retrouver Diary Sow, Tierno Laye Fall, Président de la FESSEF (Fédération des étudiants et stagiaires sénégalais de France) se dit soulagé : “Notre objectif était qu’elle soit retrouvée. Peu importe les raisons de son départ, c’est sa vie privée. Elle ne nous doit rien, ce n’est pas elle qui nous a demandé de la chercher”. 

Vendredi 29 janvier, le retour de l’enfant chéri fait la une de la presse locale : “De retour au Sénégal, Diary Sow [est] chez son parrain”, le ministre de l’Eau et de l’Assainissement, Serigne Mbaye Thiam, qui réside à Dakar, titrait le journal Rewmi Quotidien, confirmant une information du site sénégalais PressAfrik.

Boursière d’excellence, Diary Sow est en classe préparatoire scientifique au sein du prestigieux lycée Louis-Le-Grand à Paris. Le 4 janvier, elle ne donne plus signe de vie. Trois jours plus tard, l’établissement prévient les services consulaires de son absence. Le président sénégalais Macky Sall en personne exige alors “que toutes les démarches nécessaires soient entreprises en vue de (la) retrouver dans les meilleurs délais”. Dans la foulée, une plainte pour “disparition inquiétante de majeur” est déposée à Paris.

Dans les rues, à la une des journaux, sur les réseaux sociaux, une question revient ; qu’est-il arrivé à Diary Sow ? “Crime raciste”, “féminicide”, “enlèvement”, “maraboutage”... Sa disparition avait donné lieu aux scénarios les plus sordides. Pourtant, la piste criminelle est rapidement écartée par les enquêteurs. Après avoir passé le réveillon du 31 décembre à Toulouse en compagnie d’une amie, l'étudiante avait regagné sa résidence universitaire avant d’emporter ses effets personnels.

Coup de théâtre 

Le 21 janvier, Diary Sow sort de son silence dans une lettre publiée par son parrain Serigne Mbaye Thiam. La jeune fille déclare avoir “laissé assez d’indices” pour faire savoir qu’elle partait de son “plein gré”, dans le but de faire une “pause”. Ce texte, pour le moins lyrique et énigmatique, n’explique pas clairement la raison de son départ. “Ceux qui cherchent une explication rationnelle à mon acte seront déçus, puisqu'il n'en a aucune", peut-on lire dans cet échange partagé sur Twitter :  

Le lendemain, la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne, déclare que Diary Sow “est libre et va bien”. Selon le magazine Jeune Afrique, “les autorités consulaires sénégalaises ont bel et bien rencontré Diary Sow à Paris”. “Elle est majeure, elle va bien, il faut la laisser tranquille (...) Pour nous, le dossier est clos”, affirme Moïse Sarr, le secrétaire d’Etat en chargé des Sénégalais de l’extérieur.  

“Pression sociale”  

Dans le sillage de l’affaire Diary Sow, la parole des boursiers d’excellence étrangers s’est libérée. L’hypothèse d’une pression sociale trop lourde à porter est partagée par beaucoup d’anciens étudiants sénégalais et relayée par les médias français. 

Sur le site Internet “Lettres à Diary Sow”, des professionnels, des chercheurs et des écrivains sénégalais passés eux aussi par des classes préparatoires, confient à l’étudiante leur expérience de ces cursus “capables de réduire en loque”. 
 

“J’étais au plus bas psychologiquement, avec le sentiment d’avoir échoué dans la vie." “J'ai connu la solitude, l'isolation, l'incompréhension et la perte de soi”, “Il ne fallait surtout pas que l’élève un temps adoubée au Sénégal échoue en classes préparatoires”... Des témoignages puissants, qui mettent en lumière la réalité de jeunes en construction loin de chez eux et ayant le sentiment de ne pas avoir droit à l’erreur. 

​Cette importance de la réussite est inculquée très tôt par les familles sénégalaises, comme en témoigne Khadim Dieye, président de l'association des étudiants sénégalais en France (AESF) et étudiant en génie mécanique à la polytech Sorbonne : “On a été éduqués comme ça. Notre société est fondée sur des bases collectivistes, le groupe passe avant l’individu”.  

Un constat partagé par Sophie Gueye, qui a adressé un message à Diary Sow sur Twitter. Mais pour la présidente de l’association “Les racines de l’espoir”, la pression sociale ne peut pas tout justifier. “Les sénégalais ne l’ont pas obligée à partir en France” affirme t-elle.

Pour certains internautes, le geste de Diary Sow serait celui d’une “toubab”, c'est-à-dire d’une occidentale en français. Soutiens, détracteurs ou simples curieux, tous attendent que Diary Sow s’exprime de vive-voix. Un moyen pour elle de clôturer cet épisode et d’écrire un nouveau chapitre de sa vie.  

Une romancière qui intrigue

Le visage rond et les yeux brillants, Diary Sow, 20 ans, est connue comme “la meilleure élève du Sénégal”. Élue Miss science en 2017, elle remporte le concours général en 2018 et 2019. Issue d’un milieu modeste, Diary Sow devient rapidement un modèle pour la jeunesse sénégalaise. La parution de son premier roman Sous le visage d’un ange, en janvier 2020 (L'Harmattan), la consacre comme trésor national. 
 

Ce premier livre raconte l’histoire d’Allyn, “une femme-enfant à la soif de vivre débordante qui a prématurément passé l’âge des illusions dangereuses” et de “Karim, cet Apollon à l’âme tourmentée et au cœur insensible”. Très vite, les internautes établissent un parallèle entre le geste de Diary et celui d’Allyn, qui fugue à deux reprises dans la fiction.

Un extrait en particulier enflamme la Toile : "Je veux fouler aux pieds tous les interdits, sortir des sentiers battus, refuser toutes ces règles convenues (...). Après n'avoir connu que le côté regrettable de la vie, l'heure est venue pour moi de jouir. A mon tour. Quels que soient les sacrifices que cela implique".  

Interrogée par ITV Sénégal pour l’émission Belles Lignes en août dernier, Diary Sow affirme : “Je crois que quelque part, ce qu’Allyn exprime, ses doutes, son indécision, c’est un peu moi”. A la question “Il y a-t-il des traces d’autobiographie dans ce roman ?”, l’auteure  répond “Je n’ose pas dire non” : 


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