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Sikou Niakaté : « J’ai renoncé au football en club à cause de la taille de mon s£x£ »

Jeudi 22 Janvier 2026

Il rêvait de Manchester United, du maillot rouge frappé du numéro 7, de David Beckham et de Patrice Evra. Comme tant d’enfants, Sikou Niakaté s’est construit dans l’amour du football, ballon au pied, trois heures par jour, dans les rues du XIXᵉ arrondissement de Paris. Grand, très grand même 1,92 m dès le collège mais doté d’une technique rare pour son gabarit, il s’imaginait un avenir sur les terrains, dans le rôle d’un milieu créatif, à la manière d’un Yaya Touré.

À 34 ans, l’auteur et documentariste raconte pourtant un autre parcours. Un itinéraire brisé non par une blessure sportive, mais par un malaise intime, profondément enfoui, qui l’a éloigné à jamais du football en club. En cause : la peur du vestiaire, de la nudité imposée, et le poids écrasant d’une masculinité fantasmée.

« Ce que je cachais allait devenir visible », confie-t-il. L’idée des douches collectives, indissociables de la pratique en club, s’est imposée comme une frontière infranchissable. Derrière cette angoisse, un traumatisme ancien, né dans l’enfance, lorsqu’une moquerie, lancée sur le ton de la plaisanterie, s’est transformée en blessure durable. « Je me dis que je ne suis pas normal, que mon corps n’est pas beau et que je vais devoir le cacher », explique-t-il aujourd’hui.

Plus tard, une scène banale entre adolescents achève de l’enfermer dans la honte. Comparaison forcée, rires, humiliation. « Je suis mort à l’intérieur », résume-t-il. Dès lors, la décision est radicale : ne jamais intégrer un club, ne jamais se confronter au regard des autres dans l’intimité du vestiaire. « Il y en a qui disent qu’ils n’ont pas pu faire carrière parce qu’ils se sont fait les croisés, moi, j’ai eu les croisés du calbar », lâche-t-il, mêlant autodérision et amertume.

Ce renoncement silencieux ne l’empêche pas d’exceller sur le terrain, mais il ferme la porte à toute progression structurée. À l’école déjà, le malaise s’exprimait autrement : absent des cours de natation, refusant la piscine, préférant le zéro à l’exposition de son corps. « En maillot sous la douche ? C’est mort », tranche-t-il.

Ce vécu, Sikou Niakaté a choisi de le transformer en parole publique. Dans son documentaire Dans le noir, les hommes pleurent, il aborde frontalement la question de la taille du sexe et de la virilité, un sujet largement absent du débat public. Les retours qu’il reçoit le surprennent. Ils révèlent une souffrance partagée, longtemps tue. « On appelle ça le “syndrome du vestiaire” », explique-t-il, découvrant qu’il n’était ni seul ni marginal.

À travers son récit, c’est tout un système de normes masculines qui vacille : l’injonction à la performance, la comparaison permanente, l’impossibilité d’exprimer la honte ou la fragilité. Un corps perçu comme une tare peut suffire à écarter un jeune de son rêve, sans bruit, sans blessure visible, mais avec des conséquences durables.

En donnant des mots à cette réalité, Sikou Niakaté ouvre une brèche. Celle d’une masculinité moins rigide, où la vulnérabilité n’est plus synonyme d’échec, et où le vestiaire cesse d’être un lieu de peur pour redevenir un simple passage, et non une épreuve.

Source : L’Équipe

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