Tensions en Guinée-Bissau : la garde du président Horta N’TAM désarmée à quelques jours du retour annoncé d’Embaló

Mardi 29 Septembre 2026

A quelques jours du retour de l’ex président Umaro Sissoco Embaló à Bissau, la garde du chef de la junte est désarmée par l'armée de Terre, dite “Exército”. Ces tensions au sein de l'appareil sécuritaire s'inscrivent dans un contexte de nervosité croissante au sein du commandement militaire, dix mois après le putsch du 26 novembre 2025 mené par le général Horta N'Tam.

Le désarmement de la garde rapprochée du chef de la junte (le général Horta N'Tam) par l’armée de Terre (Exército) traduit une guerre de factions interne et une profonde fracture au sein de l’appareil militaire, directement liée au retour imminent d'Umaro Sissoco Embaló. Ce basculement s'explique par trois facteurs stratégiques majeurs.
La rupture de l'accord secret avec Embaló

Bien qu'Umaro Sissoco Embaló ait été renversé en novembre 2025, de nombreux analystes et opposants (comme Domingos Simões Pereira) ont toujours qualifié ce putsch de « mise en scène » ou de combine politique. Le général Horta N'Tam avait été nommé chef de l’armée de Terre par Embaló lui-même, et le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, était son directeur de campagne.

L'objectif initial de la junte était de neutraliser l'opposition parlementaire, de suspendre les activités politiques et de réécrire la Constitution pour instaurer un régime présidentiel fort. Cependant, maintenant que la nouvelle Constitution a été adoptée (le 30 août 2026) et que les pouvoirs du futur président sont considérablement renforcés, une partie de l'armée de Terre refuse de voir Embaló revenir pour cueillir les fruits de cette transition.


 Selon nos sources bien informée de ce dossier, en désarmant la garde du chef de la junte, l'Exército tente de bloquer le plan de restauration d'Embaló..


 La peur d'une purge et de règlements de comptes
L'annonce officielle par Embaló de sa candidature à la présidentielle du 6 décembre 2026 et son retour fixé au 4 octobre ont brisé le statu quo. Au sein de la troupe et des officiers de l'armée de Terre, l'inquiétude est vive : Si Embaló revient au pouvoir avec une Constitution ultra-présidentielle, il aura les mains libres pour purger l'état-major.
Le désarmement est une action préventive des commandants de l'armée de Terre pour s'assurer que le chef de la junte ne puisse pas utiliser sa garde présidentielle ou les forces spéciales pour sécuriser unilatéralement l'arrivée d'Embaló et arrêter les officiers réticents. 


 La fragmentation historique de l'armée bissau-guinéenne
La Guinée-Bissau souffre d'une instabilité chronique où l'armée n'est pas un bloc monolithique, mais un agrégat de factions fidèles à des chefs de guerre ou à des intérêts ethno-politiques.  L'armée de Terre (Exército), qui représente la force de masse du pays, s'est désolidarisée de la garde prétorienne du chef de la transition. Ce geste prive le général Horta N'Tam de sa puissance de feu immédiate, le plaçant de fait sous le contrôle direct ou la surveillance étroite des troupes régulières à quelques jours du 4 octobre. 

Ainsi, ce désarmement est un coup de force interne visant à neutraliser les éléments de la junte perçus comme trop favorables au retour de l'ancien président, ouvrant une période de très haute incertitude à Bissau. 
 
 
Le retour annoncé d'Umaro Sissoco Embaló : L'ancien président déchu a officiellement rompu le silence depuis son exil en confirmant sa candidature à la présidentielle du 6 décembre 2026 sous la bannière d'une « Plateforme républicaine ». Des mouvements militants et ses partisans préparent activement son retour au bercail, annoncé sur les réseaux sociaux pour le 4 octobre 2026.

Par Erick Salemon Bassène
Dans la même rubrique :