Autrice et éditrice, Fatimé Raymonne Habré est aussi passionnée de football. Dans l’émission littéraire ‘’L’Entretien’’ sur la 2STV, l’ex-Première Dame du Tchad livre son analyse sur dernière finale de la Coupe d’Afrique des Nations et ses différentes péripéties. Pour la juriste de formation, ce qui s’est passé lors de la finale de la CAN ‘’est extrêmement grave’’.
‘’Pour comprendre un peu ce qu'il y a derrière cette affaire, et qui explique l'attitude du Maroc, c'est qu'aujourd'hui, le football, ce n'est plus un divertissement. Le football est devenu un élément de stratégie pour un rayonnement international pour le Maroc. Ce pays a organisé cette CAN, avec des investissements massifs, avec des infrastructures, avec aussi tout un récit national qui a été écrit, autour d'une grosse propagande, autour de l'idée que le Maroc est la locomotive de l'Afrique, en Afrique régionale, sur le plan des banques, sur le plan économique, sur le plan de la diplomatie religieuse aussi’’, indique Fatimé Raymonne Habré.
‘’Le refus du prince marocain de remettre le trophée à l'équipe de Sadio Mané, est l'acte 1 de la crise diplomatique’’
Et d’ajouter : ‘’Donc cela veut dire que le Maroc a construit une histoire qui était de dire qu'il y a un sentiment d'exceptionnalisme, une espèce d'invincibilité, et que nous allons gagner. Et ce jour-là, le Maroc, quand il arrive sur le terrain, le Sénégal est arrivé pour jouer la finale et prendre le trophée. Mais le Maroc, ce n'est pas seulement le trophée. Le Maroc est venu pour dérouler et valider son statut de géant africain et arabe. Donc il y a eu toute cette histoire qui est derrière, et qui fait que ce sentiment d'exceptionnalisme et d'invincibilité a été heurté, ce récit-là, national, s’est heurté à la réalité du terrain. Il ne s'agit plus de sport, ce n'est plus un divertissement. Donc la réalité du terrain les rattrape, et ils sont battus, écrasés’’.
A son avis, ‘’le refus du prince marocain de prendre le trophée et de le remettre à l'équipe de Sadio Mané, est l'acte 1 de la crise diplomatique’’. ‘’C'est incroyable, parce que cet homme, c'est un prince. Ça veut dire que dès l'âge de 6 ans, il est éduqué à respecter le protocole. Il est formaté pour ça. Toute sa vie, c'est le protocole. Ses relations avec sa famille, ses relations avec son entourage, avec le personnel. Toute sa vie, c'est le protocole. Et le voilà qui arrive et qui refuse d'exécuter ce protocole. Moi, je trouve que cet acte était un acte très violent et devant 60 000 supporters marocains et devant les caméras du monde entier. 180 pays ont suivi la CAN’’, assène Mme Habré.
Avant de se dire choquée par la question des supporters sénégalais. ‘’L'arbitre siffle et le Sénégal gagne. Les supporters, qu'est-ce qu'ils font ? Tout le monde saute et danse. Eux, ils ne sont pas dans la bagarre, ils n'ont rien à faire dans la bagarre. Eux, ils chantent, ils dansent, ils jubilent, tout simplement. Mais quand les gens voient la plus haute autorité du pays sur le terrain qui dit ‘je ne donne pas la coupe, je refuse’. Ça pose problème. Le prince rejette immédiatement et totalement cette défaite. Les 60 000 supporters marocains le voient. Donc, ils disent ‘notre prince a rejeté, nous aussi, on manifeste, nous aussi, on attaque’. C'est Dieu qui les a sauvés. On a vu des photos extraordinaires où tu as des gaillards qui leur donnent des coups de poings. Ces gaillards-là sont des éléments de la sécurité’’, souligne l’autrice du roman ‘’Le fils de Symbil’’.
