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Projet de Sadio Mané : alertes, défis… le Dr Ibrahima Mendy, ex-directeur de la DAPSA, se prononce

Mardi 29 Septembre 2026

Le projet agro-industriel de Sadio Mané, baptisé SM10 AGRO, suscite depuis quelques jours des réactions dans le secteur agricole. D’un coût annoncé de 11,7 milliards de FCFA, l’initiative porte sur la production, la transformation et l’exportation de mangues sur une superficie de 500 hectares.


Alors que certaines réserves ont été exprimées, notamment par le spécialiste de la mangue Souleymane Bassoum, ancien directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques agricoles (DAPSA), le Dr Ibrahima Mendy, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, apporte à son tour un éclairage sur les défis auxquels le projet devra faire face.


Pour cet ancien responsable de la DAPSA, les observations de Souleymane Bassoum ne doivent pas être interprétées comme une opposition au projet. Elles constituent plutôt, selon lui, une contribution technique susceptible de permettre au promoteur d’anticiper certaines difficultés. « Les observations de fond du doyen Souleymane Bassoum, expert reconnu de la filière mangue, sur les défis éventuels de l’usine de Sadio Mané, dont l’intrant majeur est la mangue, ne doivent pas être perçues comme une opposition au projet, mais comme une contribution technique destinée à en renforcer la solidité », explique-t-il.


La courte période de maturité des mangues
Le spécialiste insiste particulièrement sur la saisonnalité de la production. Selon lui, la période de maturité des mangues s’étend généralement sur environ 45 jours. Une fois arrivés à maturité, les fruits se dégradent rapidement, ce qui pose la question de leur conservation et de leur acheminement vers l’unité industrielle. « Une fois mûres, elles se dégradent rapidement, ce qui limite fortement la durée de stockage et augmente les risques de pertes », souligne le Dr Mendy. L’usine devra ainsi disposer, selon lui, de capacités adaptées en matière de collecte, de conservation et de transformation, voire de surgélation, afin de limiter les pertes et d'assurer un approvisionnement régulier.


Disponibilité de la matière première et contraintes logistiques
Plusieurs autres facteurs pourraient également peser sur la réussite du projet. Le Dr Ibrahima Mendy cite notamment la disponibilité de la matière première durant toute l’année, la logistique, la rentabilité en dehors de la saison de production, les attaques de la mouche des fruits et les effets du changement climatique.

L’enclavement de certaines zones constitue également un point de vigilance. L’acheminement des mangues vers l’usine, puis des produits transformés vers Dakar, les autres régions du Sénégal ou les marchés internationaux pourrait engendrer des coûts et des délais susceptibles d'affecter la compétitivité du projet. Le spécialiste évoque notamment la question du pont de Tamento, dont la non-construction pourrait, selon lui, constituer une contrainte supplémentaire pour la circulation des produits.

La mouche des fruits, une menace pour la filière
Sur le plan phytosanitaire, le Dr Mendy attire particulièrement l’attention sur la mouche des fruits, considérée comme l’un des principaux fléaux de la filière mangue en Casamance. «Ses attaques peuvent ravager les vergers et réduireconsidérablement la quantité de matière première disponible pour l’usine », avertit-il. À cette menace s’ajoutent les effets du changement climatique, susceptibles d’influencer les rendements, les périodes de production ainsi que la qualité des fruits.


Des exigences sanitaires pour l’exportation
Pour le marché international, l’expert insiste également sur les exigences liées à la qualité et à la sécurité alimentaire. L’unité devra respecter les normes de traçabilité, d’hygiène et de sécurité alimentaire, mais aussi les règles concernant l’utilisation des pesticides et les limites maximales de résidus. Ces exigences nécessitent, selon lui, un encadrement technique des producteurs et un système de contrôle efficace. « Pour respecter toutes les normes et certifications y afférentes, il faut du temps », rappelle le Dr Mendy.

« Les alertes des experts devraient être entendues »
Le projet étant accompagné par des spécialistes, notamment avec l’encadrement du Groupe Confluence et du cabinet Oyo, le Dr Mendy estime que les remarques formulées par les acteurs expérimentés de la filière peuvent néanmoins contribuer à renforcer le dispositif. « Les cabinets ont certes élaboré le projet, mais des alertes et des observations restent bénéfiques pour le consolider et prévenir d’éventuelles erreurs », soutient-il. Il rappelle que l’agriculture reste un secteur soumis à de nombreuses incertitudes et que la réussite d’un projet de cette envergure nécessite, selon lui, une collaboration étroite entre les différents acteurs.

Pour le Dr Ibrahima Mendy, la réussite de SM10 AGRO dépendra notamment de sa capacité à anticiper les contraintes, à intégrer les petits producteurs et à mettre en place un modèle industriel diversifié et durable. « La réussite du projet dépendra de sa capacité à anticiper ces contraintes, à associer les petits producteurs et à bâtir un modèle industriel véritablement intégré, diversifié et durable », estime-t-il. Tout en reconnaissant que Sadio Mané et ses partenaires ont certainement pris en compte plusieurs de ces risques avant d’engager un investissement de près de 12 milliards de FCFA, l’enseignant-chercheur considère que tout projet demeure perfectible.


Pour lui, les alertes formulées par les spécialistes de la filière ne doivent donc pas être perçues comme une remise en cause de l’initiative, mais comme des contributions destinées à renforcer ses chances de réussite.

avec seneweb

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