Soldats rwandais morts en RDC : le gouvernement de Kagame impose le silence aux familles

Vendredi 6 Février 2026

Entre mars et octobre 2025, le ministère rwandais de la Défense a publié à plusieurs reprises des communiqués appelant les jeunes à intégrer les Forces de défense rwandaises (RDF). Une situation jugée inhabituelle dans ce pays réputé pour la stabilité de son appareil sécuritaire et son armée professionnelle. Pour de nombreux observateurs, ces appels répétés au recrutement viennent indirectement conforter les rapports onusiens faisant état d’un déploiement massif de soldats rwandais en République démocratique du Congo, aux côtés des rebelles du M23.

Selon les Nations unies, entre 4 000 et 7 000 soldats rwandais auraient été engagés sur le sol congolais, notamment dans l’est de la RDC, une région en proie à des affrontements armés persistants. Kigali a toujours rejeté ces accusations, les qualifiant de politiquement motivées.



En septembre 2025, un rapport de Human Rights Watch est venu relancer la controverse. L’organisation y évoque une augmentation significative du nombre de sépultures au cimetière militaire de Kanombe, à Kigali. Sur la base d’analyses d’images satellitaires, le rapport indique que plus de 400 tombes supplémentaires auraient été ajoutées entre décembre 2024 et juillet 2025.

Le gouvernement rwandais a fermement nié tout lien entre ces enterrements et une quelconque implication militaire en RDC. Mais sur le terrain, des familles commencent à briser le silence.

« On nous a demandé de garder le secret »

Sous couvert d’anonymat, un proche d’un soldat décédé témoigne. Son récit jette une lumière crue sur la réalité vécue par certaines familles rwandaises.

« Mon frère et moi, on nous a montré la dépouille de notre petit frère. Il avait le visage couvert de toutes parts, comme si on avait voulu dissimuler des impacts de balle. Au cimetière, on n’était que deux, moi et mon grand frère, et la cérémonie funéraire a été conduite par l’armée. Après, on nous a dit de garder cela secret », confie-t-il.

Le traumatisme a été tel que son frère aîné n’a pas résisté psychologiquement.
« Malheureusement, mon frère n’a pas tenu le coup. Il est aujourd’hui dans un centre psychiatrique », ajoute-t-il.


Ce témoignage est loin d’être isolé. D’autres familles affirment n’avoir jamais été officiellement informées de la mort de leurs proches. Certaines apprennent le décès d’un fils ou d’un frère par l’intermédiaire de camarades de combat, lors d’une permission.

Le silence imposé autour des décès et l’interdiction tacite de faire publiquement le deuil laissent les familles désemparées et craintives.

« Je pense que l’État rwandais devrait permettre aux familles de faire le deuil de leurs proches en tout honneur. Il y a cette peur permanente, notamment pour notre sécurité, parce qu’on est contraint de garder le silence sur quelque chose d’aussi profondément émotionnel que la perte d’un être cher », déplore le même témoin.

Selon plusieurs sources concordantes, les familles endeuillées recevraient, en guise de compensation, deux millions de francs rwandais, soit environ 1 160 euros.



Interrogé sur ces accusations, le porte-parole de l’armée rwandaise, le général Ronald Rwivanga, a répondu par écrit : « C’est une question politique que vous devriez poser aux responsables de la RDC. C’est à eux de répondre, et non à un porte-parole militaire étranger. »

Pourtant, le discours officiel semble évoluer progressivement. Devant le Congrès américain, l’ambassadrice du Rwanda à Washington, Mathilde Mukantabana, a récemment reconnu une forme de présence indirecte, évoquant une « coordination sécuritaire » avec l’AFC-M23.

Selon elle, cette coopération viserait à protéger la population banyamulenge contre toute résurgence de violences à caractère génocidaire dans l’est de la RDC.

Une déclaration qui, pour de nombreux analystes, constitue un aveu à peine voilé de l’implication militaire rwandaise dans le conflit congolais, malgré les dénégations répétées de Kigali.
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