Pour Mme Habré, ‘’le Maroc n'était pas venu pour jouer simplement la coupe. Il voulait valider son statut de locomotive du continent, de la sous-région. Et donc, ça veut dire que la défaite a été rejetée’’. ‘’Pour les Marocains, leur défaite face au Sénégal est une anomalie politique à corriger. C'est ça qui explique tout cet investissement, ce lobbying médiatique, ces recours juridiques auprès du Tribunal arbitraire du sport. Vous savez, moi, je ne crois ni au droit dans ce monde d'aujourd'hui ni à la vérité ni à la justice. Je sais que c'est un monde du pouvoir de l'argent, un monde de lobbies, de réseaux, un monde de la diplomatie souterraine. Vous savez que si le Maroc est allé chercher la coupe-là, pour la récupérer deux mois après, auprès de la CAF, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils savent que le Sénégal, qui s'est battu corps et âme pour prendre cette coupe sportivement sur le terrain, n'allait pas rester tranquille, dormir, parce qu'ils avaient toute la légitimité de contester cette action. J'ai même regardé la jurisprudence du tribunal arbitral. Ils n'ont jamais géré ce genre d'affaire’’, affirme l’écrivaine.
Et elle ne manque pas de pointer ‘’la défaillance totale de la CAF’’. Pour Mme Habré, ‘’il y a eu trois précédents très dangereux’’.
‘’Le premier précédent dangereux, c'est la première fois qu'un pays gagne une coupe sportivement et qu'on fasse des recours administratifs pour pouvoir récupérer une coupe deux mois après. Ça, c'est du jamais vu. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, maintenant, l'arbitre n'est plus le maître du terrain. C'est-à-dire que, demain, la coupe du monde, on pourra aussi encore aller chercher une coupe deux mois après, dans un recours administratif. C'est un dangereux précédent. Et là, on n'a pas entendu la CAF. Autre dangereux précédent, c'est le fait de prendre en otage des supporters. Mais, demain, le Maroc va se déplacer aussi, non ? Donc, le Maroc, s'il se déplace maintenant, il montre quoi ? Vous êtes pays organisateur. Vous avez la responsabilité de la sécurité des gens, mais vous laissez les débordements. Votre plus haute autorité, c'est elle qui déclenche les hostilités. Et maintenant, vous prenez les jeunes-là en otage’’, déclare-t-elle. Le troisième grave précédent, selon elle, ‘’c'est le refus d'exécuter le protocole’’.
(Vox Populi)
‘’Pour comprendre un peu ce qu'il y a derrière cette affaire, et qui explique l'attitude du Maroc, c'est qu'aujourd'hui, le football, ce n'est plus un divertissement. Le football est devenu un élément de stratégie pour un rayonnement international pour le Maroc. Ce pays a organisé cette CAN, avec des investissements massifs, avec des infrastructures, avec aussi tout un récit national qui a été écrit, autour d'une grosse propagande, autour de l'idée que le Maroc est la locomotive de l'Afrique, en Afrique régionale, sur le plan des banques, sur le plan économique, sur le plan de la diplomatie religieuse aussi’’, indique Fatimé Raymonne Habré.
‘’Le refus du prince marocain de remettre le trophée à l'équipe de Sadio Mané, est l'acte 1 de la crise diplomatique’’
Et d’ajouter : ‘’Donc cela veut dire que le Maroc a construit une histoire qui était de dire qu'il y a un sentiment d'exceptionnalisme, une espèce d'invincibilité, et que nous allons gagner. Et ce jour-là, le Maroc, quand il arrive sur le terrain, le Sénégal est arrivé pour jouer la finale et prendre le trophée. Mais le Maroc, ce n'est pas seulement le trophée. Le Maroc est venu pour dérouler et valider son statut de géant africain et arabe. Donc il y a eu toute cette histoire qui est derrière, et qui fait que ce sentiment d'exceptionnalisme et d'invincibilité a été heurté, ce récit-là, national, s’est heurté à la réalité du terrain. Il ne s'agit plus de sport, ce n'est plus un divertissement. Donc la réalité du terrain les rattrape, et ils sont battus, écrasés’’.
