"Un homme que je connaissais bien depuis Kolda m’a forcé à coucher avec lui, d’abord, puis à me prostituer..."

Jeudi 3 Octobre 2019

Un Rapport de l’Organisation des Nations Unies contre la drogue et le crime décrit Saly Portudal, principale station balnéaire, comme étant le point spécifique dans la structuration des réseaux de traite qui alimentent le marché européen de la prostitution.


Certaines filles, venant de villages frontaliers inaccessibles, effectuent une étape préliminaire à Kédougou, ville du bassin aurifère du Sénégal oriental, où les « traitants » viennent négocier leur « achat ». A ce moment-là, la jeune fille vendue ne connaît pas les termes de la négociation ; elle découvre la réalité seulement à son arrivée sur le site d’orpaillage. Sa pièce d’identité, si elle en dispose lui est confisquée.
 
Confession terrifiante de Mery, une jeune Sénégalaise : ‘’je suis venue il y a deux ans. J’ai été amenée par un homme que je connaissais bien depuis Kolda qui m’a forcée à coucher avec lui, d’abord, puis à me prostituer pour racheter ma liberté’’
 
 
Le prix du rachat d’une hypothétique liberté est fixé par les « maîtres » ou les « patrons » à 1 million de francs payables sur une durée. Pour s’affranchir de cette « dette », les jeunes filles se prostituent et font des versements quotidiens, enregistrés dans des carnets par les « gestionnaires ». Ce fut le cas de Mery, une jeune Sénégalaise issue de Kolda, à qui un ami qui, en fait, est un trafiquant avait promis une vie meilleure et un voyage en France. « Je suis venue il y a deux ans. J’ai été amenée par un homme que je connaissais bien depuis Kolda qui m’a forcée à coucher avec lui, d’abord, puis à me prostituer pour racheter ma liberté ».
 
Comment Fatu, jeune Gambienne, convaincue par un étranger lors de la crise postélectorale de 2017, a été piégée, une fois à Mbour
 
Les réseaux de traite, implantés à Saly , reposent sur une organisation très hiérarchisée. Ils réunissent cinq à dix jeunes filles, étrangères ou sénégalaises ; elles sont exploitées dans les rues et les bars. Parmi elles, Fatu, jeune Gambienne, qui a été convaincue par un étranger lors de la crise postélectorale de 2017 de s’installer à Mbour, d’où elle pourrait, rapidement, rejoindre un pays de l’Europe. Depuis, elle vit le cauchemar et son souhait le plus cher est de retrouver les siens. « Je veux rentrer ; je n’ai jamais exercé le métier de prostituée, auparavant », dit-elle.
 
Les stations touristiques délaissées par les touristes traditionnels, au bénéfice des prédateurs sexuels
 Ces jeunes filles sont « encadrées » par des « tantes » plus âgées : elles-mêmes victimes de traite, elles sont utilisées par les trafiquants pour recruter de nouvelles victimes. Ces « mamans » espèrent ainsi solder leur « dette » et gèrent les jeunes filles pour le compte des « tuteurs » et des « fiancés », qui sont un à deux par réseau, le plus souvent des Nigérians ou des Italiens. Ainsi, bien que les réseaux de traite se déploient, principalement, à l’échelle régionale, en Afrique de l’Ouest, d’importantes routes de trafic international se structurent autour du pôle touristique de Saly où les jeunes victimes sont non seulement exploitées, mais également « initiées » aux pratiques du marché européen de la prostitution. Entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, le Sénégal occupe, désormais, une position stratégique sur les routes de la traite des jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle.

Source A
 
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