Sonko sur son limogeage : « Diomaye m’a fait savoir qu’il serait difficile de poursuivre notre compagnonnage »

Mardi 2 Juin 2026

Pour sa première prise de parole depuis son départ de la Primature, Ousmane Sonko a dressé un réquisitoire sévère contre Bassirou Diomaye Faye. Évoquant une séparation imposée, des divergences de fond sur la gouvernance et une volonté de marginaliser PASTEF, l'ancien chef du gouvernement a dévoilé les coulisses d'une rupture désormais consommée.


 « Un grand espoir était né avec notre arrivée au pouvoir, au Sénégal comme en Afrique. Nous avions désigné un candidat il y a un peu plus de deux ans et les Sénégalais lui ont accordé leur confiance », a-t-il déclaré. Sans parler d'échec, l'ancien chef du gouvernement reconnaît toutefois que l'expérience du pouvoir a été marquée par des difficultés. « Je ne dirais pas que cet espoir s'est effondré, mais nous avons connu beaucoup de difficultés. Nous avons tenté de limiter les dégâts pour répondre aux attentes des populations. » Selon lui, Pastef a tout mis en œuvre pour éviter une rupture dont il ne voulait pas porter la responsabilité : « Nous avons tout fait pour que la séparation ne vienne pas de Pastef. »



Revenant sur les événements ayant conduit à son départ de la Primature, Sonko affirme avoir été convoqué par le chef de l'État quelques heures après sa question d'actualité à l'Assemblée nationale. « Nous avons discuté comme deux responsables qui se respectent. Il m'a fait savoir qu'il serait difficile de poursuivre notre compagnonnage et que certaines de mes déclarations lui posaient problème. » Selon lui, le président souhaitait présenter leur séparation comme une décision concertée. Une version qu'il dit avoir refusée. « Il voulait que nous disions ensemble que nous avions discuté et conclu de nous séparer. J'ai refusé parce qu'il n'y a jamais eu de discussion dans ce sens. Il devait simplement assumer son limogeage ».

« J'attendais une discussion, j'ai reçu un limogeage"

Ousmane Sonko affirme avoir à plusieurs reprises proposé une clarification de leurs relations politiques. « Je lui ai même dit que si je lui faisais de l'ombre, je pouvais retourner à l'Assemblée nationale et continuer à travailler avec lui autrement ». Mais la discussion promise n'aura finalement jamais lieu. « J'attendais qu'il m'appelle. À la place, un ministre m'a informé qu'il ne pourrait pas me recevoir. Quinze minutes plus tard, j'ai vu le secrétaire général du gouvernement lire mon décret de licenciement ». L'ancien Premier ministre dénonce également la nomination de son successeur sans concertation avec Pastef. « Il a nommé Al Amine Lo sans consulter le parti. Ensuite, certains ministres ont été approchés pour intégrer le nouveau gouvernement ».

Accusations de tentative d'affaiblissement de Pastef

Le président de Pastef voit dans cette démarche une stratégie politique visant à réduire son influence. « C'est une tentative de démanteler Pastef en distribuant des sucettes à certains responsables. Il cherche à d'émontrer qu'il peut peser politiquement sans le parti. » Dans une déclaration particulièrement virulente, Sonko a même mis en doute la capacité de Bassirou Diomaye Faye à mobiliser seul les militants : « Je lui ai toujours demandé d'organiser un meeting de Pastef sans Ousmane Sonko pour mesurer son poids réel. »

Au-delà des tensions personnelles, Ousmane Sonko évoque des désaccords de fond sur plusieurs dossiers majeurs. Parmi eux figurent la gestion de la dette publique, les relations avec le Fonds monétaire international (FMI), la politique des prix et le fonctionnement de la justice. « Je voulais discuter de la dette et des engagements avec le FMI. Sur ces questions, nous n'étions pas d'accord. De même sur les prix et la justice. Il estime que tout fonctionne normalement, ce qui n'est pas mon avis ».

L'ancien Premier ministre révèle également des divergences sur la composition du futur gouvernement. Selon lui, le président proposait de limiter la représentation de Pastef à sept portefeuilles sur une trentaine de ministères, tout en confiant certains ministères de souveraineté à des technocrates. « Je me suis ouvert à la base du parti, qui a rejeté cette proposition ». Toujours selon Sonko, Bassirou Diomaye Faye reprochait à plusieurs ministres leur proximité politique avec lui. « Il considérait qu'ils manquaient de loyauté parce qu'ils étaient ministres tout en scandant "Sonko 2029" ». Pour le leader de Pastef, cette attitude traduisait une volonté de marginaliser progressivement son courant politique au sein du pouvoir. « J'ai compris qu'il voulait nous affaiblir politiquement. Nous avons refusé de nous laisser faire. ».
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