Versements présumés de plusieurs milliards de FCFA : une affaire pétrolière éclabousse Denis Sassou Nguesso

Mercredi 28 Janvier 2026

La justice norvégienne s’apprête à examiner une plainte d’envergure internationale mettant en cause deux ressortissants norvégiens ainsi qu’une filiale du groupe pétrolier norvégien Petronor, soupçonnés d’avoir versé environ 15 milliards de francs CFA au président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, et à des membres de son entourage. Des accusations formellement rejetées par les personnes mises en cause, tandis que Brazzaville dénonce une tentative de porter atteinte à l’honneur du chef de l’État.

Le 26 janvier 2026, le parquet norvégien a annoncé l’inculpation de deux hommes d’affaires et de la société Hemla Africa Holding, filiale à 100 % de Petronor, pour des faits présumés de corruption. Cette procédure fait suite à une enquête ouverte en 2021 par l’Økokrim, l’unité norvégienne spécialisée dans la lutte contre la criminalité économique.


Selon l’acte d’accusation, fondé notamment sur des perquisitions menées en Norvège en 2021, Petronor et les deux mis en cause auraient proposé, dès 2016, au président Denis Sassou Nguesso et à certains de ses proches des participations dans une licence pétrolière offshore.

« Les Norvégiens ont accepté que le président et sa famille perçoivent 25 % des revenus issus de la vente du pétrole extrait dans le cadre de la licence accordée à Hemla », a déclaré la procureure Marianne Djupesland à l’AFP.

Dans le détail, la société congolaise MGI International, présentée comme contrôlée par des proches du chef de l’État, détenait 25 % des parts de la société titulaire de la licence liée au projet Pointe-Noire Grand Fonds (PNGF), Hemla E&P Congo (Hepco), aux côtés du groupe Perenco. Hemla Africa Holding conservait, quant à elle, les 75 % restants.

Les enquêteurs estiment que les accusés ont veillé à ce que des dividendes réguliers soient versés par Hepco à MGI, en plus d’autres avantages assimilés à des pots-de-vin. Le montant total des versements présumés est évalué à près de 15 milliards FCFA.

La défense des mis en cause

Le groupe Petronor a rejeté en bloc les accusations, affirmant « contester catégoriquement l’acte d’accusation » et se disant prêt à voir l’affaire examinée devant les tribunaux.

Les deux hommes d’affaires norvégiens poursuivis ont également nié toute infraction. Leur avocat a déclaré au quotidien Dagens Naeringsliv que « la coopération avec des partenaires locaux pour l’obtention de parts de licences est une pratique courante dans l’industrie pétrolière à l’échelle mondiale ».


Longtemps silencieuses malgré les perquisitions menées dès 2021 dans les locaux de Petronor en Norvège, les autorités congolaises ont réagi le 27 janvier 2026. Dans un communiqué, le gouvernement indique avoir « pris connaissance » du dossier, tout en dénonçant « avec fermeté certaines interprétations, extrapolations ou raccourcis médiatiques visant à porter atteinte à l’honneur, à la dignité et à la réputation du président de la République et de son entourage ».

Le gouvernement congolais souligne par ailleurs que « le chef de l’État et les membres de son entourage ne font l’objet d’aucune poursuite judiciaire, ni mise en examen », rappelant que les autorités judiciaires étrangères concernées reconnaissent ne disposer « d’aucune compétence juridictionnelle » à leur égard et avoir classé une partie du dossier « pour insuffisance de charges ».

Enfin, Brazzaville réaffirme son « engagement constant en faveur de la transparence, de la bonne gouvernance et de la coopération judiciaire », tout en appelant à « la responsabilité, à la retenue et au respect des principes fondamentaux du droit » dans le traitement de cette affaire sensible.
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