A son avis, ‘’le refus du prince marocain de prendre le trophée et de le remettre à l'équipe de Sadio Mané, est l'acte 1 de la crise diplomatique’’. ‘’C'est incroyable, parce que cet homme, c'est un prince. Ça veut dire que dès l'âge de 6 ans, il est éduqué à respecter le protocole. Il est formaté pour ça. Toute sa vie, c'est le protocole. Ses relations avec sa famille, ses relations avec son entourage, avec le personnel. Toute sa vie, c'est le protocole. Et le voilà qui arrive et qui refuse d'exécuter ce protocole. Moi, je trouve que cet acte était un acte très violent et devant 60 000 supporters marocains et devant les caméras du monde entier. 180 pays ont suivi la CAN’’, assène Mme Habré.
Avant de se dire choquée par la question des supporters sénégalais. ‘’L'arbitre siffle et le Sénégal gagne. Les supporters, qu'est-ce qu'ils font ? Tout le monde saute et danse. Eux, ils ne sont pas dans la bagarre, ils n'ont rien à faire dans la bagarre. Eux, ils chantent, ils dansent, ils jubilent, tout simplement. Mais quand les gens voient la plus haute autorité du pays sur le terrain qui dit ‘je ne donne pas la coupe, je refuse’. Ça pose problème. Le prince rejette immédiatement et totalement cette défaite. Les 60 000 supporters marocains le voient. Donc, ils disent ‘notre prince a rejeté, nous aussi, on manifeste, nous aussi, on attaque’. C'est Dieu qui les a sauvés. On a vu des photos extraordinaires où tu as des gaillards qui leur donnent des coups de poings. Ces gaillards-là sont des éléments de la sécurité’’, souligne l’autrice du roman ‘’Le fils de Symbil’’.
Pour Mme Habré, ‘’le Maroc n'était pas venu pour jouer simplement la coupe. Il voulait valider son statut de locomotive du continent, de la sous-région. Et donc, ça veut dire que la défaite a été rejetée’’. ‘’Pour les Marocains, leur défaite face au Sénégal est une anomalie politique à corriger. C'est ça qui explique tout cet investissement, ce lobbying médiatique, ces recours juridiques auprès du Tribunal arbitraire du sport. Vous savez, moi, je ne crois ni au droit dans ce monde d'aujourd'hui ni à la vérité ni à la justice. Je sais que c'est un monde du pouvoir de l'argent, un monde de lobbies, de réseaux, un monde de la diplomatie souterraine. Vous savez que si le Maroc est allé chercher la coupe-là, pour la récupérer deux mois après, auprès de la CAF, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils savent que le Sénégal, qui s'est battu corps et âme pour prendre cette coupe sportivement sur le terrain, n'allait pas rester tranquille, dormir, parce qu'ils avaient toute la légitimité de contester cette action. J'ai même regardé la jurisprudence du tribunal arbitral. Ils n'ont jamais géré ce genre d'affaire’’, affirme l’écrivaine.
Et elle ne manque pas de pointer ‘’la défaillance totale de la CAF’’. Pour Mme Habré, ‘’il y a eu trois précédents très dangereux’’.
‘’Le premier précédent dangereux, c'est la première fois qu'un pays gagne une coupe sportivement et qu'on fasse des recours administratifs pour pouvoir récupérer une coupe deux mois après. Ça, c'est du jamais vu. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, maintenant, l'arbitre n'est plus le maître du terrain. C'est-à-dire que, demain, la coupe du monde, on pourra aussi encore aller chercher une coupe deux mois après, dans un recours administratif. C'est un dangereux précédent. Et là, on n'a pas entendu la CAF. Autre dangereux précédent, c'est le fait de prendre en otage des supporters. Mais, demain, le Maroc va se déplacer aussi, non ? Donc, le Maroc, s'il se déplace maintenant, il montre quoi ? Vous êtes pays organisateur. Vous avez la responsabilité de la sécurité des gens, mais vous laissez les débordements. Votre plus haute autorité, c'est elle qui déclenche les hostilités. Et maintenant, vous prenez les jeunes-là en otage’’, déclare-t-elle. Le troisième grave précédent, selon elle, ‘’c'est le refus d'exécuter le protocole’’.
(Vox Populi)