L’Afrique est-elle truffée de complexés ? La question mérite d’être posée au regard de certaines réactions ou absences de réactions sur la scène internationale. Malgré l’essor des réseaux sociaux, le continent reste souvent silencieux face à certaines dérives et dérapages de puissances occidentales, notamment les États-Unis et Israël.
Des situations internationales majeures ont pourtant suscité peu de réactions en Afrique. L’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, par exemple, n’a provoqué que très peu de condamnations officielles, certains observateurs parlant de « querelle entre Américains ». De même, les opérations militaires et assassinats ciblés en Palestine et au Liban attribués à l’armée israélienne n’ont fait l’objet de prises de position fermes que de quelques pays africains, notamment le Sénégal et l’Afrique du Sud.
La récente polémique autour de Donald Trump, accusé d’avoir tenu des propos offensants à l’encontre du pape Léon XIV, illustre également ce silence, selon certains analystes. « Trump insulte le pape en pleine tournée africaine, mais aucune voix ne s’élève », déplorent-ils. Les tensions liées aux attaques contre l’Iran, dont les répercussions pourraient toucher indirectement le continent, semblent également susciter peu de réactions officielles africaines.
Plus grave encore, certaines sources évoquent un soutien israélien à des mouvements séparatistes en Somalie et au Somaliland, sans que cela ne provoque de véritables prises de position fermes de plusieurs États africains, souvent accusés d’ignorer leur propre histoire.
Selon le journaliste Babacar Sow, cette posture s’explique par un ensemble de contraintes diplomatiques et économiques. « Les Occidentaux garantissent certains financements et partenariats. D’autres pays dépendent de coopérations militaires, notamment avec les États-Unis et Israël », explique-t-il. Il estime que cette dépendance influence les positions politiques africaines, certains dirigeants étant même conseillés par leurs états-majors de maintenir une forme de neutralité stratégique.
« La force ne réside pas uniquement dans les armes, la voix compte aussi. Le monde a évolué, mais l’Afrique reste souvent dans une posture d’observateur », ajoute-t-il, estimant que le continent a pourtant un rôle important à jouer dans les débats internationaux.
Cette question de la posture diplomatique a également été abordée au Sénégal. Lors d’une conférence de presse tenue le jeudi 9 avril 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a critiqué la politique étrangère des États-Unis et de leurs alliés. Interrogé sur les tensions internationales, il a estimé que le monde n’était pas devenu plus stable sous l’administration américaine actuelle.
« Est-ce que, depuis un an que Donald Trump est au pouvoir, le monde est devenu plus sûr, plus stable ou plus en paix ? », a-t-il interrogé, accusant certaines politiques américaines d’avoir contribué à l’instabilité mondiale.
Selon lui, plusieurs interventions militaires occidentales ont laissé des régions fragilisées sans atteindre leurs objectifs initiaux. Il cite notamment le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan ou encore la Libye, estimant que ces guerres n’ont pas permis d’installer durablement la paix.
« Quelle guerre les États-Unis ont-ils gagnée ? Aucune ! Ils ont semé le chaos sans atteindre leurs objectifs », a déclaré le Premier ministre sénégalais. Cette sortie a suscité des réactions politiques au Sénégal, certains dénonçant une posture jugée trop radicale, tandis que ses partisans ont défendu une position souverainiste et critique de l’ordre international actuel.
Dans le même temps, Donald Trump, visé par plusieurs polémiques, notamment pour des propos jugés offensants à l’encontre du pape Léon XIV et une image générée par intelligence artificielle ayant suscité la controverse, n’a présenté aucune excuse. Aucune réaction notable de dirigeants africains n’a été enregistrée sur ces différents dossiers, relançant le débat sur la place de l’Afrique dans les grandes discussions internationales.
Pour certains observateurs, cette attitude traduit une posture d’observateur plutôt que d’acteur. « L’Afrique veut être spectatrice mais rarement actrice, ce qui freine son influence », regrettent-ils. D’autres appellent à l’émergence de dirigeants plus engagés, capables de dénoncer toutes les injustices sur la scène mondiale.