« Sur le plan institutionnel, ce n’est plus Paul Biya qui dirige », selon Aboubakar Ousmane Mey

Vendredi 12 Juin 2026

L’opposant camerounais Aboubakar Ousmane Mey a jeté un pavé dans la mare en remettant ouvertement en question le rôle réel du président Paul Biya dans la conduite des affaires de l’État. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, l’homme politique estime que le chef de l’État camerounais ne serait plus le véritable décideur au sommet du pouvoir.


Arrêté quelques jours avant l’élection présidentielle d’octobre 2025 puis libéré sans poursuites après plusieurs semaines de détention administrative, Aboubakar Ousmane Mey est revenu sur la crise post-électorale et les bouleversements qui secouent la scène politique camerounaise. Évoquant la réélection contestée du président Paul Biya face à son principal adversaire Issa Tchiroma Bakary, l’opposant a tenu des propos particulièrement sévères sur l’état actuel du pouvoir. « Monsieur Biya existe sur le plan physique, mais sur le plan institutionnel, ce n’est plus lui qui dirige les opérations », a-t-il déclaré.


Selon lui, l’entourage du chef de l’État porterait une lourde responsabilité dans la situation politique actuelle du pays. « J’ai interpellé les membres de sa famille à plusieurs reprises afin qu’ils préservent sa dignité, mais ils ne l’ont pas fait. Ils l’ont laissé dans la boue des élections », a-t-il affirmé. Pour Aboubakar Ousmane Mey, les violences ayant suivi la proclamation des résultats de la présidentielle sont la conséquence directe de cette gestion du pouvoir. « Lorsqu’ils se sont aperçus de la réalité, il était trop tard. C’est pour cela qu’ensuite les fusils sont sortis. Des gens sont morts. D’autres sont encore en prison. Certains sont partis en exil », a-t-il soutenu.

L’opposant met également en doute l’origine de certaines réformes institutionnelles récemment annoncées, notamment la création d’un poste de vice-président. « Je suis sûr et certain que Biya ne peut pas être derrière cette mascarade », a-t-il lancé, avant de rappeler l’image qu’il gardait du président à ses débuts au pouvoir. « Lorsqu’il a accédé à la magistrature suprême en 1982, il était très ordonné, très discipliné et en même temps visionnaire. »

Selon lui, les évolutions actuelles du régime traduisent l’influence de forces agissant dans l’ombre du pouvoir. « Il y a forcément une troisième partie qui se joue de tout le monde, y compris du président », a-t-il estimé.
Malgré ce diagnostic critique, Aboubakar Ousmane Mey reste convaincu que l’opposition conserve une marge de manœuvre politique. Il annonce d’ailleurs travailler à la mise en place de sa propre formation politique en vue des prochaines échéances électorales. « Le moment viendra où il faudra retourner dans les urnes et confirmer ce qu’il s’est passé en octobre dernier », a-t-il déclaré, se disant prêt à prendre part aux futurs combats politiques.

Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par de nombreuses interrogations sur la succession de Paul Biya et sur l'avenir du régime camerounais, alors que le débat politique reste particulièrement tendu après la présidentielle de 2025.
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