Longtemps considéré comme l'un des partenaires les plus fiables des États-Unis au Moyen-Orient, le sultanat d'Oman traverse une crise diplomatique inédite avec Washington. Les récentes déclarations du président américain Donald Trump et de son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ont provoqué une profonde indignation dans ce pays du Golfe, où beaucoup évoquent désormais un sentiment de trahison.
La polémique a éclaté lorsque Donald Trump, évoquant la question stratégique du détroit d'Ormuz, a menacé Oman en déclarant que le pays devrait « bien se tenir » sous peine d'être « pulvérisé ». Quelques jours plus tard, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a enfoncé le clou en affirmant que les États-Unis pourraient « viser agressivement » le sultanat par des sanctions s'il aidait l'Iran à instaurer un péage dans cette voie maritime essentielle au commerce mondial.
Pour de nombreux observateurs, ces propos constituent une rupture spectaculaire avec des décennies de coopération discrète mais étroite entre les deux pays.
Interrogé par RFI, le chercheur Laurent Bonnefoy, spécialiste de la péninsule Arabique au CNRS-CERI Sciences Po, estime que les mots employés par Donald Trump ont particulièrement choqué la société omanaise. Selon lui, les autorités et la population ont été heurtées non seulement par les menaces elles-mêmes, mais aussi par le ton jugé insultant à l'égard du sultan Haytham et des institutions du pays.
« Les Omanais ont le sentiment d'une forme de trahison », explique le chercheur. Un ressenti d'autant plus fort que le sultanat met traditionnellement en avant l'ancienneté de ses relations avec les États-Unis. Oman rappelle régulièrement avoir été le premier État arabe à établir une représentation diplomatique à Washington dès 1840.
Pendant des décennies, Mascate a joué un rôle clé de médiateur dans plusieurs crises régionales. Le sultanat a notamment facilité des échanges indirects entre Washington et Téhéran lorsque les tensions atteignaient des niveaux critiques. Cette diplomatie de neutralité et de dialogue a longtemps été saluée par les puissances occidentales.
Aujourd'hui, cette position intermédiaire semble au contraire susciter la méfiance américaine. Les États-Unis reprochent notamment à Oman ses liens de communication avec l'Iran et sa capacité à maintenir des canaux de dialogue avec les Houthis du Yémen. Des accusations de transit de matériels susceptibles d'être utilisés dans la fabrication de drones et de missiles ont également alimenté les tensions ces dernières années.
Face aux menaces américaines, les autorités omanaises observent pour l'instant une prudente réserve. Aucune réaction officielle majeure n'a été enregistrée. Selon les analystes, Mascate cherche à éviter une escalade tout en refusant de céder à ce qui est perçu comme des injonctions humiliantes.
La question du détroit d'Ormuz demeure au cœur du différend. Oman partage avec l'Iran la responsabilité de cette voie maritime stratégique par laquelle transite une part importante du pétrole mondial. Pour le sultanat, la gestion du détroit nécessite une coopération pragmatique avec son voisin iranien, indépendamment des rivalités géopolitiques.
Cette crise illustre surtout l'évolution des relations entre Washington et certains de ses alliés traditionnels. Pour Oman, qui a souvent servi d'intermédiaire au bénéfice même des intérêts américains, les menaces et les insultes proférées ces dernières semaines apparaissent comme une remise en cause brutale d'une relation bâtie sur près de deux siècles d'histoire diplomatique.
Dans les cercles politiques et intellectuels omanais, une interrogation domine désormais : comment un allié aussi ancien a-t-il pu devenir, du jour au lendemain, la cible d'un tel discours hostile de la part de Washington ?

