Sénégal : Pr Mary Teuw Niane alerte contre un « totalitarisme rampant » et la « terreur intellectuelle »

Dimanche 6 Septembre 2026

Le professeur Mary Teuw Niane tire la sonnette d’alarme sur ce qu’il considère comme l’installation progressive d’une forme de « totalitarisme rampant » au Sénégal. Dans une contribution publiée ce dimanche 6 septembre 2026, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur  et par ailleurs Directeur de Cabinet du Président de la République dénonce les insultes, menaces et campagnes d’intimidation visant ceux qui expriment des opinions divergentes dans l’espace public.


Dans son texte intitulé « Le totalitarisme rampant », Mary Teuw Niane décrit un climat dans lequel certains intellectuels, cadres et religieux seraient pris pour cible en raison de leurs prises de position. « Sous nos yeux s’installe une forme insidieuse de terreur intellectuelle : intimider, salir, insulter, menacer pour réduire au silence les cadres, les intellectuels, les religieux et tous ceux qui osent encore penser librement et contredire », écrit-il.



L’universitaire s’attarde particulièrement sur le rôle des réseaux sociaux. Il dénonce la constitution de groupes numériques qui, selon lui, s'en prennent systématiquement aux voix discordantes. « Une jeunesse est parfois transformée en meute numérique, chargée de traquer la pensée différente, de dénuder les consciences et d’intimider ceux qui refusent la pensée unique », déplore Mary Teuw Niane.

L'ancien recteur de l'Université Gaston Berger estime également que certaines valeurs profondément ancrées dans la société sénégalaise sont aujourd'hui instrumentalisées. « Nos valeurs de kersa, jom, sutura, jub, wer, teral et sella, qui ont longtemps cimenté notre société, sont progressivement détournées de leur sens pour devenir des instruments de coercition et de soumission », affirme-t-il.

De la « terreur intellectuelle » à la « terreur politique »

Pour Mary Teuw Niane, le phénomène dépasse les simples affrontements verbaux sur les réseaux sociaux. Il pourrait, prévient-il, finir par menacer les libertés publiques et le fonctionnement démocratique.

« Lorsqu’une société accepte la terreur intellectuelle, elle ouvre la porte à la terreur politique ; et lorsque la peur devient une méthode de conquête du pouvoir, la liberté deviendra sa première victime », avertit-il.

Le professeur établit également un parallèle avec les méthodes de contestation employées sous l'ancien régime. Selon lui, des pratiques autrefois utilisées pour combattre le pouvoir pourraient désormais se retourner contre les institutions républicaines.

« Ce qui fut dans le passé une arme contre un pouvoir finissant risque aujourd’hui de devenir une arme contre la République elle-même : ses institutions, son État de droit, sa démocratie et, finalement, le mandat souverain confié par le peuple au Président de la République », soutient-il.



Face à ce qu’il décrit comme une montée de l’intimidation, Mary Teuw Niane appelle les citoyens à ne pas renoncer à la contradiction et à la liberté d’expression. « C’est pourquoi refuser le silence est aujourd’hui un devoir civique », lance-t-il. L’universitaire défend une conception du débat public fondée sur la confrontation des idées plutôt que sur les attaques personnelles et les menaces. « Notre tradition n’est pas la soumission. Elle est le débat, la contradiction, la liberté de conscience et le respect de l’autre », affirme-t-il.

Mary Teuw Niane conclut sa contribution par un appel à privilégier les idées et la raison face aux dérives qu’il dénonce. « Opposons donc à la violence des mots la force des idées ; à l’intimidation, le courage ; à la haine, la dignité ; à la confusion, la raison », écrit-il. Et d'appeler à « marcher posément, humblement et humainement pour un Sénégal souverain, juste, démocratique et prospère ».
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