Retour des coupures : ce qui se passe réellement dans le secteur de l’électricité

Vendredi 18 Septembre 2026

Les coupures d’électricité enregistrées depuis quelques semaines au Sénégal suscitent de plus en plus de désagréments chez les populations, dans un contexte marqué par de fortes chaleurs. Pour Mouhamed Habib Aïdara, secrétaire général du Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (Sutelec), la situation s’explique principalement par trois facteurs : le retard dans le calendrier du gaz, une demande d’électricité supérieure aux prévisions et les difficultés d’approvisionnement des centrales en combustible.



Selon le syndicaliste, la stratégie de production de la Senelec avait été élaborée en anticipant l’arrivée du gaz domestique. Certaines unités ont ainsi été converties pour fonctionner au gaz, tandis que la centrale de West African Energy a également été conçue dans cette perspective.

Mais le calendrier initialement prévu, notamment pour le gaz attendu du projet Yakaar-Teranga, n’a pas été respecté. « Nous nous retrouvons donc avec des capacités de production dont le modèle de fonctionnement avait été pensé en anticipant une disponibilité du gaz qui n’est toujours pas effective », explique Mouhamed Habib Aïdara.

Cette situation contraint, selon lui, à maintenir ou adapter temporairement certaines installations au fioul, avec des conséquences techniques, logistiques et financières.

Une demande qui atteint 1 400 MW

Le deuxième facteur concerne la forte progression de la consommation d’électricité. D’après le secrétaire général du Sutelec, les prévisions avaient été établies sur une pointe d’environ 1 250 MW, alors que la demande a finalement atteint 1 400 MW.

Un écart de 150 MW, soit environ 12 % par rapport aux prévisions. « Dès lors, même lorsque l’ensemble du parc disponible fonctionne normalement, le système dispose de beaucoup moins de marge pour absorber la pointe de consommation », souligne-t-il. Les arrêts pour maintenance ou les éventuelles indisponibilités techniques peuvent alors accentuer les difficultés.

Des stocks de combustible jugés fragiles

À ces deux difficultés s’ajoute l’approvisionnement en combustible. Tant que le gaz domestique n’est pas disponible, explique Mouhamed Habib Aïdara, les centrales restent dépendantes du fioul et doivent être approvisionnées en permanence.

« Lorsque les stocks disponibles offrent une autonomie très précaire, le système devient vulnérable. Tout retard ou toute difficulté dans l’approvisionnement peut entraîner une réduction de la production, voire l’arrêt temporaire de certaines unités », prévient-il.

Pour le responsable syndical, les coupures actuelles résultent donc de la combinaison « d’un calendrier gazier qui s’est décalé, d’une demande qui a dépassé les prévisions et d’une sécurité d’approvisionnement en combustible qui reste fragile ».

Le Sutelec interpelle l’État

Pour sortir de cette situation, Mouhamed Habib Aïdara estime nécessaire de sécuriser immédiatement l’approvisionnement en combustible, de renforcer les capacités de production et de revoir la planification en fonction du calendrier réel du programme Gas-to-Power.

Le syndicaliste prévient que les coupures pourraient perdurer si l’approvisionnement des centrales n’est pas sécurisé. Il met directement en cause les autorités : « La responsabilité des autorités est entière », affirme-t-il, soulignant que le Fonds de soutien à l’énergie (FSE), logé au niveau du Secrétariat permanent à l’Énergie du ministère de l’Énergie et du Pétrole, intervient dans la gestion des approvisionnements des centrales.


avec senexeb
exclusif net
Dans la même rubrique :