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Sortir des crises institutionnelles récurrentes par un débat national sur les réformes appropriées (Par Abdou FALL, Nasser NIANE, El Hadj KASSÉ )

Lundi 11 Mai 2026

La crise qui se déploie aujourd’hui au sommet de l’État ne se résume ni à une divergence de méthode, ni à une querelle d’ego, ni même à une simple friction entre les deux têtes de l’Exécutif.
Son véritable ressort est ailleurs.


Ce qui se joue sous nos yeux, c’est une bataille pour le contrôle integral pour ne pas dire absolu du pouvoir. 
Plus précisément, une lutte pour savoir qui détiendra, à terme, la maîtrise réelle de l’appareil d’État, des institutions et de l’orientation du pays. Les prises de position, les démonstrations d’autorité, les signaux de fermeté, les tentatives de marquage de territoire, les discours de fidélité ou d’autonomie ne sont que les manifestations visibles d’un affrontement plus profond , celui du contrôle du pouvoir réel dans le pays.
Car, dans notre système politique, le pouvoir demeure fortement concentré au sommet de l’État, c'est à dire l'executif , clé de voûte de l’architecture institutionnelle. L’essentiel des leviers de décision, d’arbitrage, de nomination, d’impulsion et de régulation reste arrimé à l’Exécutif.


C’est pourquoi la crise actuelle ne doit pas tromper. Elle n’est ni idéologique ni programmatique.
Elle n’oppose pas deux visions clairement distinctes du Sénégal. Elle porte avant tout sur le contrôle et la maîtrise du pouvoir central. Autrement dit, le mandat en cours tend progressivement à se transformer en mandat perdu  , où les logiques de pouvoir prennent nettement le pas sur la gestion des urgences économiques et sociales du pays. Nous sommes ainsi entrés, de fait, dans une compétition préélectorale prématurée, porteuse de risques réels pour la stabilité des institutions et du Sénegal .  C’est ce qui explique la nervosité des rapports, la crispation des postures, la multiplication des signaux contradictoires ainsi que l’installation de tensions jusque-là larvées, désormais de plus en plus ouvertes au cœur même de l’État.
Parce que, dans une République où l’essentiel du pouvoir reste concentré entre les mains d’un seul centre de décision, la coexistence durable devient difficile et les ambitions politiques se transforment presque toujours en enjeu de domination totale.

Chaque acteur sait qu’il ne s’agit pas seulement d’être dans le dispositif, mais de savoir qui en exerce réellement la maîtrise totale . La crise actuelle n’est donc pas seulement la manifestation d’ambitions ponctuellement  concurrentes ; elle est aussi la conséquence directe d’un modèle institutionnel qui fait du sommet de l’État la source quasi exclusive de l’autorité nationale. Tant que cette architecture fondée sur un executif  exacerbé perdurera, chaque cycle politique sera mécaniquement dominé par la même bataille,  celle de la captation du pouvoir central.


Le Sénégal vit ainsi, depuis 1963 , sous un executif  fortement centralisé, où toute divergence au sommet prend les allures d’une crise aiguë et où toute perspective de compétition ouvre la voie à des luttes de positionnement sans merci. Il faut donc avoir le courage de nommer les choses.
Le débat de l’heure n’est pas : « Qui a raison contre qui ? »


Le vrai débat est ailleurs.
Pourquoi notre République produit-elle toujours les mêmes affrontements autour d’un même centre de gravité, à savoir le pouvoir présidentiel ? La réponse est connue . Nous avons construit un système où  conquérir le sommet revient encore à contrôler l’essentiel. Dans ces conditions, aucun arrangement politique ponctuel ne réglera durablement la situation.  On peut différer les tensions ; on ne supprimera pas la logique qui les fabrique.

C’est pourquoi la crise actuelle doit être lue comme une invitation à ouvrir enfin le grand chantier de la refondation institutionnelle de notre République, avec audace et esprit d'innovation qui puise ses ressources dans notre experience historique  et l'impasse des modèles de démocratie à travers le monde .
Le Sénégal ne peut plus continuer à vivre au rythme des batailles de succession autour d’un pouvoir excessivement centralisé.

Il devient nécessaire de passer d’une République de centralisation  à une République d’équilibre : un executif mieux et  plus encadré, de véritables contre-pouvoirs, une justice consolidée, un Parlement renforcé, des autorités indépendantes crédibles, des territoires réellement  responsabilisés et une participation citoyenne plus structurante.

Il est temps qu'on se rende à l'évidence !
Le modèle institutionnel de 1963 a fait son temps. Depuis lors, nos sociétés ont connu des mutations d’une profondeur telle que les régimes politiques hérités de cette époque sont devenus de plus en plus inadaptés. L'irruption directe des peuples dans l'espace public grâce aux reseaux soviaux et à de multiples formes d'expression imposent de repenser  et de réinventer les modèles de gouvernance de nos États. 
C'est la condition majeure du développement de nos pays en construction. Nos réussites futures dépendront, dans une trés large  mesure, de nos  capacités à construire des dynamiques collectives fortes et durables.


Faute de quoi, les grandes échéances électorales continueront d’avoir pour principal enjeu la conquête intégrale de l’État et la monopolisation de la décision par un exécutif   hypertrophié . Et c’est précisément cette logique qu’il devient urgent de briser à travers un débat national inclusif et fécond, capable d’ouvrir la voie à des réformes en  profondeur de notre gouvernance politique, économique et sociale.  Car il est question en définitive de trouver les formes et les modalités adéquates  de rendre au peuple sa souveraineté véritable.

Par 
Abdou FALL 
Nasser NIANE 
El Hadj KASSÉ
 


1.Posté par Kalyd le 11/05/2026 20:29
Des débats par qui? Des personnes qui ne représentent rien ! Incapables d'avoir 1%...
Si le P.R veut un autre P.M, qu'il organise des législatives anticipées.
La constitution du Sénégal fait du président un roi, à condition de disposer la majorité à l'A.N.

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