Prétendue fausse facture dans l’affaire ASER-AEE POWER : une quittance de 918 millions FCFA au cœur des soupçons

Jeudi 18 Juin 2026

L’affaire ASER-AEE Power continue de susciter des interrogations. Alors que le dossier est désormais entre les mains du Pool judiciaire et financier, de nouveaux éléments relancent les débats autour d’une quittance de 918 millions de FCFA présentée comme fausse et attribuée à Seydou Kane, représentant d’AEE Power Sénégal S.A., qui rejette toute responsabilité. Des documents confidentiels consultés par Le Témoin mettent également en lumière les conditions du décaissement des 37 milliards de FCFA au profit d’AEE Power EPC, intervenu après le départ de Baba Diallo de la direction générale de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER).


De nouveaux éléments viennent alimenter le dossier autour du marché d’électrification rurale de 928 localités au Sénégal attribué à AEE Power EPC. Des notes confidentielles consultées par le quotidien " Le Témoin" apportent un éclairage sur les conditions de préparation et d’exécution de ce projet, en mettant notamment en avant un accord conclu entre les différentes parties avant la signature officielle du marché.

 

Au cœur de ces documents figure un engagement tripartite signé le 25 novembre 2023 entre l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), AEE Power EPC et AEE Power Sénégal S.A. Ce document révèle que les acteurs avaient déjà défini certaines modalités d’exécution du projet avant même la finalisation du contrat.L’accord précise que, dans le respect de la règle imposant de consacrer au moins 50 % de la valeur du marché aux entreprises locales sénégalaises, les parties ont convenu de modifier certains éléments techniques de l’offre initiale. Ainsi, les poteaux électriques métalliques prévus dans l’offre d’AEE Power EPC devaient être remplacés par des poteaux en béton armé fabriqués au Sénégal par AEE Power Sénégal S.A.
 

Selon le document, AEE Power EPC aurait accepté ce changement tout en s’engageant à maintenir les prix et les quantités contenus dans son offre. L’entreprise espagnole aurait également donné mandat à AEE Power Sénégal S.A. pour assurer l’acquisition des poteaux électriques en béton armé nécessaires à la réalisation du projet. Quelques mois plus tard, une attestation datée du 23 février 2024 et signée par l’ancien directeur général de l’ASER, Baba Diallo, vient confirmer le rôle attribué à la société sénégalaise. Le document indique qu’AEE Power Sénégal S.A. intervenait dans le cadre du marché comme « initiatrice du projet, mandataire et agent exclusif d’AEE Power EPC au Sénégal ».
 

L’attestation précise également que la société aurait assuré plusieurs démarches liées à la procédure, notamment le paiement des honoraires de l’expert chargé d’évaluer l’offre spontanée, le règlement de la redevance auprès de l’ARCOP, ainsi que la coordination des formalités administratives auprès de l’ASER et du ministère des Finances. Plusieurs paiements sont mentionnés dans le dossier, dont trois chèques destinés au règlement des honoraires de l’expert de la DCMP pour un montant total de 90 millions de FCFA, auxquels s’ajoute une redevance réglementaire de plus de 91 millions de FCFA.

Mais parallèlement à ces éléments, une autre procédure continue de susciter des interrogations. Elle concerne une quittance de 918 millions de FCFA présentée dans le dossier et dont l’authenticité est contestée. Seydou Kane, représentant d’AEE Power Sénégal S.A., affirme ne pas être l’auteur de ce document et rappelle que l’entreprise bénéficiait d’une lettre d’exonération délivrée par l’ancien ministre des Finances. L’apparition de cette quittance, enregistrée au niveau d’une agence de la DGID alors que le projet avait été suivi par le Centre des grandes entreprises, alimente les interrogations.

Autre élément du dossier révélé par le journal le Temoin : l’homme d’affaires espagnol à l’origine de la plainte initiale s’est finalement désisté de sa procédure. Malgré ce retrait, l’affaire a poursuivi son cours avec l’intervention de l’Agent judiciaire de l’État, qui a demandé l’ouverture d’une instruction par le Pool judiciaire financier. Alors que les regards restent tournés vers les décaissements effectués dans le cadre du projet, notamment après le départ de Baba Diallo de la direction générale de l’ASER, plusieurs questions demeurent sur les responsabilités des différents acteurs impliqués et sur l’origine exacte de certains documents au cœur de la procédure.

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