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Première prise de parole publique : le faux procès fait à Madame le Ministre Amy Mara DIÈYE (Par Dr Samba DEME)

Mardi 21 Juillet 2026

Quand la moquerie facile occulte un parcours d’excellence

Depuis quelques jours, des extraits de la première prise de parole publique de Madame le Ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mara DIÈYE, circulent sur les réseaux sociaux, accompagnés de moqueries sur son niveau de français. Il faut le dire avec sérénité : ce procès en éloquence est un faux procès. Il confond la maîtrise d’une langue de cérémonie avec la compétence réelle, et il ignore tout ce que l’histoire, ici comme ailleurs, nous enseigne sur l’exercice redoutable qu’est la parole publique.

L’épreuve du premier discours

Parler en public, devant des caméras, dans un lieu chargé de solennité, face à des autorités religieuses et à une opinion qui attend le moindre faux pas, est l’un des exercices les plus stressants qui soient. Les spécialistes de la communication le savent : la glossophobie, la peur de parler en public, figure parmi les peurs les plus répandues au monde, devant bien d’autres angoisses. Aucune formation académique, aussi brillante soit-elle, ne prépare mécaniquement à cette épreuve. Elle s’apprend par la pratique, et toute carrière publique commence par un premier discours, rarement parfait.

Il faut ajouter une évidence que l’on feint d’oublier : le français n’est la langue maternelle d’aucun Sénégalais ou presque. C’est une langue officielle, une langue d’administration et d’écrit, que nos hauts fonctionnaires manient d’abord dans les dossiers, les rapports et les procédures, bien plus que dans les meetings. Juger l’intelligence d’une femme d’État à quelques hésitations dans une langue seconde, sous le stress d’une première sortie, ce n’est pas de l’analyse, c’est de la paresse intellectuelle.

L’histoire est remplie de grands commis trahis par leur langue

Les lapsus et les maladresses oratoires n’ont jamais épargné les plus grandes figures politiques, y compris celles dont le français est pourtant la langue maternelle. En France, les exemples abondent et sont restés célèbres : une ancienne Garde des Sceaux confondant un mot pour un autre en plein plateau de télévision en 2010, un ministre de l’Intérieur parlant d’empreintes « génitales » au lieu de « génétiques » la même année, un autre ministre écorchant le mot « code électoral » devant l’Assemblée nationale en 2011, ou encore une ministre des Droits de la femme dont le lapsus de 1983 est entré dans les annales. Un ancien Premier ministre français est, lui, resté dans les mémoires pour ses formules hasardeuses en anglais lors de sommets internationaux.

Outre-Atlantique, le président George W. Bush a accumulé tant de maladresses verbales que la presse américaine en a fait un genre à part entière, les « bushisms », sans que cela ne l’empêche de diriger deux mandats durant la première puissance mondiale. Barack Obama lui-même, pourtant considéré comme l’un des plus grands orateurs de sa génération, a déclaré en pleine campagne de 2008 avoir visité « cinquante-sept États » américains, sous l’effet de la fatigue. 

Plus loin dans l’histoire, le roi George VI d’Angleterre, dont le bégaiement était un supplice public, a fini par prononcer les discours qui ont soutenu son peuple pendant la guerre, et Winston Churchill, gêné par un défaut d’élocution dans sa jeunesse, est devenu l’un des plus grands tribuns du vingtième siècle. Les textes sacrés eux-mêmes rappellent que le prophète Moussa, que la tradition décrit comme ayant la parole difficile, fut pourtant choisi pour porter le message le plus lourd qui soit. La parole se travaille ; la compétence, elle, ne s’improvise pas.

Une technocrate des régies financières, formée à l’écrit et à la rigueur

Car c’est bien de compétence qu’il faut parler. Amy Mara DIÈYE n’est pas une oratrice de meeting : c’est une économiste et une spécialiste de la gestion financière, des marchés publics et de la gouvernance, issue de cette haute administration financière où l’on parle peu et où l’on produit beaucoup. Native de Kaolack, du quartier Médina Mbaba, non loin de Médina Baye, elle a obtenu son baccalauréat série G en 2003 au lycée technique et commercial El Hadji Abdoulaye Niasse, avant de poursuivre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar un parcours académique de très haut niveau : une maîtrise en sciences économiques, option gestion des entreprises ; un Master 2 en finances et marchés des capitaux ; un Master 2 en audit et contrôle de gestion ; un Master 2 en management et régulation des marchés publics ; et un doctorat en gestion de projet en cours, consacré aux partenariats public-privé comme mode de financement des infrastructures au Sénégal. Quatre diplômes de troisième cycle dans les matières les plus arides de la gestion publique : voilà ce que les moqueries voudraient faire oublier.
Son parcours professionnel est du même métal. Contrôleuse des marchés publics au ministère des Finances et du Budget, chef du Bureau stratégie d’intervention sur les marchés à la Direction de la Dette publique, responsable administratif et financier du Projet d’appui à la promotion du secteur privé, chef du Bureau administratif et financier de la Direction d’appui au secteur privé : autant de fonctions où l’on juge les gens sur la solidité de leurs dossiers, la régularité de leurs procédures et la tenue de leurs chiffres, pas sur leurs effets de manche. Ce sont précisément ces profils, discrets et rigoureux, dont les régies financières regorgent, et que l’on entend rarement au micro.

Juger sur les actes, pas sur un accent

Depuis sa prise de fonction en juin 2026 dans le gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Aminou LÔ, où elle a succédé à Madame Fatou DIOUF, Madame le Ministre a placé son action sous le signe de la gestion durable des ressources halieutiques, du développement de l’économie bleue, de la modernisation des infrastructures maritimes et du renforcement de la compétitivité de la pêche et de l’aquaculture, conformément au cap fixé par le Président de la République : redynamiser la pêche artisanale, régulariser la pêche industrielle et faire de l’économie maritime un hub stratégique de référence. C’est sur ce terrain, celui des résultats, que le débat public gagnerait à se situer.

Les réseaux sociaux ont ri d’une hésitation ; le secteur de la pêche, lui, attend des réformes, des infrastructures et une gouvernance financière assainie. Sur ce terrain, la ministre des Pêches et de l’Économie maritime avance avec une feuille de route claire et un bagage que peu peuvent lui contester. L’éloquence viendra avec la pratique, comme elle est venue à tant d’autres avant elle. La compétence, elle, est déjà là.

Dr Samba DEME,
Analyste en communication publique et institutionnelle

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