Tel-Aviv visée : l’Iran utilise un missile inédit pour déjouer la défense israélienne

Mardi 24 Mars 2026

Ce mardi 24 mars, une ogive iranienne d’environ 100 kg bien plus petite que les charges habituelles et non issue d’une munition à fragmentation a frappé Tel Aviv, causant d’importants dégâts mais seulement trois blessés légers, dans un contexte d’évolution tactique où Téhéran alterne désormais entre missiles lourds, sous-munitions et frappes plus précises pour contourner les défenses israéliennes.
Le 24 mars, une munition contenant environ 100 kilogrammes d’explosifs a frappé le centre de Tel Aviv, causant d’importants dégâts matériels dans une zone urbaine dense. Plusieurs bâtiments et véhicules ont été touchés, témoignant de la puissance de l’impact malgré l’absence de victimes graves. Cette frappe s’inscrit dans une série d’attaques iraniennes qui, depuis plusieurs semaines, mettent à l’épreuve les systèmes de défense israéliens.

Le colonel israélien Miki David, un représentant du commandement du front intérieur, a confirmé qu’une ogive iranienne avait touché une rue de la ville dans la matinée. Trois bâtiments voisins ont été sévèrement endommagés.

"Il n’y a que trois blessés légers", a-t-il précisé, attribuant ce bilan limité à la réactivité des habitants, qui se sont abrités dans des refuges sécurisés.
Il a également souligné que la puissance de l’explosion suggérait une ogive unique, et non un fragment issu d’une munition à sous-munitions. Selon ses propos rapportés par le Times of Israel, les dégâts considérables causés par le projectile indiquent qu'il ne s'est pas détaché d'une munition à fragmentation mais il semble tout de même avoir été plus petit que les ogives conventionnelles, non à fragmentation, lancées précédemment par l'Iran. Sur des vidéos, on peut voir des fragments de missiles encore fumants tombés en Cisjordanie.


Plusieurs articles de presse évoquent en effet une charge réduite, de l’ordre de 100 kg, nettement inférieure aux ogives classiques de missiles balistiques iraniens, qui peuvent dépasser les 500 kg. Cette réduction de charge pourrait répondre à une logique opérationnelle: améliorer la précision des frappes, augmenter la portée ou encore compliquer l’interception par les systèmes de défense antimissile. Ou bien cette utilisation traduit-elle la volonté de Téhéran d'économiser son stock actuel de missiles plus massifs?

Dans le même temps, certains rapports font état d’une possible confusion initiale sur la nature du projectile. Des hypothèses évoquent des missiles capables d’emporter plusieurs petites ogives, chacune d’environ 100 kg, brouillant la distinction entre ogive unitaire et système à fragmentation. Néanmoins, les observations sur le terrain tendent à privilégier la thèse d’une charge unique si l'on en croît les premiers compte-rendus des autorités israéliennes.

Depuis le début du conflit le 28 février, la stratégie iranienne a connu plusieurs phases d’évolution. Lors des premiers jours, Téhéran a principalement eu recours à des missiles balistiques lourds dotés de charges de plus de 500 kg de type Shahab-3, Ghadr et Emad, avec pour objectif de frapper fort d’emblée et de tester l’efficacité du système de défense israélien. À partir du début du mois de mars, une montée en puissance s’est opérée avec l’introduction de missiles plus avancés comme le Khorramshahr et surtout d’ogives à fragmentation.

Des missiles à sous-munition
Les analyses évoquent au moins 19 missiles à sous-munitions identifiés, et estiment qu’environ la moitié des projectiles utilisés durant cette période étaient équipés de ce type d’ogives.

Depuis la mi-mars, une troisième phase se dessine, caractérisée par une adaptation tactique plus fine. L’Iran combine désormais l’usage d’ogives lourdes, supérieures à 500 kg, avec des charges réduites, comme celle d’environ 100 kg utilisée semble-t-il lors de la frappe de ce mardi.

Cependant, l’analyse de cette frappe s’inscrit dans un contexte plus large: celui de l’utilisation croissante par l’Iran de munitions à fragmentation, aussi appelées bombes à sous-munitions. Contrairement aux ogives classiques, qui explosent en un seul point, ces armes sont conçues pour se diviser en vol et disperser des dizaines de petites charges explosives sur une large zone, comme l'explique le Guardian.

Le fonctionnement de ces munitions est relativement sophistiqué. Une fois le missile balistique lancé à grande altitude il suit une trajectoire balistique classique. À un moment précis, généralement avant la phase terminale de descente, l’ogive principale s’ouvre et libère entre plusieurs dizaines et jusqu’à 80 sous-munitions dans le cas de certains modèles comme le missile Khorramshahr. Ces petites charges, appelées "bomblets", sont ensuite dispersées par la vitesse et parfois par un mécanisme de rotation, ce qui permet de couvrir une zone étendue pouvant atteindre plusieurs hectares.

Chaque sous-munition agit comme une mini-bombe indépendante. Certaines explosent à l’impact, projetant des éclats meurtriers dans toutes les directions, tandis que d’autres peuvent pénétrer légèrement dans le sol ou dans les structures avant de détoner. Un des aspects les plus dangereux de ces armes réside dans leur taux de non-explosion: une partie des sous-munitions n’explose pas immédiatement et reste au sol, se comportant alors comme des mines antipersonnelles improvisées, représentant un danger durable pour les civils.
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