Quand le Président Bassirou Diomaye Faye regarde vers l’Est (Par Dr Seydou Kanté)

Dimanche 1 Février 2026

Tambacounda et Kédougou, corridors de prospérité et pivots du Sénégal de demain


L’Est, nouveau référentiel du développement national
La tournée du Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, dans les régions de Tambacounda et de Kédougou, du 5 au 9 février 2026, intervient à un moment décisif de l’histoire nationale. Elle dépasse le cadre d’une visite institutionnelle pour poser une question stratégique majeure : quel territoire peut aujourd’hui porter un nouveau référentiel de développement pour le Sénégal ? La réponse s’impose avec évidence : l’avenir du pays s’écrit à l’Est.

Longtemps perçues comme périphériques, Tambacounda et Kédougou sont en réalité des territoires centraux par leur géographie, structurants par leurs ressources et décisifs par leur potentiel humain. Elles concentrent aujourd’hui des leviers déterminants de souveraineté économique, de sécurité régionale et de cohésion nationale, à l’heure où les équilibres sahéliens et ouest-africains se recomposent profondément.

Une frontière vivante, cœur géopolitique de l’Afrique de l’Ouest
L’Est du Sénégal constitue d’abord une frontière vivante et stratégique. Tambacounda et Kédougou sont en contact direct avec le Mali, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée. Aucune autre région du Sénégal ne concentre une telle densité d’interconnexions sous-régionales.

Dans ce contexte, l’Est n’est pas une marge à assister, mais une ligne avancée de souveraineté, un carrefour de flux commerciaux, humains et culturels, et un pivot naturel de l’intégration ouest-africaine.

Tambacounda, masse territoriale et vocation logistique
Tambacounda incarne pleinement cette centralité. Avec une superficie d’environ 42 600 km², soit près de 22 % du territoire national, elle est la plus vaste région du Sénégal. Sa population avoisine un million d’habitants, majoritairement jeune, constituant un réservoir humain considérable.


Cette combinaison rare de masse territoriale, de dynamique démographique et de position centrale fait de Tambacounda une plateforme logistique naturelle, appelée à jouer un rôle clé dans la production, la transformation, le stockage et la redistribution à l’échelle nationale et sous-régionale.
 
 
Chemin de fer et port sec
Cette vocation logistique ne peut cependant être pleinement réalisée sans une vision cohérente et continue des infrastructures structurantes, dans le respect du principe fondamental selon lequel l’État est une continuité.
À ce titre, la reprise et la modernisation du chemin de fer Dakar-Bamako constituent un enjeu stratégique majeur. Cet axe historique n’est pas seulement une infrastructure de transport ; il est un outil de souveraineté économique, de compétitivité régionale et d’intégration avec l’hinterland sahélien.


Sa réactivation, couplée à la mise en service effective d’un terminal à conteneurs (port sec) à Tambacounda, permettrait de positionner durablement la région comme un nœud logistique continental, réduisant les coûts de transit, fluidifiant les échanges et renforçant l’attractivité du Sénégal dans les chaînes de valeur régionales.


Terres arables et réseaux hydriques : le socle productif de l’Est
La force de l’Est repose également sur son exceptionnel potentiel agro-hydrique. Tambacounda et Kédougou concentrent plus d’un million d’hectares de terres arables, encore insuffisamment valorisées. Elles sont traversées par un réseau hydrique stratégique comprenant le fleuve Sénégal et son affluent la Falémé, le fleuve Gambie et ses nombreux affluents, qui irriguent les deux régions.


À cela s’ajoute la vallée du Mamacounda, aujourd’hui largement asséchée - près de dix mois sur douze - qui traverse la ville de Tambacounda et dont la revitalisation hydraulique et écologique pourrait transformer durablement l’agriculture urbaine, la gestion des eaux pluviales, la résilience climatique et la qualité de vie des populations.


Agropole de l’Est : du coton brut à la souveraineté industrielle
Dans ce cadre, le développement de l’Agropole de l’Est doit s’appuyer sur des cultures stratégiques telles que les céréales, les bananes et surtout le coton, culture historique et identitaire de la région. Mais l’avenir ne peut se limiter à l’égrenage.
Il appelle la création d’unités de semi-transformation et de transformation industrielle du coton, en complément de l’actuelle usine d’égrenage de la SODEFITEX. Cette montée en gamme est essentielle pour capter davantage de valeur ajoutée, créer des emplois industriels durables et inscrire l’Est dans une logique de souveraineté productive.

