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Clédor Séne, un vieux cheval de retour

Jeudi 25 Février 2021

Des années de braise du « Sopi », qui ont commencé en 1988, à la « Mère des batailles » actuelle pour défendre Ousmane Sonko, le leader du Pastef, en passant par l’assassinat du juge constitutionnel Me Babacar Sèye en 1983, le « Témoin » brosse à grands traits le portrait du « combattant éternel » Amadou Clédor Sène, arrêté cette semaine pour la énième fois par la police…

Amadou Clédor Sène ! Si ce nom n’était pas très connu du grand public des années 2000, on ne peut pas en dire de même de la frange jeune de la fin des années 80 et des premières années de la décennie 90. Autrement dit, les années de braise du Sopi durant lesquelles Amadou Clédor Sène et ses compagnons de lutte brûlaient, incendiaient et saccageaient tout sur leur passage. Mais surtout, surtout, faisaient sauter des voitures à l’explosif. Astucieux, très mobiles, courageux, intrépides même, Clédor Sène et sa bande étaient les figures de proue de la contestation postélectorale de 1988. Souvenez-vous des événements de Castors, Grand-Dakar, Liberté et Niary Tally en février 1988 ! Cette année-là, dès la proclamation des résultats donnant vainqueur le candidat du Ps, Abdou Diouf, face à son challenger du Pds, Me Wade, Clédor Sène avait déclenché une guérilla urbaine dans la capitale, plus particulièrement dans les quartiers de Derklé-Castors et de Biscuiterie. Des quartiers qui étaient les épicentres des émeutes postélectorales de cette annéelà auxquelles Clédor Sène et ses amis Pape Ibrahima Diakhaté, Ameth Guèye, « Tenace » et autres avaient participé comme auteurs ou commanditaires d’une série d’attentats à la voiture piégée ciblant particulièrement les véhicules de l’administration (Ad). 

Des attentats « encouragés » par le mot d’ordre de résistance du candidat Me Wade qui avait fini par radicaliser les populations : Des édifices publics brûlés et pillés, des cabines téléphoniques, des commerces et abribus saccagés, des lampadaires arrachés, des autobus de la Sotrac incendiés, des domiciles de dignitaires du régime socialiste attaqués…Bref, la capitale fumait de partout ! Pendant ce temps au quartier « Zone A », la villa de la journaliste Mme Sokhna Dieng, dont le seul tort avait été de donner les premières tendances à la télévision nationale le soir du scrutin, était saccagée. De même que celle (Ouagou - Niayes) du célèbre Haj Mansour Mbaye considéré comme le propagandiste en chef d’Abdou Diouf. A l’époque rédacteur en chef du journal « Sopi », Mamadou Oumar Ndiaye (Ndlr, notre actuel dirpub) avait été arrêté et embastillé dès le lendemain de l’élection. Quelques mois plus tard, pour avoir publié ce qu’il estimait être « les vrais résultats de l’élection présidentielle », Me Cheikh Kouressy Ba, devenu directeur de publication de « Sopi » en remplacement de Jean-Paul Dias, avait été arrêté et détenu pendant six mois à la prison de Rebeuss. C’est durant cette période, donc, que le nom « Clédor Sène » est devenu célèbre !

Un passé criminel qui fait trembler !

Après un premier séjour en prison pour l’affaire des voitures piégées, « Clé », comme on le surnommait dans les rangs des « sopistes », avait gagné en respectabilité dans les rangs du Pds. Car, il n’a jamais été réellement un militant de ce parti, juste un compagnon de route qui n’était jamais loin lorsqu’il s’agissait de réaliser des actions d’éclat. Pour la petite ou grosse histoire, Amadou Clédor Sène avait été arrêté, jugé et condamné par une Cour d’assises à 20 ans de prison ferme. L’assassinat de Me Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel, alors que ce dernier venait de quitter son bureau au siège du Conseil pour se rendre à son domicile à Fann, fait justement partie de ces actions d’éclat. Elle a scellé à jamais le destin de Clédor Sène. C’était dans l’après-midi du 15 mai 1993 sur la Corniche de Dakar. Des tireurs avaient ouvert le feu sur la voiture du magistrat, le blessant grièvement en même temps que son garde du corps. Il est mort avant d’arriver à l’hôpital. L’enquête fut confiée aux pandores. Et plus précisément à la compagnie de gendarmerie territoriale sise rue Thiong à Dakar. 

A l’époque, Me Abdoulaye Wade, opposant au régime socialiste, et trois responsables du Parti démocratique sénégalais (Pds) dont Me Ousmane Ngom, Jean-Paul Dias et Pape Samba Mboup avaient été interpellés puis libérés au bout de 48 heures de garde à vue. Quatre jours après, Amadou Clédor Sène et Papa Ibrahima Diakhaté tombaient à Farafégny, à la frontière sénégalo-gambienne, à bord d’une voiture identique à celle ayant servi à l’assassinat de Me Sèye. D’autres arrestations avaient suivi dont celles de Samuel Sarr, feu Assane Diop (auteur du tir mortel) et de l’ancien député Mody Sy, actuel président du conseil d’administration de la Sones. Tout ce beau monde avait été placé sous mandat de dépôt pour assassinat et complicité d’assassinat. Après deux ans de détention préventive, seuls les nommés feu Assane Diop, Clédor Sène et Pape Ibrahima Diakhaté avaient été renvoyés devant la Cour d’assises de Dakar (siégeant en session spéciale). Condamnés, Clédor Sène (20 ans), Assane Diop et Pape Ibrahima Diakhaté (18 ans) avaient bénéficié d’une amnistie après l’arrivée de Me Abdoulaye Wade au pouvoir. Une loi d’amnistie contestée par l’opposition sénégalaise et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme. 

