L’incendie qui a frappé le plus puissant groupe aéronaval américain n’est pas un simple incident isolé. Il s’inscrit dans une série de défaillances techniques révélatrices d’une usure accélérée, conséquence directe de près de dix mois d’opérations intensives en mer. Officiellement, l’USS Gerald R. Ford n’aurait subi qu’un feu « non lié aux combats », rapidement maîtrisé, avec deux marins blessés et une propulsion intacte. Une communication minimale du commandement américain, dans un contexte de guerre contre l’Iran, qui visait à rassurer sur la capacité opérationnelle du navire.
La nouvelle de l’incendie à bord de l’USS Gerald R. Ford, plus grand porte-avions américain, s’est noyée dans le flot d’informations qui nous parviennent de la guerre au Moyen-Orient. Le commandement naval américain pour la région n’en a pas fait grand cas, se contentant de préciser jeudi 12 mars que le départ de feu n’était «pas lié aux combats», que deux marins avaient été blessés, et que la propulsion restait «pleinement opérationnelle». Le navire se trouve en mer Rouge pour participer aux opérations militaires contre l’Iran.
Mais le New York Times a dévoilé lundi dans un article de nouveaux détails qui prouvent que l’incident était plus grave qu’annoncé. On y apprend notamment qu’il a fallu «plus de 30 heures aux marins pour éteindre» le feu s’étant déclenché dans la buanderie principale. Entre-temps, plus de 600 personnes avaient vu leur lit partir en fumée. Depuis, ils dorment dans des campements de fortune installés sur des tables, ou à même le sol. En plus des deux marins blessés, des dizaines de membres d’équipage ont été intoxiquées par la fumée.
«Les navires aussi finissent par fatiguer»
Le feu pourrait être parti de la ventilation d’un sèche-linge, avant de se propager rapidement. Les circonstances exactes sont inconnues, mais l’incident s’ajoute à une série d’autres problèmes de plomberie ou de maintenance, conséquence d’une longue et intense activité à bord du navire, déployé depuis maintenant dix mois. Avec ses 4500 marins et pilotes de jets, l’USS Gerald R. Ford, plus grand porte-avions du monde, s’est d’abord rendu dans les Caraïbes au mois d’octobre pour mettre la pression sur le Venezuela, comme le désirait Donald Trump. Après la capture de Nicolas Maduro, il a rallié le Moyen-Orient quelques jours avant le déclenchement de la guerre menée avec Israël contre l’Iran.
Les marins à bord auraient été informés que leur mission durera au moins jusqu’au mois de mai. S’il est encore en opération mi-avril, le navire battra le record du plus long déploiement pour un porte-avions depuis la fin de la guerre du Vietnam. Record détenu par l’USS Abraham Lincoln, l’autre porte-avions américain déployé dans la région, où il est arrivé dès janvier avec son groupe aéronaval. Or, des déploiements de plus de six mois sont difficiles pour l’équipage d’un tel bâtiment, selon des anciens de l’US Navy interrogés par le quotidien américain. «Les navires aussi finissent par fatiguer», explique John F. Kirby, officier à la retraite. «On ne peut pas attendre d’un navire déployé aussi longtemps qu’il fonctionne à plein régime.»
« Plus de 30 heures de lutte » : les dessous de l’incendie du porte-avions américain Gerald R. Ford
Mercredi 18 Mars 2026
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