« Une nation qui abandonne sa presse abandonne sa capacité à penser » (Mamadou Ibra Kane)

Dimanche 26 Juillet 2026

Le journaliste et entrepreneur de presse Mamadou Ibra Kane estime que le redressement du Sénégal passe inévitablement par la reconstruction d'une presse libre, indépendante et économiquement viable. Dans une tribune consacrée à la crise politique, institutionnelle, économique et sociale que traverse le pays, il défend le rôle stratégique des médias dans la consolidation de la démocratie, de la souveraineté nationale et du développement.

Selon lui, le Sénégal connaît une situation sans précédent depuis la troisième alternance politique de mars 2024. « Le Sénégal vit une situation inédite depuis plus de deux ans. Là où on avait promis le changement systémique, on a assisté à une remise en cause de tous les fondements de la République. Aujourd'hui, le pays est économiquement exsangue, financièrement décrédibilisé, socialement déstructuré, institutionnellement fragilisé et politiquement dans l'impasse », affirme-t-il. Il considère que « la reconstruction d'une presse libre, forte et économiquement viable pourrait devenir l'un des leviers majeurs du redressement démocratique, économique et social ».

Dans son analyse, Mamadou Ibra Kane dénonce les difficultés traversées par la presse privée au cours des deux dernières années. Il soutient que « le nouveau régime a cherché à neutraliser la presse privée » en l'« asphyxiant économiquement et fiscalement » et en tentant de « lui nier toute existence juridique qui ne serait pas validée par l'autorité administrative ».

Le journaliste rappelle toutefois que les décisions de justice ont permis, selon lui, de préserver l'État de droit. Il souligne également le rôle historique joué par les médias dans les alternances démocratiques, la cohésion sociale et la promotion de l'image du Sénégal à l'international. « La presse privée au Sénégal a incontestablement contribué aux alternances, à la stabilité politique et sociale, à la lutte contre les pandémies, au renforcement du sentiment national et à la vulgarisation des politiques publiques », écrit-il.

Au-delà du diagnostic, Mamadou Ibra Kane appelle à une réforme profonde du secteur. Il propose l'élaboration d'une Stratégie nationale de l'information et de la communication (SNIC), destinée à accompagner le développement économique et numérique du pays. Cette stratégie devrait notamment intégrer la réforme économique des médias, la souveraineté numérique, l'intelligence artificielle, la protection des contenus, l'éducation aux médias, les langues nationales et le financement du secteur.

Il insiste également sur les mutations imposées par le numérique et les plateformes internationales. « Les médias au Sénégal produisent des contenus sur le digital, mais qui ne sont pas monétisés par ces mêmes médias. Toute cette production est en réalité davantage mise à profit par les GAFAM », déplore-t-il, estimant que cette situation menace la survie économique des entreprises de presse africaines.

Pour Mamadou Ibra Kane, l'information est désormais devenue un enjeu stratégique de souveraineté. « L'information est devenue l'arme de destruction massive du XXIe siècle. Il faut aujourd'hui plus de professionnels des médias pour défendre sa souveraineté dans tous les domaines », soutient-il, plaidant pour un secteur médiatique considéré comme aussi stratégique que l'éducation, la santé ou la défense nationale.

En conclusion, il appelle les pouvoirs publics à considérer la presse comme un investissement d'intérêt national. « Une nation qui abandonne sa presse abandonne progressivement sa capacité à penser par elle-même. Les armées protègent les frontières ; une presse libre protège la démocratie, éclaire les citoyens, protège de la colonisation des cerveaux et nourrit l'intelligence collective. Investir dans la presse n'est pas une dépense de confort, mais un investissement stratégique. Si le Sénégal veut retrouver le chemin de la stabilité, de la prospérité et de la souveraineté, sauver sa presse n'est pas un luxe : c'est une nécessité nationale », ajoute t-il.
 
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