Soudan : les défections se multiplient dans les rangs des FSR

Samedi 29 Aout 2026

.Les Forces de soutien rapide (FSR) font face depuis le début de l’année 2026 à une succession de défections d’officiers et de responsables politiques. Plusieurs d’entre eux ont rejoint les Forces armées soudanaises, parfois accompagnés de centaines, voire de milliers de combattants. Une série de départs qui alimente les interrogations sur la cohésion interne du mouvement paramilitaire dirigé par Mohamed Hamdane Dogolo, dit Hemedti.

Le dernier ralliement majeur remonte au 20 août. Le général de division Moussa Ali Ahmad, dit Moussa Khamsine, a quitté les FSR pour rejoindre le camp de l’armée régulière avec plus de 315 hommes et une cinquantaine de véhicules armés. Avant sa défection, il combattait les forces gouvernementales au Darfour du Nord.

Moussa Khamsine a notamment expliqué son départ par sa déception à l’égard du « projet des FSR pour établir un nouvel État ». Son cas est loin d’être isolé : une dizaine d’officiers importants auraient désormais quitté les FSR pour rejoindre l’armée régulière.

Des milliers de combattants changent de camp

Parmi les défections les plus importantes figure celle du colonel Ali Rizkallah, dit al-Savana. Ancien responsable du secteur des aéroports dans les territoires contrôlés par les FSR, il aurait déserté en mai avec 5 000 combattants, en passant par le Soudan du Sud avant de rejoindre les zones sous contrôle de l’armée.

Les départs ne concernent pas uniquement les militaires. Fares al-Nur, ancien conseiller d’Hemedti et membre du Conseil présidentiel du gouvernement parallèle de l’Alliance Tasis, a annoncé sa démission de cette instance ainsi que de sa fonction de gouverneur du Darfour. D’autres conseillers d’Hemedti ont également quitté leurs fonctions ces derniers mois.

Hemedti fragilisé ? Les transfuges témoignent

Depuis leur changement de camp, plusieurs anciens cadres des FSR multiplient les déclarations sur le fonctionnement interne du mouvement. Leurs témoignages doivent toutefois être considérés avec prudence, puisqu’ils interviennent après leur ralliement au camp adverse.

Al-Savana affirme notamment qu’Hemedti serait affaibli et ne disposerait plus de la même capacité de décision. Selon lui, le chef des FSR lui aurait confié lors d’une rencontre à Nairobi en avril 2026 : « Les décisions des FSR sont désormais aux mains d’acteurs extérieurs. »

L’ancien commandant va jusqu’à affirmer qu’Hemedti est « effondré » et « dépassé par les événements », ajoutant : « Il est conscient qu’il n’a aucun pouvoir de décision. Il reçoit des ordres à appliquer. » Ces affirmations émanent toutefois d’un transfuge et ne sont pas établies de manière indépendante.

Des tensions internes évoquées

Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette vague de départs. Des combattants et responsables des FSR se plaindraient notamment du traitement réservé aux blessés, du manque de moyens et, parfois, de l’absence de paiement des salaires. Des tensions seraient également apparues entre certains commandants de terrain et le clan Dogolo.

« La communication avec les hauts dirigeants est coupée », auraient ainsi affirmé plusieurs commandants de terrain. Le sentiment d’un manque d’objectif clair dans la guerre contribuerait également à une perte de motivation parmi certains combattants.

Une fragilisation à relativiser

Ces défections posent désormais la question de la solidité des FSR. Certains observateurs y voient le signe d’une érosion de leur structure militaire et de leurs alliances tribales et estiment que le phénomène pourrait s’accentuer. Mais les FSR conservent d’importantes capacités militaires. Malgré les départs enregistrés, elles restent capables de mobiliser des combattants et de lancer des offensives sur plusieurs fronts. Elles ont notamment poursuivi récemment leurs opérations dans l’État du Nil Bleu.

Pour l’armée soudanaise, accueillir ces transfuges peut aussi répondre à une stratégie : encourager de nouvelles défections afin d’affaiblir progressivement les FSR. Cette politique suscite toutefois des critiques au Soudan, certains des officiers ralliés étant accusés d’avoir participé à de graves exactions durant le conflit.
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