Rejet de la LFR : « Diomaye va dissoudre l’Assemblée nationale », selon le journaliste Cheikh Omar Diallo

Mardi 3 Novembre 2026

Le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par les députés de PASTEF pourrait ouvrir la voie à une nouvelle crise institutionnelle au Sénégal. Dans une analyse consacrée aux conséquences juridiques et politiques de ce vote, le juriste-politiste Dr Cheikh Omar Diallo estime que la confrontation entre l'exécutif et la majorité parlementaire risque de s'intensifier lors de l'examen du budget 2027. Selon lui, une dissolution de l'Assemblée nationale apparaît désormais comme une issue probable, voire « inévitable », au cours du premier trimestre 2027.

Le rejet de la loi de finances rectificative 2026, intervenu ce mardi 3 novembre à l'Assemblée nationale, continue de susciter des analyses sur les rapports entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire.

Avec 109 voix contre le projet, 20 pour et trois abstentions, les députés ont mis un terme à l'examen du collectif budgétaire présenté par le gouvernement.

Pour le Dr Cheikh Omar Diallo, juriste-politiste, docteur en science politique et fondateur de l'EAO, cette décision dépasse largement le cadre d'un simple désaccord sur les finances publiques.

« Le verdict est net. L'État, lui, continue. Mais derrière le désaccord budgétaire se dessine une épreuve de pouvoir : jusqu'où l'exécutif peut-il conduire sa politique face à une majorité parlementaire qui lui refuse les moyens de l'ajuster ? », s'interroge-t-il.

« Le Parlement a refusé une correction ; il n'a pas effacé le budget »

Dans son analyse, Cheikh Omar Diallo tient d'abord à clarifier les conséquences juridiques du rejet de la LFR 2026.

Selon lui, le vote des députés ne signifie nullement que l'État se retrouve sans budget ni que le gouvernement perd automatiquement sa capacité d'action.

« Une loi de finances rectificative modifie un budget déjà adopté. Son rejet laisse subsister les autorisations existantes, dans les limites du droit, sans accorder les nouvelles. Le Parlement a refusé une correction ; il n'a pas effacé le budget », explique-t-il.

Le juriste rappelle également que l'article 47 de la loi organique relative aux lois de finances impose au gouvernement de soumettre une rectificative au Parlement dans certaines circonstances, notamment en cas de bouleversement des équilibres budgétaires. Toutefois, cette obligation ne garantit pas l'adoption du texte. « Le Gouvernement soumet ; le Parlement décide », tranche-t-il. Pour Cheikh Omar Diallo, le rejet de la LFR ne peut donc être assimilé à une paralysie immédiate de l'État.

Pas de démission automatique du gouvernement

Le spécialiste des institutions écarte également l'hypothèse selon laquelle le rejet du collectif budgétaire entraînerait automatiquement la démission du gouvernement. Il souligne que la responsabilité gouvernementale obéit à des procédures constitutionnelles spécifiques, distinctes du vote d'une loi de finances rectificative.

« Le rejet n'entraîne, par lui-même, ni la démission du Gouvernement ni l'obligation de solliciter la confiance des députés », précise-t-il.

Il estime ainsi qu'une éventuelle motion de censure devrait faire l'objet d'une initiative parlementaire autonome. « Le vote a tranché le sort d'un texte, non celui du Gouvernement », insiste-t-il, avant de conclure cette partie de son raisonnement par une formule : « Chapitre clos ! »

Le véritable danger se situe dans la trésorerie et la confiance des partenaires

Au-delà des considérations juridiques, Cheikh Omar Diallo attire l'attention sur les conséquences économiques que pourrait provoquer la persistance du conflit entre le gouvernement et les députés. Selon lui, la capacité de l'État à poursuivre ses activités ne repose pas uniquement sur les autorisations budgétaires, mais également sur les ressources financières réellement disponibles.

« Une autorisation budgétaire ne remplit pas les caisses du Trésor. Le droit permet de dépenser ; la trésorerie permet de payer », souligne-t-il. Le juriste estime que les partenaires techniques et financiers accordent une importance particulière à la stabilité des institutions et à la prévisibilité des décisions budgétaires.

Une succession de solutions provisoires pourrait, selon son analyse, préserver temporairement le fonctionnement des administrations tout en fragilisant la crédibilité financière du Sénégal.

« La prochaine bataille sera donc la LFI 2027 »

Pour Cheikh Omar Diallo, le véritable test politique interviendra lors de l'examen du projet de loi de finances initiale pour l'année 2027. Contrairement à la rectificative, qui vise à ajuster un budget déjà voté, la loi de finances initiale engage les principales orientations économiques et sociales de l'année suivante.

« La prochaine bataille sera donc la LFI 2027. Avec elle, le conflit change d'échelle », prévient-il. Il considère que le gouvernement devra trouver les moyens de faire adopter ses priorités, tandis que les députés de PASTEF devront justifier leurs choix et proposer des alternatives crédibles.

« Pour l'exécutif, l'enjeu sera de convertir une proposition budgétaire en accord parlementaire. Pour la majorité PASTEF, il s'agira de donner un contenu à son refus : quels arbitrages alternatifs, quelles recettes, quelles économies ? », interroge-t-il.

L'article 68 de la Constitution au cœur des prochaines confrontations

Le juriste évoque également les mécanismes constitutionnels susceptibles d'être mobilisés si le désaccord persiste. Il cite notamment l'article 68 de la Constitution, qui prévoit, sous certaines conditions, la possibilité de mettre en vigueur par décret un projet de loi de finances qui n'aurait pas été définitivement voté à l'expiration du délai constitutionnel de soixante jours.

Cette disposition organise également des mécanismes de continuité budgétaire lorsque la loi de finances de l'année ne peut entrer en vigueur avant le début de l'exercice.

Mais Cheikh Omar Diallo souligne qu'une difficulté d'interprétation pourrait apparaître en cas de rejet explicite et définitif du texte.

« Un projet expressément et définitivement rejeté peut-il être traité comme un projet qui n'a pas été définitivement voté ? », s'interroge-t-il.

Pour lui, cette question nécessite une véritable analyse juridique et ne saurait être réglée par de simples déclarations politiques.

Il rappelle surtout que le recours à un mécanisme constitutionnel ne permet pas nécessairement de résoudre le conflit politique. « Mais un décret, même juridiquement fondé, ne crée pas une majorité », avertit-il.

Une dissolution de l'Assemblée nationale au premier trimestre 2027 ?

C'est sur ce terrain que Cheikh Omar Diallo envisage une issue politique majeure : la dissolution de l'Assemblée nationale.

Selon lui, si les divergences persistent et compromettent l'adoption des prochaines lois budgétaires, le président de la République pourrait être amené à solliciter un nouvel arbitrage populaire.

« Tout porte à penser que le Président de la République demandera aux électeurs de recomposer le rapport de force », avance-t-il. Le juriste estime toutefois qu'une telle décision ne constituerait pas une solution automatique à la crise.

Une dissolution obligerait les différentes forces politiques à expliquer leurs positions devant les électeurs et à présenter des propositions permettant de sortir de l'impasse institutionnelle. « La LFR vient de mesurer le rapport de force. La LFI 2027 dira s'il reste encore un espace pour le compromis », analyse-t-il.

Avant de conclure par une prévision particulièrement forte : « Dans cette configuration, la dissolution devient inévitable… Sa pertinence se mesurera à la possibilité de sortir du conflit et pas seulement à celle de déplacer l'affrontement devant les électeurs, dans le premier trimestre 2027. »
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