Quand le débat politique s’égare dans l’attaque personnelle (Par Ibrahima Faye)

Lundi 28 Septembre 2026

La récente sortie de M. Waly Diouf Bodian ancien Directeur du Port autonome de Dakar contre M. Yankhoba Diémé, ministre des Forces armées, appelle une réponse, non pas par esprit de revanche, mais parce que le débat politique mérite davantage de hauteur.
 
Il est particulièrement intéressant de constater que ces attaques interviennent au moment où le ministre Yankhoba Diémé effectue une tournée politique  pour le compte KIIRAAYE depuis le 27 aout  dans différentes localités de la Casamance. Cette tournée lui permet de rencontrer les populations, les responsables locaux et les acteurs politiques afin d’échanger directement sur les réalités et les préoccupations de la région.
 
À mesure que cette tournée avance, le ton des critiques dirigées contre lui semble monter d’un cran. Pour ses proches et ceux qui observent cette séquence politique, cette concomitance mérite d’être relevée. Le curseur des attaques et des insultes semble évoluer au même rythme que la mobilisation suscitée par la tournée.
 
Mais une chose doit être rappelée : le succès ou la portée d’une tournée politique ne se mesure pas à la violence des réactions qu’elle provoque, mais à la capacité d’un responsable à aller à la rencontre des citoyens et à porter un message politique.
 
On peut contester les choix de Yankhoba Diémé, critiquer son action ou désapprouver ses positions. C’est le jeu normal de la démocratie. Mais lorsque la critique quitte le terrain des idées pour s’aventurer dans les attaques personnelles, les insinuations et les récits difficiles à vérifier, elle perd une grande partie de sa portée politique.
 
Présenter le ministre Yankhoba Diémé comme un « poltron » et évoquer des épisodes personnels pour tenter de le discréditer ne constitue ni un argument politique ni une démonstration. De telles affirmations doivent, comme toute accusation personnelle, pouvoir être établies par des faits vérifiables.
 
Il faut surtout rappeler une chose : le courage politique ne se mesure ni aux invectives, ni au volume de la voix, ni à la virulence d’un texte publié sur les réseaux sociaux. Il se mesure à la capacité d’assumer ses responsabilités, ses convictions et ses choix.
 
M. Bodian évoque également une prétendue trahison de Yankhoba Diémé à l’égard d’Ousmane Sonko et de PASTEF. Sur ce point, nous devons être clairs : parler de trahison est faux. Yankhoba Diémé n’a pas choisi la trahison ; il a choisi la vérité, ses convictions et ce qu’il estime être juste.
 
En politique, les divergences existent. Des trajectoires peuvent se séparer et des choix politiques peuvent évoluer. Mais toute divergence ne peut pas être automatiquement qualifiée de trahison. Une telle accusation mérite d’être confrontée aux faits, aux déclarations publiques et au parcours réel de l’intéressé.
 
Aujourd’hui, Yankhoba Diémé exerce une responsabilité républicaine majeure en tant que ministre des Forces armées. Cette fonction impose naturellement responsabilité, retenue et sens de l’État. Elle ne saurait toutefois priver l’homme politique de son droit à défendre ses convictions et à participer au débat public.
 
Ceux qui connaissent Yankhoba Diémé savent qu’il n’a pas besoin d’insultes pour défendre ses positions. On peut ne pas être d’accord avec lui, mais on peut également reconnaître à chacun le droit d’assumer ses choix politiques.
 
À ceux qui pensent qu’en s’attaquant à sa personne ils affaibliront son engagement, je dirai simplement ceci : les attaques personnelles sont éphémères ; les convictions, elles, demeurent.
 
Yankhoba Diémé peut être critiqué. Il peut être contredit. Il peut être interpellé publiquement sur son action politique. Mais la contradiction gagnerait à porter sur ses idées, ses décisions, son bilan et sa vision pour la Casamance.
 
La Casamance mérite mieux que les querelles de personnes. Elle mérite un débat politique à la hauteur de ses aspirations : emploi, développement, infrastructures, éducation, agriculture, paix, sécurité et perspectives pour la jeunesse.
 
La tournée politique de Yankhoba Diémé continuera donc à susciter le débat. C’est normal en démocratie. Mais lorsque le débat devient une succession d’invectives, il appartient aux acteurs politiques et aux intellectuels de ramener la discussion vers l’essentiel.
 
Car en politique, la meilleure réponse à une attaque n’est pas nécessairement une attaque plus forte. C’est la capacité à rester debout, à poursuivre son chemin et à laisser les populations juger sur les actes et les convictions.
 
Ibrahima FAYE
ibrahimalafayette@gmail.com
 
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