Dans cette perspective, le transfert de la Direction générale de la SODEFITEX à Tambacounda apparaît comme une décision stratégique de cohérence territoriale et économique. Installer le centre décisionnel de la filière cotonnière au cœur même de son principal bassin de production renforcerait l’efficacité opérationnelle, rapprocherait la gouvernance des producteurs et consacrerait Tambacounda comme capitale nationale du coton, au service d’une industrialisation endogène et équitable.


 
Kédougou, mines stratégiques et économie verte
Kédougou, pour sa part, incarne la dimension minière et écologique de ce nouveau référentiel. La région abrite d’importantes mines d’or, mais aussi des gisements de fer du Sénégal Oriental, encore sous-exploités, ainsi que du marbre et d’autres minerais stratégiques. L’enjeu n’est pas seulement l’extraction, mais une exploitation responsable, intégrant transformation locale, protection environnementale et bénéfices tangibles pour les populations.


Cette ambition minière s’inscrit dans un écosystème naturel et culturel exceptionnel, dominé par le Parc national du Niokolo-Koba, les cascades de Dindéfelo et le pays Bassari, fondant les bases d’une économie verte et touristique durable.


Former pour transformer : l’Université du Sénégal Oriental
À cette équation territoriale s’ajoute un levier décisif : le capital humain. L’achèvement à plus de 80 % des travaux de l’Université du Sénégal Oriental constitue une rupture historique. Dans une logique de continuité de l’État, il est aujourd’hui impératif d’accélérer la finition de cette université afin que les enseignements puissent démarrer dès la rentrée universitaire 2026-2027.


Former à Tambacounda, produire du savoir à partir de l’Est, c’est corriger durablement les déséquilibres territoriaux et préparer une élite enracinée dans les réalités agricoles, minières, logistiques, environnementales et transfrontalières de la région.


Santé et justice territoriale : l’urgence d’un CHU à Tambacounda
Cette exigence de continuité vaut également pour la santé publique. Le développement de l’Est ne saurait être durable sans un Centre Hospitalier Universitaire (CHU) à Tambacounda, capable de soutenir la formation médicale, de réduire les évacuations sanitaires vers Dakar et d’offrir des soins spécialisés aux populations de toute la zone orientale.

Parallèlement, la construction et la modernisation d’hôpitaux de qualité dans tous les départements de Tambacounda et Kédougou constituent une condition essentielle de justice territoriale et de cohésion nationale.


Désenclaver par le ciel : l’aéroport de Tambacounda
Enfin, aucun désenclavement durable de l’Est ne sera possible sans le ciel. L’aéroport de Tambacounda doit devenir un véritable levier stratégique. Son agrandissement et sa modernisation lui permettraient d’accueillir une part significative de la diaspora malienne originaire de la région de Kayes, première région d’émigration du Mali, naturellement plus proche de Tambacounda que Bamako.
Il servirait également la diaspora tambacoundoise, celle de la Gambie et les milliers de ressortissants de l’Est établis à Dakar. L’établissement d’une liaison aérienne régulière Tambacounda-Dakar, quotidienne ou au minimum trois fois par semaine, est une exigence de continuité territoriale, d’équité nationale et d’attractivité économique.
L’appel d’un fils de Tambacounda
Monsieur le Président, ce plaidoyer est celui d’un fils de Tambacounda (que je porte depuis près de vingt ans), mais aussi celui d’un citoyen convaincu que le Sénégal ne gagnera son avenir qu’en assumant pleinement son Est. Tambacounda et Kédougou ne demandent ni faveur ni compassion. Elles portent une promesse nationale : celle d’un Sénégal souverain, productif, équilibré et tourné vers l’Afrique de l’Ouest.
 
Le Sénégal se construit aussi à l’Est.
Et l’Est est prêt à prendre toute sa part.
 
Dr Seydou Kanté
Natif de Tambacounda
Email : seydoo@hotmail.com
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