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Scandale ASER-AEE Power : un test de vérité pour la gouvernance au Sénégal (Par Sidy Moctar Cissé)

Lundi 15 Juin 2026

Ce qui n’était au départ qu’un projet d’électrification rurale est en train de se transformer en un véritable test politique pour l’État sénégalais. Le dossier ASER-AEE Power, avec ses 91 milliards de francs CFA en jeu et ses 37 milliards déjà décaissés, dépasse désormais le cadre d’un simple marché public. Il pose une question fondamentale : celle de la réalité de la transparence dans la gestion des ressources publiques.


Attribué à la société AEE Power EPC et financé en partie par la Banco Santander, le projet a connu ses premiers décaissements en juin 2024. Mais très vite, des signaux d’alerte sont apparus. Dès septembre 2024, la banque partenaire exprime des inquiétudes sur l’utilisation des fonds. Dans le même temps, l’Autorité de Régulation de la Commande publique (ARCOP) met en garde contre des irrégularités potentielles, notamment la mise à l’écart jugée injustifiée d’une entreprise sénégalaise.


Malgré ces alertes, aucune clarification publique décisive n’a été apportée. C’est dans ce contexte que le député Thierno Alassane Sall a choisi d’intervenir. À travers une série de prises de parole, il a progressivement construit un réquisitoire structuré contre la gestion du marché. Il évoque un détournement potentiel de 37 milliards de francs CFA, des virements suspects, ainsi que des irrégularités graves dans les garanties du marché, qu’il estime juridiquement nulles au regard du Code CIMA.


Ces accusations, si elles étaient confirmées, ne relèveraient pas d’un simple dysfonctionnement administratif. Elles mettraient en cause la validité même du contrat. Mais au-delà des aspects techniques, le débat a rapidement pris une dimension politique. En interpellant directement les plus hautes autorités, le député a posé une question plus large : celle de la cohérence entre les discours de gouvernance vertueuse et les pratiques effectives.


Face à ces accusations, l’ASER a opté pour une riposte frontale. Rejet des allégations, dénonciation de contre-vérités, mise en cause d’acteurs privés : la stratégie consiste à déplacer le débat, en le présentant comme une controverse alimentée par des intérêts économiques et politiques concurrents. La judiciarisation du dossier, avec des plaintes déposées de part et d’autre, marque une nouvelle étape.


Mais dans l’opinion publique, le doute est désormais installé. Et en matière de gouvernance, le doute est souvent plus corrosif que la preuve. L’affaire ASER-AEE Power révèle ainsi une tension centrale du moment politique sénégalais : celle entre des attentes élevées de transparence et des pratiques administratives encore contestées. Elle met en lumière les fragilités des mécanismes de contrôle, mais aussi les risques d’instrumentalisation politique des dossiers techniques.


En réalité, ce dossier dépasse de loin les chiffres et les contrats. Il pose une question simple : peut-on encore gouverner durablement sans rendre des comptes ? Dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales, chaque zone d’ombre devient un test de crédibilité. Et ce qui est en jeu ici n’est pas seulement l’existence d’irrégularités, mais la capacité de l’État à faire toute la lumière, rapidement et de manière crédible.


Nous voulons rappeler que dans toute démocratie, il existe une limite : celle où le doute s’installe durablement dans l’esprit des citoyens. Une fois cette limite franchie, ce ne sont plus seulement les décisions qui sont contestées, mais la confiance elle-même. L’affaire ASER est un moment de vérité.
Et comme tout moment de vérité, elle appelle une réponse à la hauteur : transparente, responsable et assumée. À défaut, ce ne sont pas seulement les institutions qui seront fragilisées, mais le lien même entre l’État et les citoyens. 
Sidy Moctar Cissé
Responsable des cadres de la LD Debout

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