Recrutement de 300 universitaires Sénégalais : la Guinée revendique une stratégie pour renforcer son capital humain

Vendredi 6 Mars 2026

La polémique sur le recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais par la Guinée connaît un nouveau rebondissement. Deux mois après les inquiétudes exprimées à Dakar, les autorités guinéennes ont publiquement défendu leur stratégie visant à attirer des compétences venues de toute l’Afrique pour renforcer leur système d’enseignement supérieur.

En début d’année 2026, le ministre sénégalais de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Pr Daouda Ngom, avait tiré la sonnette d’alarme après le recrutement de 59 enseignants-chercheurs sénégalais dans la fonction publique guinéenne, dans le cadre d’un appel à candidatures portant sur 300 postes.

Parmi ces recrues figuraient 9 professeurs titulaires, 6 professeurs assimilés et 3 maîtres de conférences titulaires. Certains occupaient des postes stratégiques au sein des universités sénégalaises, notamment des directions d’Unités de formation et de recherche (UFR) ou d’écoles doctorales. Face à ce mouvement, le ministre sénégalais avait dénoncé une « fuite de cerveaux organisée ».

Si cette situation avait suscité de vives réactions au Sénégal, les autorités guinéennes étaient restées jusque-là relativement discrètes, même si une délégation guinéenne s’était rendue à Dakar pour tenter d’apaiser les tensions et aplanir les divergences entre les deux pays.

Mais près de deux mois plus tard, Conakry a décidé d’assumer ouvertement sa politique de recrutement. Ce mardi 3 mars 2026, la Guinée a officiellement accueilli 300 nouveaux enseignants-chercheurs et chercheurs lors d’une cérémonie organisée à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, en présence du Premier ministre Bah Oury.

Dans son allocution, le chef du gouvernement guinéen a expliqué la philosophie qui guide cette politique de recrutement, centrée sur la valorisation du capital humain et l’ouverture aux compétences venues d’Afrique et d’ailleurs.

« Investir dans le capital humain, inviter des chercheurs africains et d’autres continents à venir apporter leur contribution à la formation de nos jeunes : c’est le processus de construction d’une nouvelle élite que nous sommes en train d’engager. Par votre présence, vous participez à l’émergence d’un pays africain qui veut aller de l’avant et briser plusieurs plafonds. Nous vous en remercions avec une profonde émotion », a déclaré Bah Oury.

Sans citer directement le Sénégal, le Premier ministre guinéen a tenu à répondre aux critiques évoquant une volonté de provoquer une fuite des cerveaux dans les pays voisins.

« Je sais que certains pensent que nous voulons vider les cerveaux d’autres pays. Mais, au contraire, nous formons un même ensemble. Nous ne pouvons pas nous développer de manière isolée. Les disparités ne permettent pas une évolution globale si elles persistent », a-t-il souligné.

Reconnaissant que la Guinée accuse encore un certain retard dans le domaine de l’enseignement supérieur, Bah Oury a insisté sur la nécessité d’élever le niveau académique des étudiants guinéens afin de leur permettre de rivaliser avec leurs homologues de la sous-région.

« Nous devons œuvrer pour élever le niveau de nos enfants, de nos étudiants, afin qu’ils puissent rivaliser avec leurs homologues des pays africains limitrophes », a-t-il affirmé.

Le chef du gouvernement guinéen a également plaidé pour une coopération académique renforcée à l’échelle régionale, appelant à dépasser les frontières nationales dans la structuration de la recherche et de l’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest.

« Pourquoi compartimenter nos universités et nos centres de recherche ? Pourquoi ne pas les mettre en réseau et créer davantage de centres spécialisés, indépendamment des frontières ? », a-t-il interrogé.

S’adressant enfin aux nouveaux enseignants-chercheurs, Bah Oury a souligné que cette initiative dépasse le seul cadre de la Guinée et s’inscrit dans une vision plus large pour le continent.

« Ce qui est entrepris aujourd’hui constitue une contribution à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Ne pouvons-nous pas, progressivement, faire abstraction des nationalités pour mettre la matière grise au service du continent, là où elle est utile ? Nous finirons par y parvenir, si Dieu le veut. La Guinée, aujourd’hui, est ambitieuse », a-t-il conclu.
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