Figure du monde universitaire et politique ivoirien, le professeur Brou Kablan Jérôme garde un regard critique sur l’évolution de la recherche médicale en Afrique. Ancien chef du département de pharmacologie à la Faculté de pharmacie d’Abidjan, cet ancien parlementaire, membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), connaît également bien le Sénégal, où il compte de nombreux amis, notamment à Dakar, dans le quartier de Fann.
À l'occasion du congrès scientifique organisé dans la capitale économique ivoirienne, le professeur a reçu un hommage de ses anciens étudiants, devenus à leur tour des enseignants et des spécialistes reconnus de la pharmacologie. Une distinction saluant son engagement et sa contribution au développement de la pharmacologie et de la thérapeutique en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest.
Interrogé par Exclusif.net sur les difficultés qui freinent les progrès de la médecine africaine, il a d'abord tenu à écarter l'idée d'un déficit de compétences scientifiques sur le continent. « Au point de vue scientifique, je crois que l’Afrique, en particulier nous qui sommes ici dans cette salle aujourd’hui, dispose de suffisamment de cerveaux, de personnalités averties et formées pour parvenir à cette autosuffisance médicale », a-t-il affirmé.
Pour l'ancien responsable universitaire, le véritable problème réside dans la difficulté à transformer les connaissances scientifiques en solutions concrètes au bénéfice des populations. « Nous avons l’impression d’avoir toujours tourné en vase clos. Les scientifiques, entre nous, nous nous sommes toujours partagé des résultats, mais nous n’avons pas eu l’impact souhaité auprès des populations et des pays africains que nous représentons », a-t-il regretté.
« C’est nous, Africains, qui nous mettons en retard »
Le professeur Brou Kablan Jérôme estime que les chercheurs africains bénéficient pourtant d'une reconnaissance au-delà des frontières du continent. Selon lui, leur expertise n'est pas en cause, contrairement aux mécanismes permettant d'exploiter leurs travaux. « En dehors de l’Afrique, les gens qui sont nos partenaires scientifiques nous reconnaissent en tant que valeurs scientifiques. Mais au niveau de l’application de ces résultats, c’est nous, Africains, qui nous mettons en retard », a-t-il déploré.
L'ancien vice-président de l'Assemblée nationale ivoirienne pointe particulièrement la responsabilité des autorités politiques, dont les décisions conditionnent, selon lui, la mise en œuvre des avancées scientifiques. « Le deuxième aspect de ce débat est politique. L’autorité politique et le décideur politique n’ont pas encore permis à cette communauté scientifique de s’exercer, de s’appliquer et de s’exprimer comme nous le souhaitons », a-t-il expliqué.
Il insiste ainsi sur la nécessité d'établir une véritable complémentarité entre les chercheurs et les pouvoirs publics. « Il y a deux aspects : l’aspect scientifique, que nous maîtrisons bien, et l’aspect politique, qui doit permettre de mettre les résultats en application sur le terrain. C’est là toute la difficulté », a-t-il souligné.
Un hommage qui le ramène à ses années d'enseignement
À l'occasion du congrès scientifique organisé dans la capitale économique ivoirienne, le professeur a reçu un hommage de ses anciens étudiants, devenus à leur tour des enseignants et des spécialistes reconnus de la pharmacologie. Une distinction saluant son engagement et sa contribution au développement de la pharmacologie et de la thérapeutique en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest.
Interrogé par Exclusif.net sur les difficultés qui freinent les progrès de la médecine africaine, il a d'abord tenu à écarter l'idée d'un déficit de compétences scientifiques sur le continent. « Au point de vue scientifique, je crois que l’Afrique, en particulier nous qui sommes ici dans cette salle aujourd’hui, dispose de suffisamment de cerveaux, de personnalités averties et formées pour parvenir à cette autosuffisance médicale », a-t-il affirmé.
Pour l'ancien responsable universitaire, le véritable problème réside dans la difficulté à transformer les connaissances scientifiques en solutions concrètes au bénéfice des populations. « Nous avons l’impression d’avoir toujours tourné en vase clos. Les scientifiques, entre nous, nous nous sommes toujours partagé des résultats, mais nous n’avons pas eu l’impact souhaité auprès des populations et des pays africains que nous représentons », a-t-il regretté.
« C’est nous, Africains, qui nous mettons en retard »
Le professeur Brou Kablan Jérôme estime que les chercheurs africains bénéficient pourtant d'une reconnaissance au-delà des frontières du continent. Selon lui, leur expertise n'est pas en cause, contrairement aux mécanismes permettant d'exploiter leurs travaux. « En dehors de l’Afrique, les gens qui sont nos partenaires scientifiques nous reconnaissent en tant que valeurs scientifiques. Mais au niveau de l’application de ces résultats, c’est nous, Africains, qui nous mettons en retard », a-t-il déploré.
L'ancien vice-président de l'Assemblée nationale ivoirienne pointe particulièrement la responsabilité des autorités politiques, dont les décisions conditionnent, selon lui, la mise en œuvre des avancées scientifiques. « Le deuxième aspect de ce débat est politique. L’autorité politique et le décideur politique n’ont pas encore permis à cette communauté scientifique de s’exercer, de s’appliquer et de s’exprimer comme nous le souhaitons », a-t-il expliqué.
Il insiste ainsi sur la nécessité d'établir une véritable complémentarité entre les chercheurs et les pouvoirs publics. « Il y a deux aspects : l’aspect scientifique, que nous maîtrisons bien, et l’aspect politique, qui doit permettre de mettre les résultats en application sur le terrain. C’est là toute la difficulté », a-t-il souligné.
