Le patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, a revendiqué samedi 20 mai la capture complète par ses hommes de la ville de Bakhmout, épicentre de combats dans l'est de l'Ukraine qui durent depuis l'été dernier. La ville « a été prise dans sa totalité », assure-t-il dans une vidéo diffusée sur Telegram. L'Ukraine, elle, a immédiatement démenti, affirmant contrôler des zones de la ville, tout en évoquant une situation « critique ». Samedi soir, le ministère russe de la Défense a affirmé que les troupes russes avaient pris le contrôle total de Bakhmout et le président russe a félicité Wagner et l'armée russe pour la prise de la ville.
« Le 20 mai 2023, aujourd'hui, à midi, Bakhmout a été prise dans sa totalité » : c'est avec ces mots qu'Evguéni Prigojine a annoncé la capture de la ville dans une vidéo diffusée par son service de presse sur Telegram. Dans l'enregistrement, le chef du groupe paramilitaire Wagner apparaît aux côtés d'hommes armés, devant des bâtiments en ruines.
En confit avec la hiérarchie militaire du Kremlin, qu'il a plusieurs fois critiqué ces dernières semaines, Evguéni Prigojine ajoute que « l'opération pour la prise de Bakhmout a duré 224 jours » et qu'« il n'y avait que Wagner ici ».
Samedi soir, le ministère russe de la Défense a affirmé que les troupes russes ont pris le contrôle de la ville. « À la suite d'actions offensives des unités d'assaut Wagner, soutenues par l'artillerie et l'aviation du groupe de forces Yug, la libération de #Artyomovsk a été achevée », a déclaré le ministère russe.
Le président russe Vladimir Poutine a félicité samedi soir le groupe de mercenaires Wagner et l'armée russe pour leur capture revendiquée de Bakhmout, selon un communiqué du Kremlin repris par des agences de presse russes. « Vladimir Poutine a félicité les unités d'assaut de Wagner de même que tous les militaires des unités des forces armées russes qui leur ont fourni le soutien nécessaire et (qui ont couvert leur flanc), pour l'achèvement de l'opération (ayant permis de) libérer Artemovsk », utilisant le nom soviétique de Bakhmout, a rapporté l'agence de presse TASS, citant le communiqué du Kremlin.
L'Ukraine dément et parle d'une « situation critique »
Samedi après-midi, après l'annonce d'Evguéni Prigojine, l'Ukraine a démenti la prise de Bakhmout. « La situation est critique. Dans le même temps, (...) nos défenseurs contrôlent certaines installations industrielles et infrastructures de la zone ainsi que dans le secteur privé », a indiqué sur Telegram la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar.
La bataille pour Bakhmout, ville dévastée dans l'oblast de Donetsk et dont l'importance stratégique est contestée, est la plus longue et la plus meurtrière du conflit entamé en février 2022. Les troupes ukrainiennes et russes y ont subi de lourdes pertes, alors que l'essentiel des combats s'y concentrent depuis des mois.
Kiev a revendiqué cette semaine avoir repris plus de vingt kilomètres carrés aux forces russes au nord et au sud de la ville, tout en reconnaissant une progression des combattants de Wagner au sein de la ville même, où ne demeurait plus qu'une petite poche de résistance à l'ouest.
« La bureaucratie russe nous a mis des bâtons dans les roues »
Toujours remonté vis-à-vis de l'état-major russe, Evguéni Prigojine a profité de cette nouvelle vidéo pour émettre de nouvelles critiques : « Nous ne nous sommes pas uniquement battus avec l'armée ukrainienne à Bakhmout, mais aussi avec la bureaucratie russe qui nous a mis des bâtons dans les roues. »
Une allusion à un épisode récent : début mai, il avait en effet menacé de retirer ses troupes de Bakhmout si l’armée ne lui fournissait pas les munitions qu’il réclamait, rappelle notre correspondant à Moscou, Jean-Didier Revoin. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'état-major, Valéri Guérassimov, ont également été ciblés.
Evguéni Prigojine a indiqué que ses hommes allaient transférer à l'armée russe le contrôle de la ville de Bakhmout, le 25 mai : « D'ici au 25 mai, nous allons fouiller complètement la ville, créer des positions défensives et la transférerons aux militaires pour qu'ils s'en occupent. De notre côté, nous retournerons dans les bases. »
Une victoire « à la Pyrrhus » pour Prigojine ?
Si elle était confirmée, la prise de Bakhmout permettrait à Moscou d'afficher une victoire après plusieurs revers humiliants. Pour le général Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et ex-commandant de l’Otan, si la prise de Bakhmout venait à être confirmée, la victoire serait avant tout celle du chef des paramilitaires russe de Wagner. Une victoire quelque peu amère, comme il l'explique au micro de Nicolas Feldmann :
« C'est une victoire à la Pyrrhus dans la mesure où ça a coûté beaucoup de morts, en particulier à Wagner. Et ça n'a pas beaucoup de sens côté militaire. Les Russes ne vont pas pouvoir aller plus loin. Il (Prigojine, NDLR) pourra présenter cela comme sa victoire en démontrant qu'il est bien plus efficace que les commandants de l'armée russe, et que Wagner est le fer de lance de la puissance russe. »
La région de Bakhmout est toujours aussi contestée. C'est devenu un enjeu à la fois stratégique et surtout symbolique, chacun voulant réclamer une victoire. (...) Prendre Bakhmout sans prendre les routes et les voies d'accès qui y mènent, ça ne sert à rien.
