Télécommunications : le câble sous-marin Medusa veut connecter l'Afrique et renforcer sa souveraineté numérique

Mercredi 8 Juillet 2026

L'Afrique s'apprête à franchir une nouvelle étape dans son développement numérique avec le projet Medusa, un vaste réseau de câbles sous-marins destiné à améliorer la connectivité entre les pays du pourtour méditerranéen et de la façade atlantique. Porté par l'entreprise espagnole AFR-IX Telecom, ce projet ambitionne de répondre à la demande croissante en infrastructures de télécommunications sur le continent, dans un contexte marqué par l'explosion des usages numériques et l'essor de l'intelligence artificielle.


Long de près de 9 000 kilomètres, Medusa reliera une vingtaine de pays grâce à une capacité de 480 térabits par seconde (Tbps). Le coût global du projet est estimé à 340 millions d'euros, financés en grande partie par la Banque européenne d'investissement et la Commission européenne, qui entendent préserver une certaine souveraineté sur cette infrastructure stratégique.



L'arrivée des câbles Equiano de Google et 2Africa de Meta avait déjà permis d'accroître considérablement la capacité Internet du continent. Pourtant, ces infrastructures ont rapidement atteint leurs limites face à la hausse spectaculaire de la consommation de données.

Selon les promoteurs de Medusa, près de 40 % de la croissance des capacités Internet en Afrique se concentre aujourd'hui en Afrique du Nord, une région qui ne disposait jusqu'à présent d'aucun réseau sous-marin spécifiquement conçu pour répondre à ses besoins.

Le nouveau câble doit ainsi connecter directement plusieurs pays d'Afrique du Nord, d'Europe et, à terme, de l'Afrique de l'Ouest.

Orange déjà engagé

Le groupe Orange figure parmi les principaux partenaires industriels du projet.

L'opérateur français participe notamment au déploiement de plusieurs tronçons, notamment entre Marseille et Bizerte, en Tunisie, ainsi qu'entre Marseille et Nador, au Maroc, en partenariat avec les opérateurs locaux.

Les opérateurs acquièrent progressivement des capacités sur les différentes portions du réseau afin d'assurer le développement futur des services numériques.

Une dimension géopolitique

Initialement soutenu par l'Union européenne, le projet attire désormais l'intérêt des États-Unis.

Depuis 2025, l'Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) accompagne Medusa à travers une étude de faisabilité portant sur son extension vers l'Afrique de l'Ouest.

Washington voit dans cette infrastructure un levier stratégique pour préparer le développement futur de technologies comme la 6G, l'informatique quantique et les services numériques avancés sur le continent africain.

Les responsables de Medusa assurent toutefois que cette coopération ne remet pas en cause la gouvernance européenne du projet ni les critères de sélection des fournisseurs.



Plusieurs États africains ont déjà manifesté leur intérêt pour accueillir le câble.

La Guinée a signé un accord de construction et de maintenance prévoyant une mise en service d'ici 2030. Le Gabon ambitionne de connecter Port-Gentil à partir de 2028, tandis que la Guinée équatoriale espère bénéficier du réseau à l'horizon 2029-2030.

Toutefois, les experts restent prudents. Les nombreuses négociations avec les différents États pourraient ralentir le calendrier initial, certains points d'atterrissement restant encore à confirmer.

Un enjeu économique majeur

Au-delà de l'amélioration de la connectivité, Medusa est considéré comme une infrastructure stratégique appelée à soutenir la transformation numérique de l'Afrique.

Le développement du commerce électronique, des services financiers numériques, de l'intelligence artificielle, du cloud computing ou encore des centres de données dépend largement de la disponibilité d'un réseau Internet performant et sécurisé.

Malgré les incertitudes liées à la hausse des coûts des matériaux, conséquence notamment des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les promoteurs du projet assurent que le calendrier reste maîtrisé.

Si toutes les étapes sont respectées, Medusa pourrait devenir, dans les prochaines années, l'une des principales autoroutes numériques reliant l'Europe, l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, tout en renforçant la souveraineté numérique du continent africain.
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