Un hommage qui le ramène à ses années d'enseignement
Au-delà des enjeux scientifiques, le congrès d'Abidjan a également été marqué par un moment d'émotion pour le professeur Brou Kablan Jérôme. Ses anciens étudiants lui ont rendu un hommage pour sa contribution à la formation de plusieurs générations de professionnels de santé. « Ça fait plaisir. C’est un gros honneur que viennent de me faire mes anciens élèves, qui sont aujourd’hui les maîtres de la pharmacologie », a-t-il confié.
L'universitaire a également évoqué le sentiment de fierté que lui procure cette reconnaissance de la part de ceux qu'il a contribué à former. « En plus du plaisir, on a l’impression de rajeunir parce qu’ils nous remettent dans le bain. C’est un gros honneur pour moi », a-t-il ajouté.
Quand les pharmaciens étaient réduits à la gestion des médicaments
Revenant sur les premières années du développement de l'enseignement pharmaceutique en Côte d'Ivoire, le professeur a rappelé les difficultés rencontrées pour faire reconnaître le pharmacien comme un scientifique à part entière.
Il a notamment évoqué un désaccord avec un ancien ministre ivoirien, qui avait été son condisciple, sur le rôle des pharmaciens dans le système hospitalier.
« J’ai eu affaire au ministre de l’époque en personne, qui était un ami. Nous avions fait les études ensemble, mais nous nous sommes accrochés vivement, en public », a-t-il raconté.
Selon lui, cette divergence illustrait une conception longtemps restrictive du métier de pharmacien. « On nous percevait, nous les pharmaciens, comme des gens qui allaient à l’hôpital commander les médicaments, les faire distribuer, surveiller les stocks, voir leur rotation et, le cas échéant, les renouveler », a-t-il expliqué.
Cette vision limitait, selon lui, la place des pharmaciens dans la prise de décision médicale et dans la recherche scientifique. « Le pharmacien n’a jamais été considéré comme un scientifique capable de donner des directives de santé. Il était considéré comme quelqu’un qui avait appris à maîtriser le médicament pour le distribuer aux populations », a-t-il regretté.
Son retour en Côte d'Ivoire à la demande d'Houphouët-Boigny
L'universitaire a également évoqué le sentiment de fierté que lui procure cette reconnaissance de la part de ceux qu'il a contribué à former. « En plus du plaisir, on a l’impression de rajeunir parce qu’ils nous remettent dans le bain. C’est un gros honneur pour moi », a-t-il ajouté.
Quand les pharmaciens étaient réduits à la gestion des médicaments
Revenant sur les premières années du développement de l'enseignement pharmaceutique en Côte d'Ivoire, le professeur a rappelé les difficultés rencontrées pour faire reconnaître le pharmacien comme un scientifique à part entière.
Il a notamment évoqué un désaccord avec un ancien ministre ivoirien, qui avait été son condisciple, sur le rôle des pharmaciens dans le système hospitalier.
« J’ai eu affaire au ministre de l’époque en personne, qui était un ami. Nous avions fait les études ensemble, mais nous nous sommes accrochés vivement, en public », a-t-il raconté.
Selon lui, cette divergence illustrait une conception longtemps restrictive du métier de pharmacien. « On nous percevait, nous les pharmaciens, comme des gens qui allaient à l’hôpital commander les médicaments, les faire distribuer, surveiller les stocks, voir leur rotation et, le cas échéant, les renouveler », a-t-il expliqué.
Cette vision limitait, selon lui, la place des pharmaciens dans la prise de décision médicale et dans la recherche scientifique. « Le pharmacien n’a jamais été considéré comme un scientifique capable de donner des directives de santé. Il était considéré comme quelqu’un qui avait appris à maîtriser le médicament pour le distribuer aux populations », a-t-il regretté.
Son retour en Côte d'Ivoire à la demande d'Houphouët-Boigny
Le professeur Brou Kablan Jérôme a également rappelé les circonstances de son retour en Côte d'Ivoire, qu'il attribue à une décision du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny. « C’est plus tard qu’on va créer ici l’école de pharmacie. Moi, personnellement, je vais être rapatrié de force par le même président, qui m’a dit : “On a besoin de toi ici.” Voilà comment l’école a été créée ici pour devenir ce qu’elle est », a-t-il témoigné.
À travers ce souvenir, l'ancien universitaire souligne le chemin parcouru par l'enseignement pharmaceutique ivoirien, malgré les résistances rencontrées à ses débuts. Pour le professeur Brou Kablan Jérôme, l'avenir de la médecine africaine dépend désormais moins de la disponibilité des compétences que de la volonté des États de faire confiance à leurs chercheurs et de donner une traduction concrète à leurs découvertes.
Un message qu'il a tenu à adresser aux nouvelles générations de scientifiques réunies à Abidjan, au moment même où ses anciens étudiants célébraient son apport à la pharmacologie africaine.
À travers ce souvenir, l'ancien universitaire souligne le chemin parcouru par l'enseignement pharmaceutique ivoirien, malgré les résistances rencontrées à ses débuts. Pour le professeur Brou Kablan Jérôme, l'avenir de la médecine africaine dépend désormais moins de la disponibilité des compétences que de la volonté des États de faire confiance à leurs chercheurs et de donner une traduction concrète à leurs découvertes.
Un message qu'il a tenu à adresser aux nouvelles générations de scientifiques réunies à Abidjan, au moment même où ses anciens étudiants célébraient son apport à la pharmacologie africaine.