RFI
« Le 20 mai 2023, aujourd'hui, à midi, Bakhmout a été prise dans sa totalité » : c'est avec ces mots qu'Evguéni Prigojine a annoncé la capture de la ville dans une vidéo diffusée par son service de presse sur Telegram. Dans l'enregistrement, le chef du groupe paramilitaire Wagner apparaît aux côtés d'hommes armés, devant des bâtiments en ruines.
En confit avec la hiérarchie militaire du Kremlin, qu'il a plusieurs fois critiqué ces dernières semaines, Evguéni Prigojine ajoute que « l'opération pour la prise de Bakhmout a duré 224 jours » et qu'« il n'y avait que Wagner ici ».
Samedi soir, le ministère russe de la Défense a affirmé que les troupes russes ont pris le contrôle de la ville. « À la suite d'actions offensives des unités d'assaut Wagner, soutenues par l'artillerie et l'aviation du groupe de forces Yug, la libération de #Artyomovsk a été achevée », a déclaré le ministère russe.
Le président russe Vladimir Poutine a félicité samedi soir le groupe de mercenaires Wagner et l'armée russe pour leur capture revendiquée de Bakhmout, selon un communiqué du Kremlin repris par des agences de presse russes. « Vladimir Poutine a félicité les unités d'assaut de Wagner de même que tous les militaires des unités des forces armées russes qui leur ont fourni le soutien nécessaire et (qui ont couvert leur flanc), pour l'achèvement de l'opération (ayant permis de) libérer Artemovsk », utilisant le nom soviétique de Bakhmout, a rapporté l'agence de presse TASS, citant le communiqué du Kremlin.
L'Ukraine dément et parle d'une « situation critique »
Samedi après-midi, après l'annonce d'Evguéni Prigojine, l'Ukraine a démenti la prise de Bakhmout. « La situation est critique. Dans le même temps, (...) nos défenseurs contrôlent certaines installations industrielles et infrastructures de la zone ainsi que dans le secteur privé », a indiqué sur Telegram la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar.
La bataille pour Bakhmout, ville dévastée dans l'oblast de Donetsk et dont l'importance stratégique est contestée, est la plus longue et la plus meurtrière du conflit entamé en février 2022. Les troupes ukrainiennes et russes y ont subi de lourdes pertes, alors que l'essentiel des combats s'y concentrent depuis des mois.
Kiev a revendiqué cette semaine avoir repris plus de vingt kilomètres carrés aux forces russes au nord et au sud de la ville, tout en reconnaissant une progression des combattants de Wagner au sein de la ville même, où ne demeurait plus qu'une petite poche de résistance à l'ouest.
« La bureaucratie russe nous a mis des bâtons dans les roues »
Toujours remonté vis-à-vis de l'état-major russe, Evguéni Prigojine a profité de cette nouvelle vidéo pour émettre de nouvelles critiques : « Nous ne nous sommes pas uniquement battus avec l'armée ukrainienne à Bakhmout, mais aussi avec la bureaucratie russe qui nous a mis des bâtons dans les roues. »
Une allusion à un épisode récent : début mai, il avait en effet menacé de retirer ses troupes de Bakhmout si l’armée ne lui fournissait pas les munitions qu’il réclamait, rappelle notre correspondant à Moscou, Jean-Didier Revoin. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'état-major, Valéri Guérassimov, ont également été ciblés.
Evguéni Prigojine a indiqué que ses hommes allaient transférer à l'armée russe le contrôle de la ville de Bakhmout, le 25 mai : « D'ici au 25 mai, nous allons fouiller complètement la ville, créer des positions défensives et la transférerons aux militaires pour qu'ils s'en occupent. De notre côté, nous retournerons dans les bases. »
Une victoire « à la Pyrrhus » pour Prigojine ?
Si elle était confirmée, la prise de Bakhmout permettrait à Moscou d'afficher une victoire après plusieurs revers humiliants. Pour le général Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et ex-commandant de l’Otan, si la prise de Bakhmout venait à être confirmée, la victoire serait avant tout celle du chef des paramilitaires russe de Wagner. Une victoire quelque peu amère, comme il l'explique au micro de Nicolas Feldmann :
« C'est une victoire à la Pyrrhus dans la mesure où ça a coûté beaucoup de morts, en particulier à Wagner. Et ça n'a pas beaucoup de sens côté militaire. Les Russes ne vont pas pouvoir aller plus loin. Il (Prigojine, NDLR) pourra présenter cela comme sa victoire en démontrant qu'il est bien plus efficace que les commandants de l'armée russe, et que Wagner est le fer de lance de la puissance russe. »
La région de Bakhmout est toujours aussi contestée. C'est devenu un enjeu à la fois stratégique et surtout symbolique, chacun voulant réclamer une victoire. (...) Prendre Bakhmout sans prendre les routes et les voies d'accès qui y mènent, ça ne sert à rien.
RFI