Face à cette vague de contestation, l’auteur du fameux texte de loi, feu Ibrahima Isidore Ezzan, avait soutenu à l’époque qu’il souhaitait mettre fin à « l’exploitation politicienne » de certaines affaires criminelles pour la paix sociale du pays. Hélas, c’est l’effet contraire qui s’est passé puisque jusqu’à nos jours, les gens parlent de ces affaires notamment de l’assassinat de Me Babacar Sèye ! En premier lieu Clédor Sène, lui-même, qui ne cesse de parler de cet assassinat et d’en faire une « entreprise » de blanchiment et chantage. Comme l’attestent ses nombreuses apparitions sur les plateaux de télévision et réseaux sociaux.

Un vieux cheval de retour !

A sa sortie de prison, Amadou Clédor Sène s’était fait discret sans pour autant être coupé du reste du monde. Car, quelques incursions et collusions susceptibles de troubler l’ordre public lui avaient valu de petits « déboires » sous forme de garde-à-vue à la police. Comme courant 2018 où Clédor Sene avait été cueilli chez lui, à Castors, par les éléments de la Division des Investigations Criminelles(Dic).On le soupçonnait, cette fois-là, à tort, d’être en contact avec un groupe de terroristes visant à déstabiliser le pays. A l’époque, « Le Témoin » avait révélé que tout était parti d’une baladeuse numérique dans laquelle un individu aurait été enregistré alors qu’il aurait menacé de faire des actes de sabotage durant la Coupe d’Afrique des Nations (Can/U23) dont les compétitions se déroulaient entre Dakar et Mbour. Ces actes de sabotage, nous dit-on, seraient faits dans le but d’attirer l’attention de la presse internationale accréditée dans cette Can/U23 sur la détention arbitraire de l’ancien ministre d’Etat Karim Wade. Il ressortait des premières informations collectées par la police que la voix de Amadou Clédor Sène aurait été bel et bien identifiée dans l’élément sonore dont disposaient les enquêteurs de la Dic. 

Au finish, Clédor Sène avait été purement relâché puisqu’aucune preuve n’avait été trouvée pour le retenir. Justement, c’est presque dans les mêmes circonstances que Cledor Séne a de nouveau été arrêté avant-hier par la Dic. Cette fois-ci, il s’agit d’un audio fuité dans lequel il invite ses nouveaux compagnons de lutte Assane Diouf et Guy Marius Sagna à s’organiser pour la résistance face au régime de Macky Sall. Interrogé par les enquêteurs de la police, Clédor Sène a tout assumé, reconnaissant être l’auteur de l’enregistrement incriminé. « Je suis dans la contestation depuis 1988. J’ai pratiqué tous les régimes. Je ne suis pas suicidaire, je sais ce que j’ai dit à travers les médias, je sais ce que ça peut me coûter, mais je l’assume pénalement, totalement » a-t-il revendiqué.

Un citoyen très engagé…

Agé d’une cinquantaine d’années, Amadou Clédor Séne retourne à ses vieux démons. Bien qu’il n’ait pas eu depuis 1988 l’occasion — mais peut-être ne l’a-t-il jamais cherchée — de « piéger » des voitures avec des bombes artisanales, Clédor Sène a clamé haut et fort qu’il était prêt à reprendre du service pour protéger Ousmane Sonko de l’entreprise de liquidation à laquelle il fait face. Sous ce registre, il faut lui reconnaitre ses qualités de citoyenneté. Car, durant toute sa vie, Clédor Sène ne s’est enrôlé comme « mercenaire » que dans des combats citoyens et batailles politiques auxquels il croit. Il est clair que l’objectif du combat citoyen qu’il mène Clédor n’est pas de conquérir des territoires, mais de faire progresser l’Etat de droit et la démocratie. Hélas, ces éternels combats ne lui ont jamais rapporté grand-chose. Sauf des séjours carcéraux et un cadavre dans le placard ! Car Amadou Clédor Séne n’a jamais été chef de quartier encore moins député, maire, sénateur ou…ministre. Et pourtant, c’est un brillant intellectuel, un homme très rusé dans les affaires. Un explorateur et chercheur de tout ! Et sur tout… Anarchiste, idéaliste, il considère que l’ennemi premier, c’est l’Autorité !

Par conséquent, il faut la combattre par tous les voies et moyens. Et aujourd’hui, Clédor Séne s’investit dans ce combat contre le régime de Macky Sall. Farouche opposant au pouvoir, il participe à tous les mouvements de protestation et ne mâche pas ses mots contre le régime en place. Pour certains, il peut paraître étrange qu’un Clédor au passé criminel puisse donner des leçons de bonne gouvernance alors qu’il devait s’éclipser pour mieux se repentir. Bien évidemment, notre homme n’est pas de cet avis. Il est actif et trop présent sur les réseaux sociaux et plateaux de télévision pour non seulement se tailler une notoriété politique mais aussi chercher une virginité judiciaire. Bref, Clédor Sène ne fait pas partie des combattants qui prennent leur retraite un jour et entend mourir au front…


LE TEMOIN
La Redaction



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